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21.08.06 à 20H40

Le Film

Depuis qu'Otar est parti


Trois générations de femmes vivent ensemble à Tbilissi, en Géorgie, dans l'ombre d'un homme parti à Paris. Un très beau film où la complicité entre les actrices et la réalisatrice saute aux yeux.


"- Eka : Si staliniste veut dire honnête, patriote et altruiste, oui je suis stalinienne et fière de l'être. Staline était un grand homme.
- Marina : Bien sûr, grand. Par le nombre de ses crimes !
- Ada : Arrêtez. On s'en fout de Staline."


Dans une pâtisserie de Tbilissi, trois femmes prennent le thé. Eka, Marina et Ada, la grand-mère, la mère et la fille, vivent dans un appartement décrépit de la capitale géorgienne. Ada étudie à la fac ; Marina vend tout ce qu'elle peut au marché aux puces ; Eka attend les lettres et les coups de fil d'Otar, son fils bien-aimé parti tenter sa chance à Paris. Les trois femmes ont un caractère bien trempé et les relations sont houleuses, notamment entre Marina et sa mère. À cela s'ajoutent des problèmes pratiques : comment lire sans électricité, se laver les cheveux sans eau, trouver de quoi passer l'hiver ? Un jour, en l'absence d'Eka, Marina reçoit un appel de Niko, un ami d'Otar, qui lui annonce que son frère est tombé d'un échafaudage. Bientôt les autorités confirment : Otar est mort. Marina décide de cacher la nouvelle à sa mère, avec la complicité forcée d'Ada qui se met à écrire de fausses lettres de Paris…

Le moindre regard
Un coup de fourchette de Marina dans l'assiette de sa mère, un regard réprobateur d'Eka, l'indifférence affichée d'Ada : dès la scène de la pâtisserie, par la grâce du jeu et de la mise en scène, on sent les tensions et l'amour volcaniques qui couvent. Les trois femmes sont le cœur et le corps du film et cet Otar du titre, que l'on ne voit jamais sauf en photo, ne sert qu'à révéler les liens passionnels qui les unissent. Julie Bertuccelli filme ses actrices complices avec tendresse et surtout avec une grande pudeur, comme pour contenir derrière le viseur un trop-plein de sentiments. La scène où Marina et Ada se rendent sur la tombe d'Otar, par exemple, est filmée de très loin puis de très près, si bien qu'on ne voit pas les deux femmes, qui sont soit perdues dans l'image soit hors cadre. Quand Marina et Ada pleurent dans le métro, en revanche, on les voit : pic d'émotion porté par un montage subtil, que l'on atteint le cœur haletant. La réalisatrice est attentive au moindre regard, au moindre geste. Elle l'est aussi aux détails – un rideau gonflé par le vent, un vieux téléphone orange – et aux mots ("Indépendance ou pas, ils sont toujours aussi débiles", peste Marina en parlant des fonctionnaires géorgiens). Les uns et les autres sonnent juste et évoquent en quelques touches l'histoire récente de la Géorgie. Les vies mêlées d'Ada, Marina et Eka reflètent ainsi les difficultés de l'ère post-communiste, tout en dessinant le portrait de trois femmes plus qu'attachantes.


Grand Prix et Grand rail d'or section long métrage, Semaine internationale de la critique, Cannes 2003
César de la meilleure première œuvre de fiction, 2004

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Film de Julie Bertuccelli
(Belgique/France, 2003, 1h27mn)
Scénario : Julie Bertuccelli, Bernard Renucci, Roger Bohbot
Image : Christophe Pollock
Montage : Emmanuelle Castro
Son : Henri Morelle
Avec : Esther Gorintin (Eka), Nino Khomassouridze (Marina), Dinara Droukarova (Ada), Temour Kalandadze (Tenguiz), Roussoudan Bolkvadze (Roussiko), Sacha Sarichvili (Alexi), Douta Skhirtladze (Niko), Abdallah Moundy (le voisin d'Otar), Zoura Natrochvili (Mika)
Coproduction : Les Films Du Poisson, ARTE France Cinéma, Entre Chien et Loup, Studio 99
ARTE FRANCE
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Edité le : 01-08-06
Dernière mise à jour le : 01-08-06