Cinéma des différences
du 25 novembre au 4 décembre 2005
www.retourdimage.org
Renseignements, réservations : 01 43 14 65 47 ou retourdimage@noos.fr
Le FESTIVAL RETOUR D'IMAGE, cinéma des différences, est un temps de réflexion sur l'image des personnes handicapées au cinéma. Il est organisé tous les deux ans, par une équipe composée d’acteurs, de cinéastes, d’artistes et d’étudiants. Touchés par des handicaps différents (certains sont sourds, d’autres aveugles, d’autres ont des handicaps moteurs) mais tous cinéphiles, ils permettent une approche plurielle des films. Les films sont sous-titrés et, pour la plupart, audio-décrits pour les déficients visuels. Les débats, qui suivent chaque projection, sont interprétés en Langue des signes française. Le Festival se tient au MK2 Bibliothèque et le Ciné220, qui a fait installer des équipements d’audio-description et sous-titrage dans une de ses salles en 2005. Ces deux cinémas sont des modèles d’accessibilité, alors que cet investissement reste malheureusement encore rare dans le secteur des salles d’Art et d’Essai.LE FESTIVAL RETOUR D'IMAGE est bien sûr accessible à tous les publics, pas seulement aux personnes handicapées !
Associé cette année au Mois du film documentaire, il pose des questions de pratique artistique, de société et de représentation qui nous concernent tous. Il y aura trois séances scolaires à Paris et une séance orientée vers un public jeune hors temps scolaire, à Brétigny sur Orge.
RETOUR D’IMAGE 2E EDITION
MODE d’EMPLOI
La première édition du festival Retour d'image, en décembre 2003, avait pour titre "Cinéma et handicap, une rétrospective critique" et parcourait l'histoire du cinéma depuis ses origines. Elle présentait plus de 55 films courts et longs, principalement de fiction, accompagnés de débats avec des cinéastes, auteurs et acteurs invités (Jean-Claude Carrière, Stephen Dwoskin, Jean-Pierre Sinapi, Emmanuelle Laborit, François Dupeyron, Jean-Claude Brisseau, Philippe Adrien pour ne citer qu'eux...).
Notre programmation s’inscrivant cette année dans le Mois du documentaire, nous présentons moins de fictions, mais celles-ci sont légères, tous publics et récentes :Deux films dont les auteurs sont concernés par le handicap, encadrent le festival à Paris. En ouverture, Cloud cuckoo land (2003) de Matt Dickinson, comédie romantique britannique inédite en France, coécrite par l’acteur principal, Steve Varden. Basé sur des faits autobiographiques, ce roadmovie nous entraîne dans le sillage d’un jeune homme lourdement handicapé, déterminé à piloter un ULM. Au terme des trois jours du festival à Paris, les deux dernières saisons de la série britannique en langue des signes Rush (2003-04) seront projetées en présence du réalisateur Ray Harrisson Graham, très attendu par la communauté sourde française. Si Rush 3 prend un tournant assez dramatique, dans Rush 4 les héros auront mûri et trouveront un certain apaisement.
Les deux autres films phares de la programmation fiction sont des comédies indépendantes qui ne sacrifient pas aux mythes et clichés traditionnellement associés au handicap. Dans Aaltra (2004), Gustave Kervern et Benoît Delépine dénoncent une fois de plus avec un humour féroce, la médiocrité et la mesquinerie ordinaires, sans épargner bien sûr leurs personnages handicapés ! Dans The station agent (2003), Tom Mac Carthy révèle habilement, sans en faire le thème central du film, le poids du regard des autres sur un homme de petite taille. Il s’agit d’une histoire d’amitié semée de gaffes inénarrables, entre trois êtres solitaires. Peter Dinklage (Ca tourne à Manhattan, Frankie starlight), qui incarne le personnage principal, est l’un des premiers acteurs nains à avoir pu choisir ses rôles, évitant soigneusement ou dénonçant carrément les clichés habituels sur les nains. L’équipe de Retour d’image souhaite vivement lui consacrer une rétrospective prochainement.
