Taille du texte: + -
Accueil > Cinéma > Cycle Werner Herzog > Ce monstre venu d’ailleurs

Cycle Werner Herzog

Cliquez ici...

Cycle Werner Herzog

05/09/12

Ce monstre venu d’ailleurs

Qui peut se targuer de connaître véritablement Werner Herzog ? Découvrir son œuvre, c’est entrer dans un univers onirique et poétique, parsemée autant d’éléments autobiographiques que de mystères planant sur sa personne. Légende vivante par excellence, ce cinéaste touche-à-tout a débuté sa carrière en tant que symbole du Nouveau Cinéma Allemand des années 70 au côté de ses confrères Wim Wenders, Volker Schlöndorff et Rainer Werner Fassbinder. Plus tard, on le voit doucement évoluer vers le docu-fiction avant de s’accaparer du documentaire comme nul autre, genre dont il parvient à s’affranchir par un style bien personnel et qui le fascine toujours autant aujourd’hui.

Extrait 1 du film "Aguirre, la colère de Dieu" :



Une chose est certaine, rien n’arrête Werner Herzog. Son obsession : tenter les défis les plus fous et semés d’embuches, défis où la mort rôde constamment et dont il se joue constamment. Au court de ce parcours des plus risqué se trouve une de ses œuvres les plus excentriques, à l’instar de son Aguirre, conquérant déraisonné en quête d’un Eldorado inexistant.  Aguirre, la colère de Dieu (1972) fait partie de ces films qui vous forgent, qui vous transportent au-delà du réel. Son tournage a marqué l’histoire du cinéma, que ce soient par ses prises de vues chaotiques en pleine forêt amazonienne ou les constantes tensions avec l’acteur fétiche d’Herzog, Klaus Kinski, dont il lui faudra plus d’une fois calmer les nerfs lors de ses crises d’hystérie. Le film l’inscrira surtout à jamais comme le cinéaste le plus romantique qu’il soit. Rien étonnant dans cela à ce qu’on le voit d’ailleurs plus tard dans sa carrière mettre en scène des œuvres de Wagner parmi lesquelles Tannhäuser et Parsifal ainsi que La dame du lac de Rossini qui annonça en son temps l’arrivée du genre romantique dans l’art lyrique.

Extrait 2 du film "Aguirre, la colère de Dieu" :



Comme Wenders avec Les Ailes du désir et comme Fassbinder avec Le droit du plus fort, Herzog peindra par la suite un tableau abstrait d’une Allemagne désemparée par la guerre froide avec La ballade de Bruno (1977). Farce absurde au relent de tragi-comédie, Herzog s'égaye autant qu’il s’affectionne de trois marginaux (un simplet, une prostituée, un vieux retraité) en quête d’un monde meilleur aux États-Unis pour laisser derrière eux un Berlin aussi crasseux que vicieux. Un voyage qu’il accomplira lui-même par la suite pour finir par y résider et tourner la plupart de ses films (sans toutefois connaître le destin de ses antihéros, bien heureusement !)

Extrait du film "La ballade de Bruno" :



Mais avant ce changement de continent, Herzog retrouvera à trois reprises Klaus Kinski à l’occasion de films qui auront à parts égales marqué sa filmographie : Nosferatu (1979), Woyzeck (1979), Fitzcarraldo (1982). Des trois, le premier est le plus romantique qu’il soit. Entre son hommage au peintre Caspar David Friedrich et un extrait du prélude de l’Or du Rhin de Wagner (toujours lui), Herzog remet à son goût le chef d’œuvre de Murnau en s’entourant pour cela d’une Isabelle Adjani des plus glacées et d’un Bruno Ganz en pleine quête initiatique.

Extrait du film "Nosferatu" :



L’initiation, l’investigation, la quête de survie, les contrées lointaines… autant de thèmes que Werner Herzog s’efforcera d’aborder dans ses documentaires qu’il tournera essentiellement à partir des années 90. Son style y est reconnaissable entre tous : il y fait preuve d’un humour subversif allant jusqu’à aborder l’autoparodie avec Incident au Loch Ness (2004) de Zak Penn. Dans ce vrai/faux documentaire, l’acteur Herzog part sur les traces du monstre écossais avec une naïveté typiquement « herzogienne ».


Toujours protagoniste de ses documentaires, Herzog use à merveille de son anglais à l’accent teuton fort prononcé sans jamais manquer de poésie, d’absurdité et d’humour grinçant au fil de sa narration. Inédit en France, Encounters at the end of the world n’est pas seulement une ode à la nature (tout comme l’était son hommage aux dessins paléolithiques dans La grotte des rêves perdus) mais aussi un voyage inoubliable en Antarctique où le cinéaste fera nombre de rencontres improbables au bout du monde.


Conquérant illuminé, marginal délaissé, être vampirisé, bête exorcisée ou scientifique magnétisé, chez Herzog les monstres jaillissent de partout pour en faire des témoins du génie humain, de son excentricité et avant tout de sa folie, celle-la même qu’il a cherché à comprendre tout le long de sa riche filmographie. A ce titre, il pourrait ressembler à ce pingouin solitaire dans Encounters at the end of the world, un animal désireux de liberté et de paysages lointains. Le mystère Herzog se trouverait finalement là, dans l’immensité du monde qui nous entoure.

Edouard Brane

Edité le : 29-08-12
Dernière mise à jour le : 05-09-12