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Mercredi 15 juin 2005 à 00.40 - 14/06/06

"Cinéma, de notre temps" en DVD

En 1964, André S. Labarthe, critique aux Cahiers du cinéma et Janine Bazin, épouse d’André Bazin, co-fondateur des mêmes Cahiers créent pour le service de la recherche de l’ORTF, une série de portraits de cinéastes, inspirée des longs entretiens publiés dans les Cahiers. L’idée : confier à de jeunes cinéastes le soin de mettre en scène de vrais films sur des auteurs reconnus, vivants ou morts - Jacques Rozier pour Jean Vigo, Jacques Rivette pour Renoir, Rohmer pour Dreyer, Jean-André Fieschi pour Pasolini, etc…

Cette série intitulée « Cinéastes de notre temps », sera diffusée pendant huit ans, jusqu’à sa suspension, en 1972. À cette date, la collection totalise cinquante et un films.

En 1989, La Sept (Arte dès 1992) relance la série sous un nouveau titre : « Cinéma, de notre temps ». La collection s’enrichit progressivement d’une vingtaine de nouveaux titres, soit un total à ce jour, de près de soixante-dix films réalisés depuis sa création.

(…) Lorsqu’on me parle de Cinéma, de notre temps, il n’est à peu près jamais question de mise en scène. Or, à mon avis, il ne devrait être question que de ça. Comme si le mot « mise en scène » appartenait au vocabulaire exclusif de la fiction. À quoi les documentaristes opposent vainement les mots « dispositifs », « stratégie ». Au fond, nous sommes en présence d’une pensée incroyablement manichéenne dans la réflexion contemporaine sur le cinéma.

(…)

Croire qu’il y a d’un côté le documentaire et de l’autre la fiction, c’est ignorer ce qui les rend indispensables l’un à l’autre. Avec Cinéastes puis Cinéma, de notre temps, j’aurais au moins appris que le cinéma du réel, le si mal nommé, c’était aussi Pickpocket de Bresson ou Faces de Cassavetes. Qu’il n’y a en somme, de cinéma que du réel, de Lumière aux Straub en passant par Vigo, Renoir, Pasolini, etc, etc, jusqu’à Godard ou Rohmer.

Aujourd’hui, le maître mot, qui tend à se substituer à celui de documentaire, c’est document. (…) Comment voulez-vous que le mot de « mise en scène » ne soit pas considéré comme un virus, un mensonge – qui va contaminer, déformer, la prétendue vérité du réel brut ? Ou renvoyé dans le champ passablement méprisé du divertissement. On n’échappe pas au manichéisme !

Si vous suivez attentivement la chronologie des films des collections Cinéastes et Cinéma, de notre temps, vous remarquerez que peu à peu, nous délaissons ce qui ressort de la pure information pour privilégier ces moments où le filmage semble quitter les rails et s’aventurer sur des territoires moins contrôlés. Je le répète : Cinéma , de notre temps, ce n’est pas de la documentation. C’est d’abord un engagement de celui qui filme. Ou ça devrait l’être.

(…)

(…)Introduire une caméra au sein du dispositif de l’entretien en modifie considérablement les effets. Tout ce que la transcription sur papier élimine, les silences, les regards, les rires, les gestes, les intonations, tout ce qui ponctue et colore l’expression des idées et parfois même, les pollue, tout cela, la caméra le ramène au premier plan et finit par constituer un matériau dont le réalisateur est bien obligé de tenir compte s’il ne veut pas se contenter de demeurer un simple organe d’enregistrement, comme disait Artaud.

Le dispositif est moins une machine à mettre de l’ordre qu’un piège à attraper le hasard, à fixer ces petits détails qu’on pourrait trouver anodins, ou farfelus, ou anecdotiques, ou simplement idiots, mais qui sont, en fait, le tissu même du film qui est entrain de se faire. Au fond, l’ennemi, c’est l’intention. Pour moi, la mise en scène est ce qui permet d’exterminer toute trace d’intention. Vous comprenez le prix que j’accorde à des concepts comme : hasard, chance, expérimentation. Ce sont des choses qui m’intéressent prodigieusement dans ce que ça entraîne de réflexion sur la nature du cinéma.

Entretien avec André S. Labarthe, réalisé par Luc Lagier, à Paris, le 29 janvier 2005.

Extrait du livret à paraître avec les premiers DVD de la collection « Cinéma, de notre temps » (Eric Rohmer,Hou Hsiao Hsien, Takeshi Kitano), MK2 Éditions. Avec l’aimable autorisation de MK2 Éditions. DR.





