Deutsch

Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Cinéma muet > Ce mois-ci > Journal de tournage

Cinéma muet

Un véritable film policier avec fortes scènes de poursuite en ville et sur le Rhin.

Cinéma muet

Lundi, 21 juillet 2008 à 23h20 et lundi, 28 juillet 2008 à minuit

Journal de tournage

Le Comte de Monte Cristo


Compilation exclusivement réalisée grâce à la revue de presse (1928-30)
Collection et archives Famille Bilinsky

Ce qu’on a fait ; ce qu’on va faire – Henri Fescourt s’apprête à partir pour Marseille où seront tournés les extérieurs de Monte-Cristo.
Voici l’état-major du metteur en scène [et la distribution] de ce film connu à ce jour : Assistant : Armand Salacrou. Administrateur : Daniau- Johnson. Opérateurs : Ringel, Barreyre. Régie : Henri Pauly, Fernand Tanière, Daven. Costumes et décors : maquettes dessinées par Boris Bilinsky.
« Bien entendu, nous écrit Henri Fescourt, le film sera réalisé sur pellicule panchromatique. Mais est-il besoin de le dire en 1928 ? »
Henri Fescourt vient, en effet, de quitter Paris pour Marseille où, à la fin de la semaine, il donnera le premier tour de manivelle du film. Les extérieurs seront tournés à Marseille et les intérieurs au studio de Billancourt. Le premier tour de manivelle sera donné lundi ou mardi, à Marseille. Henry Fescourt et sa troupe tournent les premiers extérieurs à Marseille, au château d’If et sur les points les plus divers de la côte.
Depuis plusieurs jours, Henri Fescourt et sa troupe sont en notre ville, où se tournent quelques scènes importantes de Monte-Cristo. […] à Marseille, où l’on attend encore Melle Marie Glory (Valentine de Villefort), Jean Toulout (le juge de Villefort), Gaston Modot (Fernand Mondego), Maupin et Pouget (M. Morrel et père Dantès), ainsi que la célèbre star internationale Lil Dagover, dont ce sera le premier séjour à Marseille.
Plusieurs fois déjà, le trois-mâts Le Pharaon (armateur M. Valoussière) est sorti du port toutes voiles dehors : il ira ces jours-ci à l’île d’Elbe pour que soit filmée la fameuse scène de l’entrevue de Dantès et de l’Empereur en exil. Ces scènes maritimes sont remarquablement filmées avec naturellement de véritables marins qui grimpent dans les vergues pour les manœuvres de voiles, ce qui permet des prises vues d’une technique très moderne. Le village des Catalans a été reconstitué, et c’est là que sera tournée la célèbre rencontre d’Edmond Dantès et de Mercédès. Le château d’If a été, cela va de soi, également visité par la troupe cinématographique et des scènes d’une grande intensité dramatique ont été tournées dans le légendaire château.
Tout le film est photographié sur la nouvelle pellicule panchromatique avec les objectifs les plus récents (brachyscopes*, diastréphores, etc.). Tandis qu’Henri Fescourt tourne à Marseille, au château d’If et dans les sites les plus beaux et les mieux appropriés de la côte… le dessinateur Boris Bilinsky prépare les costumes et les décors des premiers intérieurs qui seront tournés aux studios de Billancourt.
Les grands raids de Monte Cristo se poursuivent, à Billancourt… à travers les sun-light, la ravissante, Miss de Wilford (Marie Glory), laquelle, épanouie dans sa loge, presse contre son visage où émergent des lueurs d’angoisse, un bouquet de roses thé…
…Nous sommes dans une vaste salle à colonne ouverte sur le plein ciel de Provence… Immanquables guirlandes de papiers fleuris. Alternance de guitares et de mandolines. Cent cinquante beaux gars et belles filles aux profils catalans et provençaux peuplent le décor…. Lil Dagover, elle a été habillée d’après une maquette de Bilinsky, et l’on aime son corsage finement échancré, sa robe de soie bleue qui lui bat doucement les chevilles, elle rayonne la joie… Au fait, n’est-elle pas sûre de son bonheur puisque son mariage, dans un rythme cher au cinéma qui se joue du temps, a été célébré la veille… avant même ses fiançailles. Le Pharaon, il revient comme un leitmotiv et on le cherche derrière les arçaux de ce mas, mais l’on aperçoit que les agrées des portants de ce décor immense. Fescourt, nous confie que trois jours lui seront nécessaires pour mener à bien ces fiançailles : puis, brusquement ce sera l’Opéra avec l’époque des dandies.
