
Une photogalerie du festival de Rome
Le sujet bilan sur le festival du Journal de la CultureSujet de Gustav Hofer
Depuis le début de l’année, la première édition du Festival de Rome (du 13 au 21 octobre) était attendue à la fois avec embarras par certains (notamment les organisateurs du festival de Venise) et par d’autres avec beaucoup d’impatience, notamment une grande part du public romain très cinéphile qui se morfondait depuis longtemps de ne pas posséder telle fête du cinéma en son sein, suite à plusieurs projets successifs avortés. Il aura fallu attendre l’alliance de Walter Veltroni, maire de Rome et de Goffredo Bettini, président de l’Auditorium Renzo Piano - un ensemble architectural impressionnant, prioritairement consacré à la musique et inauguré en 2002 - pour que soit décidé le début des festivités du « RomafilmFest » en octobre, un nouveau panel du cinéma international venant s’intercaler manu militari dans le calendrier déjà très serré d’autres manifestations du même type, entre Venise, Toronto et San Sebastian.
Forte de 12 millions d’euros, la première édition du Festival de cinéma de Rome se devait nécessairement de créer l’événement, s’est fendue d’une organisation à la hauteur de ses ambitions, a connu dès le départ un succès probant (près de 30000 préventes de billets et plus de 5000 accrédités) et n’a pas eue la main leste quant à la création de services spéciaux et logistiques, d’une campagne de promotion incisive et l’installation de lignes de navettes taguées « cinema » totalement gratuites pour conduire le moindre chaland qui passe vers les écrans.
Mais surtout le festival savait qu’il lui faudrait répondre à une loi sine qua non pour atteindre le succès : « pas de festival sans Stars ». De côté-là, les romains auront bien été servis : Nicole Kidman, Leonardo Di Caprio, Sean Connery, Harrison ford, Monica Bellucci, Viggo Mortensen, Martin Scorsese entre autres, se sont tous déplacés, foulant le tapis rouge « à la cannoise » totalement démesuré de l’Auditorium, à chaque fois signant des autographes auprès d’une foule en liesse, sans jamais s’inquiéter des horaires et permettre le début de chaque projection officielle avec plus d’une heure de retard. Fête du cinéma mais fête du public avant tout, le festival de Rome a en réalité joué en permanence d’un grand écart très difficile à tenir: assouvir un nécessaire contentement populaire – de "bons gros" films américains - sans omettre cependant de donner de la tenue à l’image culturelle et cinématographique de la manifestation, quitte à encourager la ville à se badigeonner de photos de Fellini, de Visconti, de Rosselini, et de Mastroiani, jusque dans la moindre devanture du vendeur de chaussettes sur la Via Veneto: bref à multiplier les petits signes ostentatoires de « l’authentique cinéphilie » qui œuvre tant à la légitimité recherchée.
Dans ce domaine, admettons tout même que le festival de Rome aura rattrapé l’un des rares faux pas de la Mostra de Venise cette année, en marquant, au-delà de simples projections de « Rome ville ouverte » et d’ « Ossessione », le centenaire de Roberto Rossellini et Luchino Visconti : deux belles expositions, l’une consacrée au film de Guy Maddin « My Dad Is 100 Years Old » avec Isabella Rossellini et l’autre, mettant en lumière une série de costumes et des documents rares du cinéaste aristocrate, auront enfin donné un aspect tangible à ces hommages que nous devait l’Italie.
Et les films du festival ? Plus d’une centaine étaient au rendez-vous, répartis en plusieurs sections : « Premiere » et « Eventi Speciali » regroupaient les films en avant-première mondiale ou nationale. A noter que l’ouverture du festival s’est tenue avec « Fur » en présence de Nicole Kidman et son réalisateur Steven Shainberg, une œuvre qui précise (avec humour ?) être « un portrait imaginaire de Diane Arbus » car non seulement l’équipe n’a pas obtenu les droits de filmer ne serait-ce que l’ombre d’un seul cliché d’Arbus mais encore, elle tire le récit sans hésitation vers une sorte de remake de « La Belle et la bête » avec des freaks sucre d’orge ridicules, bien éloignés de l'esprit sec et poignant de la photographe. Du coup, on a effectivement du mal à trouver à « Fur », une quelconque réalité.
Nous plongeant dans l’Espagne du 17ème siècle et la guerre des Flandres, « Alatriste » de Agustin Diaz Yanes avec Viggo Mortensen et Eduardo Noriega porte tristement son titre, se répand pendant 145 minutes d'une mollesse imperturbable et il est très curieux d’entendre avant la projection officielle sur le tapis rouge, Viggo Mortensen faire l’éloge des films "historiques" de Luchino Visconti…
« The Departed » de Martin Scorsese (le cinéaste attendu comme un véritable demi Dieu à Rome) est quant à lui d’une rare efficacité, doit évidemment beaucoup au film original de Wai Keung Lau et Siu Fai Mak « Infernal affairs » dont il est le remake et à la prestation d’un casting américain impeccable, Leonardo Di Caprio, Matt Damon, Jack Nicholson, Mark Wahlberg et Martin Sheen en tête. Ce savant ping-pong entre un flic infiltré chez des truands répondant à un truand infiltré chez les flics est une voie royale, bien huilée pour le faiseur Scorsese (peut-être « enfin » un Oscar pour lui?) mais ne surprendra pas ceux qui espéraient encore trouver une étincelle d’inédit chez ce réalisateur prolifique qui n’a plus rien à prouver.
