Sortie du 9 novembre 2005 - 08/11/05
Les Artistes du théâtre brûlé
Un documentaire en forme d’exutoire au traumatisme cambodgien.
Documentaire de Rithy Panh
(Cambodge, 2005, 1h25)
Avec Peng Phan, Chheang Bopha, Thén Nan Doeum...
Coproduction Arte France
Synopsis : Au Cambodge, les troupes théâtrales et les salles de spectacles ont été victimes d’une double forme de génocide, hier la guerre, aujourd’hui la nouvelle économie libérale,qui éradique la mémoire culturelle du pays au profit du rendement immédiat. A proximité d’un casino en construction, une troupe subsiste dans un théâtre désaffecté, victime d’un incendie. Au milieu des gravas, hommes et femmes condamnés à vivre dans la misère continuent pourtant à monter des spectacles et à revendiquer l’importance de leur métier, pour la survie de la culture, mais aussi pour eux-mêmes…
Critique : Après la présentation remarquée et saluée de « S21, la machine de mort khmère rouge » (2003), le réalisateur Rithy Panh a convenu de revenir à la forme documentaire, afin de développer un sujet fonctionnant à nouveau comme un exutoire. Ici aussi, il s’agit pour les intervenants de littéralement mettre en scène le traumatisme dont ils ont été victimes, de le rejouer comme dans un film. Quand les rescapés des camps, filmés dans « S21… », mimaient les terribles conditions de leur détention, les comédiens jettent ici leur peurs enfouies sur le tapis, ou plutôt ce qu’il reste de la scène du théâtre Preah Suramarith, symbole du Cambodge moderne construit dans les années de paix.
Cette performance au quotidien et ce besoin d’insuffler une forme de jeu au sein d’une existence régie par la survie et la marginalité découle d’un irrépressible désir de vie et d‘espoir dans un pays hanté par la mort et la démolition. Il est synthétisé par la maxime de l’un des personnages : « Avant, on disait après la pluie, le beau temps. Maintenant, on dit après la pluie, les égouts bouchés ». Le travail de groupe, filmé jour après jour par Rithy Panh, fonctionne donc comme un effort thérapeutique, où il ne faut pas hésiter à stigmatiser l’émoi afin de l’exorciser. C’est pourquoi le réalisateur à recours à un certain nombre de plans volontiers édifiants, comme ce visage d’une reporter, confidente occasionnelle des comédiens du théâtre, qui apparaît à l’écran face à un plan d’ensemble détaillant des enfants occupés à triller les immondices d’une décharge publique, ou celui saisissant la fumée échappée du théâtre, au son du bruit constant qui s’échappe du chantier de construction d’un casino, de l’autre côté de la rue. En optant pour un jeu galvanisant associé à une dimension collective, les artistes filmés par Rithy Panh rappellent enfin le besoin de ne pas abandonner le survivant à son traumatisme : combien de rescapés sont aujourd’hui murés dans leur silence ou tout simplement ostracisés, que ce soit au Cambodge, au Kosovo, au Rwanda ou ailleurs ?
Julien Welter
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Les Artistes du théâtre brûlé
Documentaire de Rithy Panh
(Cambodge, 2005, 1h25)
Avec Peng Phan, Chheang Bopha, Thén Nan Doeum…
Film coproduit par ARTE
Sortie du 9 novembre 2005
Edité le : 08-11-05
Dernière mise à jour le : 08-11-05