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Le Musée du quai Branly à Paris - 26/06/06

Interview de Jean Nouvel

Transcription


Quelques jours avant l'inauguration officielle du musée du quai Branly, l'architecte Jean Nouvel nous a consacré une interview.

La description du projet

Le fait de construire ici le musée du Quai Branly, musée des arts premiers, était une question tout à fait particulière parce que c’était le dernier grand cite de Paris libre, pas n’importe où, au pied de la tour Eiffel, face au Palais de Chaillot, pour accueillir des objets liées à des civilisations lointaines. Ce que j’ai voulu faire c’était d’établir un territoire. J’ai proposé un bâtiment qui sera noyé dans le végétal, un territoire initiatique. Le paysage est vallonné. C’est un peu un contraste avec le champ de mars. En arrivant on va pouvoir se promener à travers des hautes herbes et des sentiers, à travers lesquels on va ensuite pouvoir découvrir petit à petit ce qui se passe à l’intérieur du bâtiment. Quand vous êtes sur le Quai Branly vous verrez le bâtiment qu’il y a derrière beaucoup moins à cause des arbres. On le lit à travers un filtre qu’est le grand mur de verre entre la rue et le bâtiment. C’est sur ce filtre que les reflets des arbres s’impriment sur l’architecture. Et quand les arbres plantés seront plus grands, cela changera tout.

Le bâtiment lui–même c’est évidemment un lien par rapport à tout ce qu’il y a autour. Nous nous sommes appuyés sur un bloque haussmannien qui était qu’à moitié construit seulement et nous avons prolongé sur les murs pignons une architecture.
Et en plein milieu se trouve la grande galerie, qui prend la courbe de la Seine, tout cela est concentrique. La façade nord est une succession de lignes de couches de végétations, y compris sur le bâtiment lui-même puisque derrière la trame de bois on voit apparaître des paysages qui sont liés ici à l’Asie et l’Afrique puisque ce sont les œuvres qui sont derrières.
Donc il s’agit d’un jeu à la fois sur l’intégration morphologique avec Paris, mais c’est en même temps une nouvelle pièce urbaine qui dit un caractère. On se doute que le bâtiment est voué à l’art et à un art qui n’est pas de chez nous.

Quand on est de l’autre côté, côté rue de l’université, on se retrouve avec des brises de soleil, puisqu’il faut qu’il ait très peu de lumière dans la galerie, jeu de polychromie aussi sur les bruns et sur les rouges, avec toute une série d'écailles qui, perforées, vont créer à l’intérieur des distillations de lumières sur des moirages.
La grande galerie sera donc un espace spirituel entre un grand vitrail et des effets de moirages qui permettent de conserver l’idée de la lumière. Je ne voulais pas faire un coffre fort dans lequel tous ces objets seraient là et où ils ne seraient pas en relation avec Paris. A travers le moirage on lit Paris, à travers le vitrail on lit Paris, à travers tous ces filtres. La grande galerie c'est un grand ciel, une cosmographie faite sur les plaques perforées suspendues qui évoquent un filet et on a cette constellation d'étoiles. On est dans une sorte de pénombre et la lumière vient des objets eux-mêmes.

C'est une collection de bâtiments plus qu'un bâtiment, un territoire avec un caractère affirmé vis-à-vis de la ville et un complément avec un nouveau jardin parisien et un nouveau grand musée pour Paris, qui s’affirme d’une manière différente qu'un musée occidental typique.


L'idée centrale et la relation "objet-architecture"

Ce que j'ai eu en tête, c'est la chance de construire un musée autour d'une collection. J’ai visité toutes les réserves, j'ai vu à peu prêt tous les 300 000 objets, je savais ce qu’il y allait avoir à l’intérieur et comment j’allais construire autour. C’est très rare qu’un musée soit construit dans de telles conditions.
Tous les volumes colorés sont des salles spécifiques où on a mis des objets dans une scénographie particulière. La grande galerie aussi essaye de faire dialoguer les objets entre eux, objets qui sont derrière de très grandes vitrines qui, justement, doivent faire oublier qu’elles soient derrière des vitrines.

On ne peut pas dire que les objets aient déterminés l’architecture. Il y a simplement une notion de caractère, de familiarité, de colorimétrie, de lumière et de pénombre. Toutes ces connotations déterminent un caractère qui n’est pas celui d’une architecture occidentale et qui pourraient être le déterminateur commun de toutes ces civilisations qui étaient souvent dans des forêts, des déserts et dans des lieux ruraux.

Je voulais éviter qu’il ait ici un bâtiment occidental triomphant avec la technique occidentale bruyante, high-tech, qu'on ne voie que le bâtiment et que les objets soient dans un monde totalement exogène.


Un espace de grande spiritualité

Il était très important de créer un espace avec une très grande spiritualité parce que tous les objets qui sont ici sont liés à des dieux, à des croyances qui ne sont pas les nôtres, aux cultes des ancêtres, des objets qui contiennent des restes des ancêtres.
Ces objets sont très mystérieux et chargés d’un énorme pouvoir vis-à-vis des civilisations qui les ont crées. Donc il fallait vraiment un énorme respect, il fallait mettre une architecture en relation avec un art qui pour une fois n'a jamais été pensé pour aller dans un musée.


Voir les vidéos :

La description du projet (Real vidéo, 3'48")
L'idée centrale et la relation "objet-architecture" (Real vidéo, 1'37")
Un espace de grande spiritualité (Real vidéo, 50")


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Image : Claude CLORENNEC
Son : Sébastien GUISSET
Montage : Maude MOREAU et Sabine LANGE
Journaliste : Richard BONNET

Edité le : Tue Jun 20 17:35:26 CEST 2006
Dernière mise à jour le : Mon Jun 26 13:27:08 CEST 2006