Intitulée « Cinema 2006 » la compétition (dotée de 200.000 euros pour le meilleur film) qui réunissait 16 films reste la section la plus aléatoire. Or c’est bien par elle que l’avenir du festival de Rome se joue tant elle est déterminante à lui permettre de créer une véritable identité et tenir sa place. Présidés par Ettore Scola, 50 jurés issus directement du public se sont réunis pour déterminer le prix du meilleur film, du meilleur acteur et de la meilleure actrice de cette cession. Cette mesure est certainement la plus inventive que le festival de Rome ait apportée mais notons tout de même que « Jardins en automne » d’Otar Iosselani et « Le voyage en Aménie » de Robert Guédiguian y concourraient - Ariane Ascaride remporte le trophée de la meilleure interprète féminine - bien qu’ils aient déjà connu des exploitations en salles, infirmant au passage le rôle d’une sélection qui se doit généralement d’être inédite. Certaines disparités entre les films sont aussi décevantes, par exemple le faiblard « Nightmare detective » de Tsukamoto Shinya, mauvais film quasi gore retraçant l’enquête de mystérieux suicides n’avait pas sa place aux côtés des autres œuvres sélectionnées.
Il est étrange également que le film « Les Ambitieux » de Catherine Corsini ait été positionné « Hors-compétition ». La réalisatrice qui par ailleurs a été la première étonnée de ce choix, produit une comédie très savoureuse prenant place dans le milieu littéraire parisien. Elle retrouve après « La Nouvelle Eve » l’excellente comédienne Karine Viard, ici Judith chef de collection intraitable chez un grand éditeur, face à Eric Caravacca dans le rôle de Julien, un jeune auteur prêt à tout pour réussir. Passionnée par le thème de la compétition, de la réussite et de la célébrité, Corsini greffe une histoire d’amour faite de méfiances et de va et vient, réussit à portraiturer sensiblement les angoisses et les travers contemporains d’individus qui visent en priorité leur épanouissement - pourtant jamais abouti - dans l’univers professionnel aux dépends d’autres aspirations intimes toujours maltraitées et de fait, larvaires. Catherine Corsini dit avoir beaucoup travaillé avec ses acteurs lors du tournage pour trouver toutes les gammes et les tonalités de jeu possible dans l’interprétation des scènes puis, finaliser au montage les meilleurs éléments parfois antinomiques mais constituants une vraie nature au film. Pour résultat elle obtient un étonnant mélange "sucré-salé" alliant le sens de la gravité à l’humour le plus fin, dans un cadre toujours dynamique et élégant. Une belle surprise.
Izobrajaya Zherty gagne le prix du meilleur film cette année avec « Playing the victim » une comédie noire, une adaptation moderne du Hamlet de Shakespeare. Nous reviendrons sur ce film russe lors de sa sortie dans « Actualité cinéma ». Enfin saluons le prix du meilleur acteur pour Giorgio Colangeli qui interprète le rôle de Sparti (le père) dans un premier film italien admirable, « L’Aria Salata » d’Alessandro Angelini : Fabio (Giorgio Pasotti) est éducateur dans une prison. Il tombe sur Sparti, vieil homme bourru et fatigué, et découvre qu’il n’est autre que son père qui a quitté le foyer familial lorsqu' il était enfant. Plein de rancœur, Fabio décide d’approcher Sparti sans lui avouer qu’il sait qu'il est son propre fils et cherche à percer les mystères de Sparti. Sur un scénario très original et surtout pour une première œuvre, tout au long du développement de « L’Aria Salata » Angelini fait montre d’une assurance stupéfiante. Sa caméra est toujours très proche, à l’affut des moindres tensions de ses comédiens et ne tombe jamais dans la surenchère. Au contraire, Angelini gère avec beaucoup d’aplomb le suspens et l’émotion qui se dégagent de nombreux petits moments fugitifs et de ses acteurs. Son tour de force est de parvenir à montrer combien Fabio, malgré la haine qu’il éprouve pour son père, se casse les dents sur bien plus fort que lui car Sparti est un homme d’un autre temps, une montagne infranchissable, lui-même empli de ressentiments. Le point culminant de la relation improbable de ces deux hommes est d’autant plus bouleversant que l’idée de réconciliation est absente et que le rapprochement progressif des êtres est voué à l’échec.
Parce que « L’Aria Salata » fait ainsi la démonstration d’une très grande sensibilité et d’une rare honnêteté, il fut l’un des plus beaux moments de ce festival: le "jury public" ainsi ne s'est pas trompé en décernant au travers de l'acteur Giorgio Colangeli, un grand prix au film et, ne serait-ce que pour cette découverte, on peut d'ores et déjà être reconnaissant au festival de Rome.Olivier Bombarda






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