Avec Andreas Müller, Ilka Welz, Anett Dornbusch…
Interview:
Valeska Grisebach, à propos de Sehnsucht
Synopsis : Un homme et une femme vivent dans un village, non loin de Berlin. La ville paraît être très loin. Ils s’aiment depuis leur enfance et sont inséparables. Tous deux ont maintenant la trentaine. Il est mécanicien et pompier bénévole. Elle fait des ménages, quelques heures par semaines, et chante à la chorale. Les autres les considèrent avec étonnement et méfiance parce qu’ils ont l’air si heureux, à l’abri des conflits quotidiens. Innocents et parfois naïfs comme deux enfants. Un jour, l’homme prend part à un voyage professionnel avec le corps des sapeurs-pompiers. Dans la grande ville, après une nuit bien arrosée, il se réveille dans l’appartement d’une femme qu’il ne connaît pas et ne se souvient pour ainsi dire plus de rien. Il tente de reconstituer ce qui s’est passé…Biographie : Née à Brême en 1968. Grandit à Berlin. Etudie la philosophie et la littérature allemande à Berlin, Munich et Vienne. Etudie à l’académie du cinéma de Vienne, dans le cours de Peter Patzak. Séjour d’études à l’académie allemande du cinéma et de latélévision de Berlin (dffb). Réalise en 2001 son film de diplôme, MEIN STERN.
Critique : « Sehnsucht » n’est que le deuxième long métrage de fiction de Valeska Griesebach et le fruit d’un travail conséquent, planifié sur près de quatre mois de casting et plus d’une années passée à remodeler les étapes successives du montage. Des cadrages au cordeau à ces petits gestes des comédiens, qui semblent avoir été longuement répétés, pour nécessiter sûrement un nombre incalculable de prises, on sent Valeska Griesebach extrêmement attentive à scruter et rendre prégnant le tremblement sous la surface des évènements anodins, à sonder le volcan qui sommeille et à capturer le moindre clignement d’œil par un rendu très précis à l’écran.
De cette école du regard presque radicale, dont sont également issues les réalisatrices Barbara Albert et Jessica Hausner, la voie suivie par Valeska Grisebach apparaît plus minimaliste que clinique. Une disposition qui a déjà concouru à faire de « Mein Stern », son premier film, une œuvre qui ne s’apparente ni à documentaire ascétique ni à une fiction dogmatique. Au cours de ce récit où deux adolescents de 14 ans se rencontrent et sortent ensemble, la réalisatrice laisse poindre l'émotion, quand celle-ci en vient légitimement à naître. Ses personnages s’aiment sans savoir vraiment décidé ce qu'il faudrait entendre par-là. Sans recul, ils vivent leur relation avec le plus grand sérieux, reproduisant les gestes des « adultes » par pur mimétisme. De ces actions maladroites, la réalisatrice parvient à ne garder que ce qu'elle entend montrer, et cette aptitude s’affirme de manière impressionnante dans « Sehnsucht » (à comprendre comme le désir et la langueur).
Cette fois, Valeska Grisebach observe notamment un homme qui, au lieu de réfréner son élan passionné par une attitude conformiste, choisit au contraire de revendiquer un romantisme désuet. Ce garçon impassible se met en soudain danger de façon mélodramatique, autant qu’il se met en scène derrière la quotidienneté et le caractère rassurant d’un petit village où « rien n’arrive », où les infrastructures ont été épargnées par les modernisations de la réunification allemande, sans tomber pour autant dans le pittoresque. Ceci a semble-t-il également prévalu pour le choix de la pellicule sur le numérique. Ainsi, quand les gestes sont millimétrés, la chaleur pointe toujours grâce à une ironie moins sarcastique que réconfortante et par le choix de comédiens non professionnels. Ces derniers établissent une proximité avec le spectateur, une connivence qui se rapporte au caractère très abordable des enjeux du récit. Il y a pourtant un mystère à l’œuvre dans « Sehnsucht ». On sent bien que la réalisatrice répugne à l’expliciter, en dépit du caractère universel et même exemplaire de la situation. Grâce à l’une de plus belles fins que l’ont ait vue depuis bien longtemps au cinéma, ce mystère perd de sa sécheresse, pour se rendre au regard des enfants. Julien Welter





Valeska Griesebach, où l’art de faire trembler
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