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360°- GÉO

La collection s’intéresse aux hommes et aux femmes hors du commun, qu’ils fassent un travail passionnant ou aient une vie quotidienne qui sort des sentiers battus.

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360°- GÉO

La collection s’intéresse aux hommes et aux femmes hors du commun, qu’ils fassent un travail passionnant ou aient une vie quotidienne qui sort des sentiers (...)

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Samedi 03 mars 2007 à 21.40 : 360º - GEO - 27/02/07

Making of

L’arche de Noé de Bolivie


Carnet de tournage de Roberto Lugones

On survole les hauts sommets des Andes, pics de glace dans les nuages et soudain le paysage se transforme. Aux montagnes succèdent des hauts plateaux à 4 000 mètres d´altitude, étendue interrompue par une sorte de vaste cratère qui abrite en son fond la ville de La Paz. A 4 000 mètres porter des bagages, monter un escalier ou tout simplement marcher devient un exploit, le souffle manque on a l´impression d´étouffer.
 
Premier jour de tournage : nous sommes place San Francisco, à La Paz, une ancienne place, lieu de réunion de guérisseurs, illuminés, mendiants, ou de manifestants contre le gouvernement. Au centre de cette « cour des miracles », Juan Carlos Antezama prépare une cage où il compte s´enfermer pour protester contre le traitement infligé aux animaux. Il est accompagné par des membres de la communauté INTI WARA YASSI et surtout de nombreux enfants sensibilisés à la cause des animaux. S´enfermer dans cette cage minuscule, pendant toute une journée, peut nous paraître au premier abord courageux autant qu´enfantin. Mais l´univers enfantin est celui de la pureté : malgré des années de persécution politique et d´exil, Juan Carlos garde un regard d´enfant qui découvre le monde et s´étonne de tout. Et c´est peut-être son grand atout. Ce qui lui permet d´aller jusqu´au bout, d´être en empathie avec les animaux et avec les hommes. Une certaine innocence qui désarme les sceptiques et parvient à vaincre la méfiance des animaux et des enfants. C´est le secret de son charisme.
 
Avant de partir dans la jungle, nous filmons l´activité du groupe de La Paz : d´innombrables animaux sauvages vivent en plein centre-ville ! Récupérer les bêtes à moitié abruties par leurs conditions de vie, traquer les braconniers et ceux qui vendent les animaux, répondre aux appels des propriétaires d´animaux qui ne savent pas quoi faire de leur mascotte, le travail ne manque pas... Un soir, à la veille de notre départ, nous apprenons que dans un petit village à la frontière avec le Pérou, un cirque a abandonné une lionne et son lionceau au milieu du village. Juan Carlos et son groupe veulent aller les chercher, mais ils n´en ont pas les moyens. Il faudrait toute une logistique : transport, vétérinaires, autorisations nourriture etc. Et puis surtout où les mettre ?
 
Un matin, alors que nous filmions Juan Carlos au bord d´un fleuve qui traverse la ville - où enfant, il se baignait, aujourd´hui complément pollué -, nous avons rencontré Miguel. C´est un enfant de rues qui dormait sous un pont avec quelques-uns de ses semblables. Nous lui avons demandé de nous laisser filmer cet endroit. Nous nous sommes rapprochés, mais l´odeur des déchets autour était insupportable ; surtout, il nous avait prévenus « si vous allez plus loin vous risquez de vous faire voler la camera ». Nous avons filmé cette rencontre. Juan Carlos lui a proposé de nous accompagner dans la forêt d´aller à la rencontre des animaux et s´il le voulait, il pourrait rester. Nous lui avons fixé rendez-vous le lendemain, sans savoir s´il allait venir. Le lendemain à 4 heures du matin, il était là, prêt à partir.
 
