Une villégiature chic et tranquille réservée aux huiles d'Hollywood. Mais dis donc, Mister Ellroy, comment fait-on pour écrire des histoires aussi déprimantes quand tout vous sourit?
James Ellroy : Mes histoires sont peut-être noires et bizarres, sûrement passionnées, mais jamais dépressives. C’est des histoires passionnées. Je ne connais que ça: la passion.
En 58, James Ellroy a 10 ans quand sa mère, infirmière est assassinée à Los Angeles par un inconnu dont on ne retrouvera jamais la trace. Adolescent, Ellroy perd les pédales. Il est obsédé par les histoires de femmes victimes de psychopates, comme celle du Dahlia Noir au centre de son premier best-seller qui sera adapté en 2005 par Brian de Palma. Ses polars violents et sombres se déroulent à L.A dans une Amérique tourmentée en pleine guerre froide.
Aujourd'hui, Ellroy, le provocateur continue de passer au hachoir l'histoire des Etats-Unis depuis sa villa au bord du Pacifique. Mais au fait, comment va Clint Eastwood, l'ancien maire de Carmel?
James Ellroy : C'est toujours une huile, un vrai ponte à Carmel. Je ne critiquerais jamais un président américain en activité pour sa politique étrangère. Je ne suis pas la vie politique américaine aujourd’hui, je vis dans un vide total, je ne lis pas, je ne regarde pas la télé, je ne vais pas voir de films, je ne sais pas ce qu’il se passe. On m’a dit que des arabes avaient fait sauté le World Trade Center et le Pentagone il y a deux ans et demi. Ca je suis à peu près au courant. J’ai d’autres choses à faire, les affaires publiques ne me touchent pas. Je m'en tape. Je me fous de la culture. J'ai des livres à écrire et une vie à vivre.
- Nouvau roman
aux éditions Rivages
« Le regard que j’ai toujours porté sur L.A. est celui d’un autochtone. Je n’ai jamais vu cette ville comme une terre étrangère dépeinte par des écrivains venus d’ailleurs. C’est là que j’ai grandi. Les données que je récoltais, je les passais au crible, je les transfigurais comme un gamin peut le faire. Il y en avait pour tous les goûts. Les lignes conductrices qui reliaient entre elles les divers éléments, c’étaient la corruption et l’obsession... » En attendant le dernier volume de sa trilogie Underworld USA, James Ellroy continue la psychanalyse sauvage de sa propre vie et de sa ville natale dans des textes percutants, comme Où je trouve mes idées bizarres (« C’est un Rubik’s cube. Le mécanisme interne affiche des souvenirs et des pensées. Des images remplacent les blocs colorés et trouvent leur cohésion en un clic. »), comme Ma vie de branleur (« Le sexe a failli me tuer. Le sexe que je parvenais à pratiquer sans contact humain. »), ou J’ai les infos (« On veut savoir. Qui couche avec qui. Qui suce qui. Qui a le bras long et du pognon. Nous nous repaissons de faits épouvantablement authentiques. ») Il passe la boxe au crible dans Sport sanglant, et dans Stephanie, un texte aussi dérangeant que bouleversant, il redit sa fascination et sa compassion pour les victimes de crimes sexuels (« Son parfum qui subsistait malgré toutes ces années -ou une illusion née de votre désir de le capter »), enfin il ramène l’inénarrable Danny Getchell dans le truculent Baisodrome d’Hollywood. Il parle aussi de son père, de la peine de mort, de la justice, de ses provocations, avec force, honnêteté voire brutalité, dans ce style coup de poing qui n’appartient qu’à lui. C’est un alcool fort qui vous fracasse la tête. C’est du Ellroy.
- Liens
>> Infos, liens sur edark.org - un site en français dédié à James Ellroy
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TRACKS
Diffusion le samedi26 juin 2004 à 17h45
Rediffusion du 27 mai 2004 à 23h30
Rédaction: ARTE France, Program33
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