A Brétigny sur Orge, Rush 1, Rush 2 (2001-02) hit de notre édition 2003, sont rediffusés (dimanche 27 novembre) pour que ceux qui ne les ont pas vus puissent profiter, le lendemain à Paris, de la suite et fin de la série. Miracle en Alabama (1962) d’Arthur Penn est rediffusé aussi, car ce chefd’oeuvre est accessible aux spectateurs aveugles avec audio-description depuis le premier festival. Nous espérons que des spectateurs concernés seront présents dans la salle afin d’enrichir le débat. Enfin, le choix du Ciné220 de présenter dans le cadre de Retour d’image Un long dimanche de fiançailles (2004) de Jean-Pierre Jeunet - audio-décrit et sous-titré en 2004 par la Mairie de Paris - nous a intéressé, parce que peu de critiques ont noté le handicap de l’héroïne. En ce début des années 2000, l’intégration d’un handicap dans les caractéristiques d’un personnage de cinéma semble moins souvent le prétexte de mystifications et de stigmatisations que lors des décennies précédentes. Dira-t-on un jour que « c’était le reflet d’un changement de société » ?
Sélection documentaire :
Le reste de la programmation 2005 est constitué de cinéma documentaire de provenance internationale. Un axe de réflexion est proposé pour les débats, suivant les projections : "Films PAR/ films SUR/ films AVEC". Quelles caractéristiques distinguent les films réalisés PAR des cinéastes touchés par un handicap, des films où un cinéaste s'intéresse A l'autre différent de lui ? Cette question, qui pourrait s’appliquer aussi bien à des films sur ou par des personnes issues de n’importe quelle autre culture minoritaire, s’adresse aux spectateurs et aux réalisateurs. Les réactions du public handicapé aux films présentés sous cet intitulé seront sans doute éclairantes.
En effet, la plupart des personnes handicapées ont l'habitude d'être observées, franchement ou à la dérobée. Beaucoup ont été abordées au moins une fois dans leur vie pour figurer dans un film ou faire l’objet d’un reportage en raison de leur différence ou d’une condition médicale particulière. La façon dont
est filmée une autre personne handicapée est-elle, pour ces spectateurs, un sujet plus sensible ? L’approche autobiographique ou subjective, est-elle ressentie comme plus légitime? Les spectateurs qui ne connaissent pas le handicap, ou qui ne le vivent pas personnellement, recevront-ils les films de la même façon ? Un film sur une personne handicapée révèle-t-il plus rapidement qu'un autre la nature du regard qui est porté ? La programmation a été conçue de façon à ce que les films suscitent naturellement des débats autour de ces questions.
Nous ne programmons pas, dans le cadre de Retour d’image, de documentaires ou reportages sur le handicap, mais des films dont le (ou des) personnage(s) est (ou sont) handicapé(s). Suite à notre appel à films, nous avons noté en visionnant les films que la curiosité et/ou la volonté d’informer (préoccupations récurrentes des "professionnels du handicap" et des familles de personnes handicapées), donnent rarement naissance à des oeuvres de cinéma. Il peut y avoir liberté ou emprisonnement dans le cadre donné à la relation entre la personne filmée et la personne qui filme. Cette relation, à la prise de vue, devient un regard qui se transmet au spectateur.
Dans la forme comme dans le fond, Une fenêtre ouverte (2005) de Khady Sylla, et Il Diario dei Salti (2005) appartiennent à la première catégorie : il y a le courage de se mettre en scène, de jouer ou de tenir un journal ouvert, sans perdre son intégrité. Dans la catégorie des seconds, nous avons choisi le lumineux Jean-Jacques (1987) de Jean Gaumy, Excusez moi d'exister (2002) du russe Alexeï Pogrebnoy (beau portrait d’une paysanne, inédit en France), Dans le noir (2004) de Sergueï Dvortsevoy (filmant son oncle aveugle), Touchée (2003), de Laetitia Mikles (touchée par le langage des sourds aveugles)…
Les films SUR choisis ici sont principalement des films AVEC, fabriqués autant par le sujet filmé que par celui qui filme. Ces films nous donnent à vivre une expérience unique, car ils sont nés d’une véritable rencontre, intensifiée par le cinéma. Un public averti pourra voir (ou revoir) le sulfureux Sick (1997) de Kirby Dick, prix spécial du Jury à Sundance, sur l'artiste masochiste Bob Flanagan. Dans cette oeuvre à la limite du tolérable, strictement réservée aux adultes, le personnage filmé offre, en cadeau posthume, la matière autobiographique qui rend les dix dernières minutes du film absolument bouleversantes. Les performance scéniques et muséographiques enregistrées parfois par Bob Flanagan lui-même rendent difficile d’évaluer qui, de lui ou de Kirby Dick, est l’auteur du film.
