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Cannes 2006 - Compétition officielle - 17/09/08

Southland Tales

Un film de Richard Kelly


Cauchemar futuriste sur l’Amérique de Bush ou delirium sous influence : Richard Kelly perd ses héros bubble-gum dans un labyrinthe existentialiste.
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Avec Dwayne « The Rock » Johnson, Seann William Scott, Sarah Michelle Gellar, Justin Timberlake…

Synopsis : 2008, Californie. Une attaque nucléaire surprise a précipité l’Amérique dans la guerre. Pour répondre à la pénurie de carburant, la compagnie US-ident élabore un générateur d’énergie inépuisable, qui fonctionne sur les flux de l’Océan mais altère imperceptiblement la rotation de la Terre. Bientôt, la réalité s’en trouve bouleversée, en particulier les vies de l’acteur d’action amnésique Boxer Santaros, de l’ex-star du X Krysta Now et des frères jumeaux Roland et Ronald, dont le destin se confond avec celui de l’humanité toute entière…

L'interview avec Richard Kelly
Le trailer du film


Critique : L’enfer est à nous. Et Richard Kelly le décrit par le menu et dans le désordre. L’enfer se nomme L.A., un enfer de type A « Hell-A », dernière Babylone d’un monde en pleine inconscience de sa décadence. Le film commence par des images caméscopes tournées au cours d’une partie barbecue très middle-class au Texas. Une explosion détourne les regards et un champignon nucléaire s’élève pendant qu’une grande lumière envahit l’écran. L’action se situe en 2008 après cette attaque dans un Los Angeles pas si futuriste que ça. Film Fauché, « Southland Tales » ne montre son anticipation proche que par des écrans vidéo, un dirigeable ou une soucoupe en 3D produisant de l’énergie alternative au pétrole au sur la côte Pacifique.

Kelly installe l’intrigue en voix-off à la Casino de Scorsese pendant bien une heure sans qu’on n’y comprenne goutte. Mais ce délire finit par laisser une impression jouissive de grand bazar, une usine à névrose. Quoi de mieux pour décrire LA. En vrac, sont évoqués le réchauffement de la planète, les pornostars, le problème des énergies, et l’emprise des médias. Liste non exhaustive. Versant délire, Richard Kelly nous conte les pets de bébé thermonucléaires ou l’histoire des singes qui perdent leur âme en traversant la faille spacio-temporelle. Le jeune cinéaste invente sans doute le cinéma Gonzo décrivant un monde qui a pété les plombs où Arnold Schwarzeneger devient gouverneur de Californie. Sous l’influence de "Twilight Zone" et "Brazil", Kelly égratigne tout un pays, les USA et plus largement l’Occident.

Private Abilene soldat vétéran de la guerre d’Irak un brin dérangé au rictus inquiétant passe son temps sur un mirador de Venice Beach, son fusil tourné vers les terres, mettant en joue les surfers sur la plage. La menace vient sans doute de l’intérieur. Et sans doute pas des néo-marxistes hippies. En citant sans cesse le Kiss Me Deadly de Robert Aldrich et sa boite de Pandore, Kelly suggère que l’humanité n’aura pas volé son apocalypse en explosant au-dessus de ses usines nucléaires à la manière de James Cagney dans White Heat : « Top of the World Ma ! ». Le nouveau Messie par Kelly est un soldat dédoublé qui se sert la main à lui-même, en lévitation dans un camion de glace au dessus de la ville ! Comme le disait les frères Coen dans « Hudsucker Proxy » : « The Future is Now ».

Delphine Valloire

Edité le : 22-05-06
Dernière mise à jour le : 17-09-08