Dans l’ancien studio, des décorateurs et machinistes montent, sous la direction de Bilinsky, les décors de la reconstitution de l’Opéra. Dans le nouveau studio, on prépare d’autres décors de mas provençal. – On tourne ! crie-t-on. … la scène se passe chez l’armateur Morrel – Monsieur Maupin, crie Fescourt. La scène est prise ; on change d’opérateur et d’appareil pour la « faire » à nouveau.
– Nous avons déjà tourné une partie des extérieurs, me dit-il. Le château d’If, Marseille et la mer à bord du Pharaon. J’ai eu beaucoup de mal pour tourner en rade, ayant constamment un vapeur ou un remorqueur dans le champ de mes appareils. Je n’ai plus comme extérieurs que Paris. Je ne sais pas encore la date à laquelle je les commencerai d’ailleurs. Pour le studio, j’ai de très grands décors, tels : la salle de l’Opéra, les couloirs, le foyer, la fête provençale, les fiançailles de Monte-Cristo, les mystérieux palais, son terrain de Monte Cristo et, nombre d’autres décors non moins importants. Quai du Point-du-Jour… Billancourt… 6 heures du soir… Novembre Dieu ! qu’il fait froid, sombre et sale.
Un immense décor emplit tout le grand studio de Billancourt. Il s’agit de la très scrupuleuse reconstruction du théâtre de l’Opéra de la rue Le Peletier qu’un incendie détruisit vers la moitié du dix-neuvième siècle. Une imposante figuration, qui a revêtu les costumes de l’époque, est installée au parterre et dans les loges.
Dans une avant-scène brille la séduisante Eliane Tayar. Sur le plateau dansent les jolies danseuses du corps de ballet de l’Opéra- Comique. Marie Glory passe, si fraîche, si lumineuse, …si féminine. Puis passe Tamara Stezenko, au charme slave dont on se désensorcelle plus. Boris Bilinsky met au point une maquette. Henri Fescourt siffle. Les sun-lights crépitent. Et à dix heures et dix minutes du soir, ainsi qu’il l’avait solennellement promis, le comte de Monte-Cristo fait son apparition dans une loge. Quelle sensation !
L’opéra est étincelant de lumières. L’immense lustre éclaire une salle brillante par le satin des épaules nues, paillettes des robes, par l’éclat des bijoux… Et de partout, des loges, de la corbeille, des cintres, même, suspendus, fichés, ou apposés, de gros oeils lumineux, oeils de verre épais et froid s’ouvrent sur cet ensemble. Il y a même un appareil qui va et vient sur un câble d’acier. Cet appareil a l’air d’une mitrailleuse suspendue dans les airs. Elle balaie les têtes. Et l’appareil fixe, lui, enregistre la scène qui se passe dans une loge, centre des regards, loge où le procureur du roi, M. de Villefort (Jean Toulout), surveille la tenue de sa fille, la charmante Valentine (Marie Glory).
Rose au corsage, roses aux cheveux, roses aux lèvres, Valentine de Villefort, ou plutôt Mlle Marie Glory, c’est-à-dire la grâce et la féminité ensemble, joue devant l’objectif. Il faut qu’elle s’émeuve. Elle s ‘émeut, et son jeune corsage est haltant. Les opérateurs Ringel, Barreyre et Kottula s’affairent pour une prise de vue importante. Kottula est surtout chargé des truquages. Ils sont nombreux dans Monte-Cristo. M. Hennebain pendant ce temps arme son appareil, et crie : Stop. Les artistes s’immobilisent. Et la photo est prise
…Animés dès l’aube par Fescourt, généraux et dames d’honneur en grand apparat sont sur la brèche, ou plus exactement, dans les loges d’Opéra… Flexible, romantique à souhait, Mlle Spessivtzeva surgit sur la scène, au motif charmant de la troisième valse de Chopin ; un corps de ballet la suit, la cerne avec grâce ; traquée, elle s’échappe parmi les acclamations de l’assistance. Effort, effet prodigieux de tissus fulgurants, gemmes et moires, bouquets serrés au bord des loges, visages pressés parmi les repentirs en boucles, les diadèmes en brillants, les éventails de plume, les uniformes éclatants des maréchaux.

