Beaux légionnaires
Pour ce faire, les auteurs du Destin de Rome se sont longuement attardés sur les écrits de Plutarque, mais aussi d’Appien et de Cassius, auxquels se sont ajoutés les travaux d’historiens contemporains et d’archéologues. Cette entreprise minutieuse leur a révélé la véritable psychologie des personnages, dont ils dévoilent les aspirations et les craintes, la sensibilité et les préoccupations ordinaires. Laëtitia Eïdo, qui interprète la célébrissime reine d’Égypte, concède qu’il a été « difficile de la faire tomber de son piédestal pour dépeindre la simplicité de son quotidien ». Le passage en revue et la confrontation des sources historiques ont également permis d’affiner les connaissances sur les stratégies militaires déployées sur terre comme sur les flots. Pour reconstituer la topographie des lieux, les déplacements des légionnaires et leurs combats acharnés, Fabrice Hourlier a engagé une équipe de graphistes chargés de façonner des images de synthèse spectaculaires. « C’est une forme d’écriture nouvelle qui présente l’avantage de n’imposer aucune limite. Je peux replacer les événements dans des décors somptueux, peupler un champ de bataille avec 200 000 hommes, faire apparaître à l’écran les six cents navires de la bataille d’Actium, etc. »
Auguste divertissement
Incrustés dans ce décor virtuel grâce à la technique du « compositing spatial », les acteurs, en costumes, ont joué sur un fond vert. Fabrice Hourlier reconnaît qu’« ils ont été confrontés à une double difficulté : ce fond vert qui les prive de repères, et la langue, car tourner en français me semblait un non-sens ». Les dialogues ont ainsi été traduits en latin et en grec moderne – le grec du Ier siècle avant J.-C. étant mal connu – et enregistrés sur des baladeurs numériques distribués aux comédiens qui, un mois durant, ont apprivoisé et récité avec application leur texte. Réunie dans les studios de Malakoff pendant neuf jours, l’équipe a ensuite tourné le film scène par scène, avec le renfort de conseillers linguistiques. Alors qu’il avait « tout fait pour échapper au latin en sixième », Andy Gillet (vu dernièrement dans À la recherche du temps perdu de Nina Companeez), qui campe un Octave déterminé à l’allure de jeune premier, confie avoir vécu une belle surprise : « C’est étonnant car instinctivement on retrouve le rythme, les intonations, le sens, les émotions, sans même connaître la langue. » Et les oreilles du téléspectateur se laissent docilement charmer par ces sonorités étrangères aux accents épiques.
Selon Pawel Delag – véritable star dans son pays, décrit comme « le Jean Dujardin polonais » par Stéphanie Hauville –, qui s’est fondu dans la peau de Marc Antoine, « cette œuvre est une réussite grâce à l’équipe exceptionnelle qui l’a portée, liée par une confiance mutuelle, un engagement et un enthousiasme sans borne ». Une réussite telle que le film connaît un succès commercial inattendu à l’étranger, le latin ayant permis d’« internationaliser le projet ». Avec un budget de 1,3 million d’euros, les créateurs du Destin de Rome peuvent en effet se targuer d’être parvenus à concilier rigueur scientifique et qualité d’images, selon le credo de Fabrice Hourlier, « rendre les connaissances divertissantes ».
Manon Dampierre pour ARTE Magazine







Envoyer à un ami


RSS
Facebook
Twitter