  • La collection

1964
Luis Bunuel réalisé par Robert Valey (44 mn)
Jean Vigo réalisé par Jacques Rozier (90 mn)
Abel Gance réalisé par Hubert Knapp (100 mn)
La Nouvelle Vague par elle-même réalisé par Robert Valey (95 mn)
La Nouvelle Vague, remède ou poison ? réalisé par Robert Valey (38 mn)

1965
Jean-Luc Godard ou le cinéma au défi réalisé par Hubert Knapp (67 mn)
Roger Leenhardt ou le dernier humaniste réalisé par André S. Labarthe (71 mn)
Eric von Stroheim réalisé par Robert Valey (83 mn)
Robert Bresson : ni vu ni connu réalisé par François Weyergans (65 mn)
François Truffaut ou l’esprit critique réalisé par Jean-Pierre Charlier (64 mn)
Max Ophuls ou le plaisir de tourner réalisé par Michel Mitrani (50 mn)
Carl Th. Dreyer réalisé par Éric Rohmer (61 mn)
Sacha Guitry réalisé par Claude de Givray (64 mn)

1966
Marcel Pagnol ou le cinéma tel qu’on le parle (1ère partie) réalisé par André S. Labarthe
Marcel Pagnol ou le cinéma tel qu’on le parle (2ème partie) réalisé par André S. Labarthe (durée totale :109 mn)
Pasolini l’enragé réalisé par Jean-André Fieschi (97 mn)
Et pourtant ils tournent réalisé par Claude Nahon (95 mn)
Raoul Walsh ou le bon vieux temps réalisé par André S. Labarthe et Hubert Knapp (57 mn)
Entre chien et loup, John Ford réalisé par André S. Labarthe et Hubert Knapp (75 mn)
Le Celluloïd et le marbre réalisé par Éric Rohmer (90 mn)

1967
Jean Renoir le patron, 1ère partie : la recherche du relatif réalisé par Jacques Rivette
Jean Renoir le patron, 2ème partie : la direction d’acteur réalisé par Jacques Rivette
Jean Renoir le patron, 3ème partie : la règle et l’exception réalisé par Jacques Rivette (durée totale : 264 mn)
Samuel Fuller Independant Filmmaker réalisé par André S. Labarthe (68 mn)
Le jeune cinéma italien réalisé par Jean-André Fieschi (88 mn)
D’un silence l’autre, Josef von Sternberg réalisé par André S. Labarthe (50 mn)
Le dinosaure et le bébé, dialogue en huit parties entre Fritz Lang et Jean-Luc Godard réalisé par André S. Labarthe (61 mn)
Jacques Becker réalisé par Claude de Givray (76 mn)
Alexandre Astruc : l’ascendant Taureau réalisé par Jean Douchet (92 mn)

1968
La première Nouvelle Vague : Delluc et Cie réalisé par Noël Burch et Jean-André Fieschi
La première Nouvelle Vague : Marcel L’Herbier, une révision réalisé par Noël Burch et Jean-André Fieschi (durée totale : 150 mn)
Bleu comme une orange réalisé par André S. Labarthe (58 mn)
Pierre Perrault, l’action parlée réalisé par Jean-Louis Comolli et André S . Labarthe (52 mn)
Le jeune cinéma canadien réalisé par Jean-Louis Comolli (88 mn)
Jerry Lewis (1ère partie) réalisé par André S. Labarthe (56 mn)
Festival de Tours réalisé par André S. Labarthe (76 mn)

1969
Conversation avec George Cukor réalisé par Hubert Knapp et André S. Labarthe (42 mn)
John Cassavetes réalisé par Hubert Knapp et André S. Labarthe (48 mn)
Alain Robbe-Grillet, 1ère partie : la désignation réalisé par Noël Burch et André S. Labarthe (52 mn)
Alain Robbe-Grillet, 2ème partie : les formes d’Éros réalisé par Noël Burch et André S. Labarthe (48 mn)
Le jeune cinéma hongrois : Miklos Jancso réalisé par Jean-Louis Comolli (53 mn)
René Clair réalisé par Jacques Baratier (55 min)
King Vidor réalisé par Hubert Knapp et André S. Labarthe (40 mn)

1970
Rome brûle, portrait de Shirley Clarke réalisé par Noël Burch et André S. Labarthe (53 mn)
François Truffaut, dix ans dix films réalisé par Jean-Pierre Charlier (58 mn)
Murnau réalisé par Alexandre Astruc (59 mn)

1971
Busby Berkeley réalisé par Hubert Knapp et André S. Labarthe (60 mn)
Jean-Pierre Melville, portrait en neuf poses réalisé par André S. Labarthe (51 mn)
Jerry Lewis (2ème partie) réalisé par André S. Labarthe (51 mn)

