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Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

Actualité Cinéma

De l'autre côté

Sortie du 4 juin 2003

De l'autre côté
Documentaire de Chantal Akerman (1h39)
Sélection Officielle – Hors compétition Cannes 2002

Synopsis
Depuis des générations, des journaliers mexicains tentent de passer illégalement la frontière pour entrer aux États-Unis, de leur propre chef ou avec l'aide de passeurs organisés. N'ayant rien à perdre, ils n'hésitent pas à tenter leur chance à maintes reprises, même quand ils sont appréhendés et ramenés à la frontière par une police frontalière américaine armée jusqu'aux dents. Pendant des décennies, ces immigrants sans visa sont arrivés dans la région de San Diego au sud de la Californie, « terre promise » où ils espéraient gagner quelques dollars. Mais depuis quelque temps, le Service d'immigration américain (INS) a décidé de déporter les illégaux vers les régions inhospitalières du sud de l'Arizona, en espérant arrêter ainsi le flux d'immigrants. De l'aveu même du shérif local, ce plan est un échec, car il n'a fait qu'aggraver encore la misère des Mexicains. Résultat : la criminalité a augmenté, et pas seulement du côté des illégaux. Elle a progressé aussi parmi la population nord-américaine qui, se sentant menacée, a la main plutôt leste quand il s'agit de défendre son territoire par la force des armes. Il y a eu des morts des deux côtés. Chantal Akerman s'est intéressée à cette situation, que l'on retrouve partout où se côtoient – séparés seulement par les barbelés d'une frontière – un pays très riche et un autre très pauvre.


Critique
Le film donne d'abord la parole aux Mexicains, et chacun y va de son histoire : les parents dont le fils a été tué en essayant de passer illégalement la frontière, ou ce jeune de 14 ans, déjà intercepté à plusieurs reprises et qui rêve de gagner un jour de quoi nourrir toute sa famille. Par de longs plans statiques, la caméra nous montre des villages mornes qui semblent crier une évidence : que personne ici ne peut être le forgeron de son propre destin. Ces images pénibles de localités délabrées dans un paysage aride et poussiéreux barré par une frontière en forme de barbelés en disent plus que toutes ces évocations de faim, de recherche désespérée d'un travail et de petits boulots mal payés sur l'impossibilité objective de s'en sortir pour une génération coincée de ce côté des barbelés. L'espérance illusoire de pouvoir, 'de l'autre côté', goûter à une prospérité à portée de main se transforme en un dangereux cauchemar. Car de l'autre côté (et le film de Chantal Akerman nous le montre sans porter de jugement), les gens ont peur de ces étrangers, peur pour leur modeste train de vie, peur de la criminalité et des maladies que l'étranger peut apporter avec lui. Les belles paroles du gouverneur mexicain n'y changent rien, qui soulignent que la main-d'œuvre mexicaine bon marché a beaucoup contribué ces dernières années à faire prospérer la puissance économique américaine. On préfère se boucher les oreilles, car la peur est plus forte.
Outre un langage filmique sans compromission mais assez fastidieux, la force du film est de montrer la situation de plus en plus intenable des deux côtés de la frontière avec une évidence qui cloue le bec à qui prétendrait que cela concerne uniquement cette région précise. Un simple regard vers les frontières extérieures de l'UE suffit pour s'en convaincre.

Thomas Neuhauser

Edité le : 20-04-04
Dernière mise à jour le : 04-06-03


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