(Inde, 2003, 1h40)
Avec Tulip Joshi, Sudhir Pandey, Piyush Mishra
Synopsis : Dans une région rurale de l’Inde où, depuis des années, la population féminine est décimée, Ramcharan essaie désespérément de marier ses cinq fils. Non loin de là, un pauvre paysan cache son bien le plus précieux : Kalki, sa fille de 16 ans, une véritable beauté. Alerté par un de ses amis, Ramcharan achète Kalki à prix d’or et la destine officiellement à l’aîné de ses fils. La noce célébrée, la jeune fille se retrouve livrée au désir des cinq frères et de leur père…
Critique : Pour une fille, le simple fait de naître en Inde peut encore la réduire à la condition de dot, ce qui se traduit par l’appauvrissement d’une famille en vue de l’enrichissement de celle du futur époux. Quand elles échappent à une élimination dès la naissance, les femmes indiennes deviennent une « acquisition » proprement dégradante, dont la conséquence principale est le déchaînement, chez les hommes, des ressentiments liés au sexe ou à la fortune. Ce fléau séculaire menace l’équilibre démographique et contribue à une situation sociale apocalyptique, qui retire aux hommes tout ce qui fait d’eux des êtres humains. Conscient que le cinéma est un média puissant, Manish Jhâ, dont c’est le premier long métrage, a voulu frapper les esprits. Par une extrapolation plus dramatique encore, il évoque ce drame en imaginant avec « Matrubhoomi, un monde sans femme » un village indien devenu un univers purement masculin. Sa mise en scène exemplaire entend restituer une violence littéralement outrée, qui se révèle néanmoins marquante, et permet plus d’une fois de stigmatiser une réalité bestiale et esclavagiste entretenue à l’encontre des femmes.
Ce parti pris situe le projet dans une zone atypique, qui ne se rapporte ni à la guimauve et aux facéties des productions Bollywood (dont Manish Jhâ déclare se méfier, dans le mesure où elles déforment l’image des femmes), ni à la rigueur de Satyajit Ray, dont le cinéma a pourtant longuement observé les failles de la société indienne. Il convient donc, malgré son schématisme, de remarquer ce petit film édifiant, œuvre d’un cinéaste âgé d’à peine 26 ans.
Julien Welter
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Matrubhoomi, un monde sans femme
De Manish Jhâ
(Inde, 2003, 1h40)
Avec Tulip Joshi, Sudhir Pandey, Piyush Mishra
Sortie du 26 janvier 2005
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