Sur la route Juan Carlos fait un arrêt à l´orphelinat de Cochabamba afin de récupérer un gamin appelé Eric qui devait aussi nous accompagner. Eric est un hyperactif. Il se bagarre souvent. Il a même mis le feu a un arbre de l´orphelinat ! Pour Don Vico, l´un des responsables de l´orphelinat, le rapport avec les animaux pourrait lui être bénéfique. Nous sommes littéralement encerclés par tous ces enfants dont la demande d´affection et de tendresse est très énorme. La plupart d´entre eux sont des enfants de paysans pauvres qui venus en ville chercher un travail. N´en trouvant en général pas, ils se « noient » dans l´alcool et abandonne leur progéniture à leur sort. Eric, lui, il a été enfermé à clef dans une baraque par ses parents. Ceux-ci sont partis et l´ont abandonné ainsi. On nous raconte qu´au bout de trois jours, il a commencé à hurler et les voisins l´ont libéré. Quand on arrive au Parque Machia, je découvre que la responsable, porte le même nom que moi, Lugones. Son grand père venait d´Argentine comme moi. Notre équipe de tournage est à l `image de ce mélange de pays, Florian Pfeifer germano brésilien, Walter Souza brésilien et moi franco-argentin... Au Parque Machia, tout est étonnant : les personnages, les animaux, leurs histoires. Je ne sais pas si nous aurons le temps de tout filmer. Plusieurs enfants qui y travaillent sont seuls, le rapprochement entre les animaux abandonnés et les enfants orphelins est vite fait. C´est unb constat. Parmi ces histoires, il y a celle de Roosevelt, un gamin de douze ans abandonné par son père ivrogne et qui, par hasard, s´est retrouvé devant la porte du parc ; il est entré et il y est resté. Aujourd´hui, Roosevelt est le premier de sa classe ! J´ai appris qu´un touriste anglais a eu vent de son histoire ; tous les mois, il envoie une somme d´argent pour que Roosevelt continue ses études.
 
Miguel notre gamin de rues de La Paz cherche à entrer en contact avec les animaux. Mais la forêt, les bêtes sauvages, ce n´est pas du tout son univers. Peu à peu, il commence à se renfermer. Il est également intimidé par les filles étrangères qui coopèrent dans le parc. Un jour, on surprend une conversation entre Juan Carlos et lui. Miguel veut absolument rentrer à La Paz. La raison en est simple : il lui manque « la klefa ». Klefa est le nom que les enfants des rues donnent à la colle qu´ils sniffent et qui les fait « planer » comme il dit. Soudain il part en courant sur la route. Je culpabilise de l´avoir amené jusqu´ici et je suis prêt a l´envoyer dans le premier bus vers La Paz. Florian Pfeifer, le caméraman , a pris notre camionnette et part a sa recherche. Florian est un vrai baroudeur, ce genre de reporter que l´on trouve de moins en moins qui a couvert autant des conflits armés que d´enquêtes de fond dans le monde entier. Habitant à Rio au Brésil, il connaît très bien les enfants des favelas. Il sait comment parler à ces gamins perdus comme Miguel.

Au bout d´un moment, il revient avec Miguel et nous dévoile que l´enfant a des talents de magicien. Il voudrait montrer à tous les membres du Parque ce qu´il sait faire. Le soir, dans la petite buvette devant un parterre international de jeunes coopérants, Miguel nous montre son savoir-faire d´illusionniste, des trucs appris dans la rue, mais présenté là comme un vrai professionnel. Tout le monde applaudi. Il est aux anges.
 
Notre tournage se transforme en une rencontre avec la réalité bolivienne, des grèves, des barrages le long des routes. Evo Morales entend bien en finir avec le tutorat des grandes multinationales, se battre contre les Américains et tenir en échec les sociétés étrangères avec les hydrocarbures... Pourtant les forêts sont littéralement dévastées par des intérêts étrangers sans que personne ne bouge le petit doigt. Ainsi, lorsque nous avons demandé à l´armée bolivienne de monter dans leur hélicoptère qui surveillait la zone de trafic de cocaïne, afin de filmer la jungle du Chapare, le colonel Salazar m´a répondu que je devais « demander une autorisation auprès de l´ambassade américaine ».
 
Miguel, notre gamin des rues est revenu à La Paz au milieu du tournage. Il a retrouvé ses « frères de sang » comme il appelait ses amis. Quelques jours après, de retour à La Paz, la veille de notre départ, nous avons appris qu´il avait été attrapé par la police, remis dans un centre d´où il s´est échappé. Nous nous étions tous attachés à lui, en raison de son intelligence et de sa souffrance profonde. Et surtout parce que nous avions l´espoir qu´il allait changer de vie. Plus tard, à Paris, en plein montage du documentaire, j´ai eu Juan Carlos au téléphone. Celui-ci m´a raconté qu´il avait vu Miguel dans la rue. Le gamin était en train de mendier, en le voyant, il s´est enfui. Où qu´il soit en ce moment, ce film lui est dédié.
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Samedi 03 mars 2007 à 21.40
360° - GÉO
L’arche de Noé de Bolivie
Réalisation : Roberto Lugones
(Allemagne, 2007, 52mn)
Coproduction : ARTE, WDR, Medienkontor, GÉO
ARTE G.E.I.E.
Présenté par Sandrine Mörch

Multidiffusion le 4 mars à 14.55 et le 6 à 8.50
En partenariat avec GEO

Edité le : 27-02-07
Dernière mise à jour le : 27-02-07


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