Distinguons tout particulièrement dans ce tableau : Monte-Cristo (Angelo) ; Albert de Mortcerf (Pierre Batcheff), Fernand de Mortcerf (Gaston Modot) ; Mmes Lily Dagover, Stezenko, Mary Glory, Michèle Verly, baronne Wrangel, Nadia Kozine, Eliane Tayar, Gueirarot, etc. ; MM. Janvier, Safonoff, Ravitch, Gaïdaroff, etc.
À signaler tout particulièrement la maîtrise et la précision de M. Courtois, régisseur, M. Mouquet, administrateur. Henri Fescourt règle une scène, un tableau plutôt, et je peux voir dans un bureau encombré de dossiers un homme assis à une table et se penchant sur un registre tout clair, tandis que sa figure reste dans l’ombre. Ça n’a l’air de rien, mais cet éclairage est fort délicat et l’on doit y apporter tous ses soins. L’homme, c’est Volbert, qui silhouette le Gouverneur du Château d’If où Dumas enferme son héros, Edmond Dantès.
Un détail caractéristique. Tandis que le rideau se baisse sur la scène, suivant le même mouvement les lustres, exactement reconstituées et de même splendeur, s’abaissent doucement sur les spectateurs. L’immense décor de l’Opéra a disparu pour faire place à un autre d’un caractère tout différent, le pittoresque après le somptueux. Ce décor est la reconstitution du café du petit village des Catalans, aux environs de Marseille où Fernand Mondego va retrouver Mercédès. En plus des scènes principales qui s’y déroulent le metteur en scène y fait exécuter des numéros de danses avec accompagnement de guitares et de mandolines du plus bel effet.
Un autre décor d‘importance : Le Cabinet de l’Empereur… puis encore un magnifique salon 1830… Le Cinéma renferme tous les arts par synthèse ou par analyse. Le Cinéma avait besoin d’un artiste tel que Fescourt. Fescourt s’est mis au travail et, depuis septembre, sous sa direction, Rengel, Barreyre, Kottula ont enregistré, à Marseille et ses environs, les scènes les plus pittoresques, les vues les plus grandioses ; une photographie très étudiée et impeccable sera le juste complément de cette oeuvre.
Puis il s’est installé à Billancourt, où depuis plus de deux mois, il occupe les vastes studios… Mme Brabo et M. Godard sont les collaborateurs du grand artiste.  
........................................
Monte-Cristo
France - 1929 - 218 min - N&B avec des séquences teintées
Scénario : Henri Fescourt d'après le célèbre roman d'Alexandre Dumas et Auguste Maquet : Le Comte de Monte-Cristo.
Image : Julien Ringel, Henri Barreyre, Goesta Kottula (et Maurice Hennebain), assistés de Paul Fabian
Montage : Jean-Louis Bouquet
Décors : Boris Bilinsky
Effets spéciaux : Paul Minine & Nicolas Wilcke
Production : Films Louis Nalpas
Avec : Jean Angelo (Edmond Dantès, Abbé Busoni, le comte de Monte-Cristo), Lil Dagover (Mercédès, Comtesse de Morcerf), Gaston Modot (Fernand de Mortcerf), Marie Glory (Valentine de Villefort), Jean Toulout (Monsieur de Villefort), Michèle Verly (Julie Morel), Pierre Batcheff (Albert de Mortcerf), Tamara Stezenko (Haydée), François Rozet (Maximilien Morel), Germaine Kerjean (La Carcenti), Henri Debain (Carderousse), Robert Mérin (Andréa Calvacanti), Ernest Maupain (Monsieur Morel), Bernhard Goetzke (L'abbé Faria)
Restauration : ZZ production avec la participation d’ARTE France, de l’ONIF et le concours du GosFilmoFond de Russie, des Archives Françaises du Film
Création musicale de Marc-Olivier Dupin interprétée par l’Orchestre National d’Ile de France, sous sa direction.

Edité le : 17-07-08
Dernière mise à jour le : 17-07-08


+ de Mouvements de cinéma