Cannes 2005 - Quinzaine des Réalisateurs
Odete
Un film de João Pedro Rodrigues
Un mélodrame portugais, pop et généreux, qui maintient la curiosité jusqu’à un dénouement…plutôt (dé)culotté !
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(Portugal, 2005, 1h40)
Avec Ana Cristina de Oliveira, Nuno Gil, João Carreira…
Synopsis : Pedro et Rui s’aiment passionnément et n’envisagent pas la vie l’un sans l’autre. Mais Pedro meurt brutalement, laissant Rui désemparé et sans volonté ni capacité de surmonter le drame. Travaillant comme patineuse dans un supermarché, Odete est quant à elle abandonnée par son fiancé dont elle souhaite pourtant un enfant, un désir qui tourne à l’obsession. Le deuil de Pedro, qui n’était pourtant que son voisin et qu’elle ne connaissait pas, contamine Odette. La tristesse et la certitude d’être enceinte de lui commencent à l’habiter, ce qui l’amène à rencontrer la mère de ce dernier, et surtout Rui. De cette confrontation violente et incomprise va naître la renaissance…
Critique : On dit souvent des premiers films qu’ils sont parfaits de maîtrise, le doute ne survenant que plus tard, lorsque l’on s’attelle au suivant, et qu’apparaissent des défis et des impasses dont on n’avait pas conscience. « Odete » est de ces seconds films. Après le célébré « O fantasma » (2000), balade nocturne et onirique où un jeune éboueur courait après ses fantasmes et ses désirs homosexuels dans une ville silencieuse et presque fantastique, João Pedro Rodrigues a fait le pari de ne pas capitaliser sur le style et les thèmes remarquablement homogènes de ce premier long métrage. Curieuse et intrigante, la forme d’ « Odete » semble résulter d’une grande et belle envie de cinéma. Elle est presque kaléidoscopique, comme l’est le casting où se croisent débutants, comédiens plus aguerris ou non professionnels. S’y révèle la puissance du jeu de Nuno Gil, tout d’un bloc fissuré par la douleur du personnage de Rui, et l’obstination assurée (déjà maternelle ?) de celui d’Ana Cristina de Oliveira, lunaire et épanouie Odete.
Combatif et doué, João Pedro Rodrigues s’empare des genres comme le mélodrame, en l’illustrant par un prologue extrêmement prononcé, des gestes tendres au drame soudain, appuyés par l’arrivée de la pluie. Il faut remarquer-là la générosité d’« Odete », qui prend le risque de ne pas rester sur des rails, mais de bifurquer afin de rendre hommage à une époque où le refus d’un gris omnipotent et contemporain passe par l’utilisation des couleurs pop ou d’une palette thématique variée, voire d’une référence suivie au film « Breakfast at Tiffany » de Blake Edwards, entre le ludisme, le premier degré et une irrévérence plus risquée. Des superbes plans du cimetière, où la caméra émerge des ornements floraux posés sur les tombes, à des mouvements de grue amples et appuyés, « Odete » fait preuve d’une générosité, dont la sincérité est, en ces temps de cynisme plutôt efficace au cinéma, la plus belle des audaces et des gageures.
Julien Welter
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Odete
De João Pedro Rodrigues
(Portugal, 2005, 1h40)
Avec Ana Cristina de Oliveira, Nuno Gil, João Carreira…
Quinzaine des Réalisateurs
Edité le : 17-05-05
Dernière mise à jour le : 18-05-05