Mais Lab-au, dont la newsletter régulière Mediaruimte informe les internautes avertis de ses multiples activités, autant que celles des festivals et manifestations du genre, présentait une autre pièce sous le chapiteau du Scopitone : "Man in eSpace.mov", réalisée en collaboration avec le chorégraphe de Res Publica est une abstraction corporelle où le danseur filmé dans le noir ne laisse dans l’espace virtuel projeté, que la trace de son passage, dans un temps décalé et réduit à 20 images par seconde. Descendance de Muybridge ou d’un Nicolaïs, deux autres pièces chorégraphiques étaient à l’affiche de la programmation nocturne : Apparition de Klaus Obermaier et 1st Konnexion de Franck II Louise. Deux autres spectacles étonnants, si justes et pourtant si différents, où l’approche graphique dans Apparition met en scène des corps, objets d’art plastique en mouvement qui se confondent avec l’environnement, créant ainsi l’illusion réel/virtuel. Alors que 1st Konnexion raconte une histoire corporelle bien réelle, où trois danseurs se rencontrent, sur le mode hip hop, versus break-dance, des capteurs fixés sur le corps dont la vitesse et l’intensité des mouvements transforment l’espace sonore.
Les religions sauvages : le spectacle du collectif marseillais, Le dernier cri met en scène un film d’animation trash et drôle dans lequel apparaissent 30 artistes internationaux. Les images sont mixées en live et la musique jouée par trois musiciens. Jolie surprise pour un début de soirée alors qu’Erik Truffaz et le Lady land quartet, maîtrisent déjà leur public dans la grande halle créant d’emblée une atmosphère particulière, mélodieuse et concentrée, recueillie presque, avec « les Gosses de Tokyo », filmé par Ozu en 1932, projeté sur les dix écrans circulaires. Le lendemain c’est Out of the blue -ambiance jazzy sur fond de danse urbaine- qui rodé par sa répétition offerte à la scène nantaise pour l’apéro du jeudi, avait le privilège d’ouvrir le bal.
Petit détour à la "kro-thédrale" et sa décoration de primeurs pour prendre un verre. Quatre-vingt bénévoles ont travaillé sur le festival. « Pour onze permanents, ce n’est pas suffisant, même avec quatre stagiaires efficaces, souligne l’organisation. »
Ambiance champêtre entre grande halle et la patinoire. Ne pas manquer la DS ni la caravane de Polystyrène TV, l’équipe de télévision mobile capable de produire ses propres divertissements, de Rézé aux Seychelles. Revoir les vidéos de Pleix, assis dans un transat, regarder passer les nuages, sponsorisés par des marques de chaussures, ou bien dehors, sur un écran géant planté dans le sable près de la cabane en bois, conçue par la Cinquième roue du carrosse : en modifiant le dispositif, le Scopitone déplace le regard et aborde le cinéma autrement.
Mais sous le chapiteau, déjà le son gronde : Gravenhurst, T-Raumschmiere, Motormark et Idem font exploser les barrières. Retour du punk via l'électro, guitares saturées, et connotations berlinoises... Au carrefour du dub et de l’indus, les MCs d’Idem s’affrontent dans le noir avec pour seule scéno (une création) trois sphères suspendues réfléchissant de troublantes projections. Ont-ils vraiment calé les images de Western sur la chanteuse ? Echappée vocale jubilatoire sur scène, contre chevauchée historique dans les bulles sépia. Un dialogue subliminal d’humour et de doute s’instaure entre la chanteuse et les cow-boys.
A la patinoire, Principles of Geometry a déjà entammé son road movie. Installés à la table devant l’écran, comme s’ils étaient au volant d’une vieille Oldsmobile décapotable, pendant que d’autres sont campés dans des canapés 70 ‘s résistants ou allongés dans des transats, les deux compositeurs lillois nous offrent une virée aux US sur une électronica mystique, deep mélodieuse, un peu angoissée : images d’archive d’une Amérique radieuse des années soixante, illustrations symboliques de l’âge d’or, on s’interroge : comment tout cela va finir ? et quand l’ordinateur plante, c’est à se demander si cet arrêt prématuré sur la route même, où Cary Grant se fait chasser par l’hydravion d’Hitchcock ("La mort aux trousses" 1959) n’est pas un trick des deux complices. Passage dans l’Antichambre, avec le film de Zarlab et le méta instrument conçu par les studios Puce–muse. La machine infernale conduite en live par Tarek-Atoui n’orchestre pas seulement la sonorisation spectaculaire du film, elle incarne « L’invention de Morel (livre édité en 1940) aux effets dé réalisants, un transfert pour l’immortalité, le cinéma total ». La performance est étonnante ; dommage que le noir total de la salle ne nous permette pas d’apprécier davantage les déhanchements de Tarek l’acousticien, sur sa maudite machine.
Ultime pied de nez à la mort, pour finir : le chef d’œuvre inachevé du réalisateur russe Eisenstein ("Que viva Mexico!" ) sur un live du trio parisien NFL3 : du cinéma augmenté, où l’improvisation afro jazz teintée d’électro aux couleurs brésiliennes, exalte les portraits d’enfants réjouis de croquer à pleines dents, les squelettes sucrés et autres confiseries scuriles, sous le soleil de la fête mexicaine.
L’originalité du Scopitone réside dans cet imbroglio des genres : du Vjing et ciné concert au documentaire, de l’OVNI cinématographique au film d’auteur programmé par Prototype cinéma, avec l’intention artistique et militante de nous faire découvrir des films rares, voire inédits, hors circuit des multiplexes ou salles obscures répertoriées par Allociné, fermés au 16 mm, au super 8 comme au DV.
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Cultures Electroniques
Festival
Scopitone
Un reportage d'Orevo
Juillet 2005
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