1972
J’aurais aimé aimer Lola à Nantes réalisé par Bernard Bouthier (55 mn)
Claude Autant-Lara, l’oreille du diable réalisé par André S. Labarthe (54 mn)
Norman Mac Laren réalisé par André S. Labarthe (53 mn)

1989
David Lynch, Don’t Look at Me réalisé par Guy Girard (59 min)

1990
Nanni Moretti réalisé par André S. Labarthe (60 min)
Jacques Rivette le veilleur, 1ère partie : le jour réalisé par Claire Denis, avec la collaboration de Serge Daney (70 min)
Jacques Rivette le veilleur, 2ème partie : la nuit réalisé par Claire Denis, avec la collaboration de Serge Daney (54 min)
The Scorsese Machine réalisé par André S. Labarthe (73 min)

1991
Pasolini l’enragé réalisé par Jean-André Fieschi (nouveau montage du film tourné en 1966) (65 min)
Souleymane Cissé réalisé par Rithy Pahn (53 min)
Claude Chabrol l’entomologiste réalisé par André S. Labarthe, avec la collaboration de Jean Douchet (52 min)

1992
Chahine & Co réalisé par Jean-Louis Comolli (52 min)
Oliveira l’architecte réalisé par Paulo Rocha (60 min)

1993
Josef von Sternberg, d’un silence l’autre réalisé par André S. Labarthe (réédition actualisée du film diffusé en 1967) (50 min)
André Téchiné, après la Nouvelle Vague réalisé par Laurent Perrin (50 min)

1994
Abbas Kiarostami, vérités et songes réalisé par Jean-Pierre Limosin (52 min)
Éric Rohmer, preuves à l’appui, 1ère partie réalisé par André S. Labarthe, avec la collaboration de Jean Douchet (57 min)
Éric Rohmer, preuves à l’appui 2ème partie réalisé par André S. Labarthe, avec la collaboration de Jean Douchet (58 min)
Robert Bresson : ni vu ni connu réalisé par François Weyergans (version actualisée du film de 1965) (64 min)
Jean Renoir le patron, la direction d’acteur réalisé par Jacques Rivette (réédition du film inédit depuis 1967) (97 min)

1995
Shohei Imamura le libre penseur réalisé par Paulo Rocha (60 min)
Alain Cavalier, 7 chapitres, 5 jours, 2 pièces-cuisine réalisé par Jean-Pierre Limosin (55 min)
La Nouvelle Vague par elle-même réalisé par Robert Valey et André S. Labarthe (version actualisée du film diffusé en 1964) (57 min)
Boettticher Rides Again réalisé par Claude Ventura, avec la collaboration de Philippe Garnier (60 min)

1996
Jean Pierre Melville, portrait en neuf poses réalisé par André S. Labarthe (actualisation du film tourné en 1971) (52 min)
Shirley Clarke, Rome is Burning réalisé par André S. Labarthe et Noël Burch (54 min)
Georges Franju, le visionnaire réalisé par André S. Labarthe (49 min)
HHH, portrait de Hou Hsiao-Hsien réalisé par Olivier Assayas (91 min)
Citizen Ken Loach réalisé par Karim Dridi (60 min)
Chantal Akerman réalisé par Chantal Akerman (64 min)

1997
Mosso, Mosso (Jean Rouch comme si…) réalisé par Jean-André Fieschi (73 min)

1998
John Cassavetes réalisé par André S. Labarthe (50 min)
Philippe Garrel, portrait d’un artiste réalisé par Françoise Etchegaray (48 min)

1999
David Cronenberg. I Have to Make the Word be Flesh réalisé par André S. Labarthe (avec la collaboration de Serge Grünberg) (68 min)
Takeshi Kitano l’imprévisible réalisé par Jean-Pierre Limosin (68 min)

2000
Une journée d’Andreï Arsenevitch réalisé par Chris Marker (55 min)
Aki Kaurismaki réalisé par Guy Girard (55 min)

2001
Hitchcok et Ford, le loup et l’agneau réalisé par André S. Labarthe (60 min)
Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, cinéastes réalisé par Pedro Costa (72 min)
Norman Mc Laren réalisé par André S. Labarthe

2003
Abel Ferrara : not Guilty réalisé par Rafi Pitts (80 min)


  • À lire :

André S. Labarthe - Le triboulet, cinq rencontres avec ASL, Filigranes, France, 2004.
Cinéma, de notre temps, en contrebande à la télévision, Les Inrockuptibles, supplément au n°37.


  • À consulter:

Les deux Lumières : splendeurs et misères du cinéma. Entretien avec André S. Labarthe
L’homme de demain, hier et aujourd’hui, sur le site de l’Humanité

Edité le : 09-05-05
Dernière mise à jour le : 14-06-06