À la frontière entre film PAR et film SUR, Un Silenzio Particolare (2004) de Stefano Rulli (scénariste de Nos meilleures années) est une lettre ouverte à son fils psychotique. Un film-miroir de la relation pèrefils, dont le cinéaste est l'un des acteurs maladroits. La programmation scolaire est aussi articulée autour de la thématique films PAR / films SUR et ponctuée de courts métrages de fiction, d'animation tels que Harvie Krumpet de Adam Elliot (Oscar du meilleur court métrage 2004). Elle présente des courts documentaires d’école, et des films non professionnels, issus d'ateliers ou d'expériences individuelles, dont les auteurs sont handicapés. A ne pas manquer : Les vidéos de Dominique (2003-2004).
Affinités et oppositions
Les films sont ensuite regroupés par séance en fonction des affinités et des différences qui rendent leur juxtaposition intéressante. Andar con tacto (2002) et Dans le noir (2004) sont deux documentaires d’observation, dont les protagonistes sont aveugles. Le premier est un film d’école, tourné en un mois dans le cadre des Ateliers Varan en Colombie (formation professionnelle au documentaire). En talonnant César, son protagoniste, l’auteur parvient à nous attacher fortement à lui et à raconter une histoire complète, à la chute émouvante. Dans le noir est l’oeuvre d’un jeune réalisateur russe, Sergeï Dvorstevoy, qui privilégie la durée des plans, à l’affût de l’incident qui créera un récit. Filmant son oncle Vanya, aveugle et âgé, Dvorstevoy peut paraître cruel lorsque ce dernier laisse apparaître une grande tristesse. On s’interroge sur le positionnement du cinéaste qui choisit d’être « spectateur du réel », en évitant l’engagement direct avec son personnage.
Excusez moi d’exister (2001) d’Alexeï Pogrebnoy, et Paso a paso (2003) d’Alejandra Fonseca (des Ateliers Varan également), sont des portraits de femmes. Véra en Russie, Dayana au Vénézuela, appartiennent à des générations, des cultures et des milieux différents : l’une a 50 ans, l’autre 8 ans. Chacune interprète différemment sa différence corporelle, son rapport aux autres, sa capacité de séduire, d’être aimée. Filmées l’une par un homme attentif, à la recherche du détail et de l’intime, et l’autre par une jeune cinéaste complice, ils nous donnent à sentir les paradoxes du handicap au féminin. Réunir Dans les draps de Norberto (2003) de Hernan Khounian et Jean-Jacques, constitue une juxtaposition des contraires. Pour Norberto Butler, la parole est vitale. C’est son lien avec le monde, sa richesse. Ce que cet homme transmet inspire à Hernan Khourian des images audacieuses. En revanche, la parole de Jean-Jacques compte peu dans l’environnement social où il vit et dans le film de Jean Gaumy. Alors que les personnes IMC touchées dans le centre moteur du langage peuvent aujourd’hui bénéficier d’interprétariat, l’aide à la communication était inconnue dans les années 80 en milieu rural. Jean-Jacques est-il devenu « personnage de cinéma » précisément parce qu’il parlait
moins avec les mots qu’avec le corps et son regard bleu profond ? Au Festival Retour d’image, le mot de « différence » n’est pas un euphémisme. C’est l’énoncé du parti pris humain et artistique, de présenter une diversité d’expressions, de sensorialités et de manières d’être au monde.
Addendum : Nous avons souhaité, en cette année 2005 de commémoration de la Libération et de l’ouverture des camps de concentration, aborder lors d’une table ronde le sort des personnes handicapées victimes d’eugénisme pendant la 2e guerre mondiale. Ce débat est ajourné à janvier 2006. Dans le cadre du festival, on pourra déjà voir à Brétigny Le regard de Pannwitz (1991) de Didi Danquart, à Brétigny sur Orge, samedi 3 décembre 2005. Ce documentaire de création interroge le rôle et l'usage politique de la caméra et de la photographie pendant la montée du nazisme et de l’idéologie eugéniste, dans les années 30 en Allemagne. Juxtaposant des extraits de fictions ou d’archives documentaires nazies avec des archives médicales des années 60 et 70, il montre le danger, pour les personnes handicapées, d’une représentation confisquée lorsqu’un appareil idéologique ou institutionnel s’approprie l’acte de filmer en niant toute dimension relationnelle. Cette oeuvre dérangeante, peu explicative, propose au spectateur d’analyser lui-même les images et leur discours en regard de l’Histoire.
Diane Maroger







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