Tracks
Le magazine dédié aux nouvelles tendances, cultures émergentes et décalées. Diffusé tous les vendredis soirs et samedis dans la nuit sur ARTE.
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Le magazine dédié aux nouvelles tendances, cultures émergentes et décalées. Diffusé tous les vendredis soirs et samedis dans la nuit sur ARTE.
Diffusion le vendredi 29 août 2003 à 19h00
Rediffusion du 13 juin 2003
Rédaction: ARTE France, Program 33
Dream - Last Poets
Ca fait trente-cinq ans qu'Abiodune est en colère. Au sein des Last Poets, dont il est l'un des fondateurs, il fait du rap dix ans avant tout le monde en scandant ses lyrics sur des beats de tambours africains.
Au début des années 70, leurs albums sont interdits sur les radios, ce qui ne les empêche pas d'en vendre un million d'exemplaires. Avec "Niggers are scared of Revolution" ou "When the Revolution comes", les Last Poets ont mis leur proto rap au service de la cause noire.
Les Last Poets tirent leur nom d'un vers du sud africain Willie Kgositsile, évoquant les derniers poètes porteur de la révolution. Une passion pour la puissance du verbe qui n'a jamais quitté Abiodune, aujourd'hui, professeur de littérature à l'université de Colombia. En plein mouvement pour l'émancipation des noirs américains, les Last Poets se tournent vers l'afrocentrisme. Ils vivent ce voyage aux sources du rythme comme une guérilla contre la culture aux mains des blancs.
Au côté du "I'm black and I'm proud" de James Brown, les Last Poets écrivent la B.O. d'un mouvement révolutionnaire écrasé dans le sang dans l'Amérique des présidents Johnson et Nixon. Comme les Black Panthers, les derniers poètes sont déclarés ennemis de l'Amérique par le F.B.I.
Les Panthers sont assassinés ou contraints à l'exil, tandis que les Last Poets paient eux aussi le prix fort. En 71, alors que l'album des Poets est dans le Top-Ten aux Etats-Unis, Abiodune attaque une armurerie puis cambriole un local du Ku Klux Klan. Arrêté, il est condamné à 20 ans de prison.
Le collectif composé de sept poètes explose après cette épreuve. Pour certain c'est la chute, Abiodune lui, continue de tourner sous le nom de Last Poets tandis qu'Omar Ben Hassan et Jalal entament une carrière solo.
Un quart de siècle plus tard, le message des Last Poets hante toujours la culture rap. Dans un studio d'East Village, Abiodune enregistre ses poèmes sous la houlette de Will Robertson, un projet destiné à rappeler à la nouvelle génération l'histoire de la lutte des noirs américains.
Abiodune
On voulait pas d'une nation de nègres. On utilisait le mot "nègre" en espérant que ça disparaisse mais c'est l'inverse qui est arrivé: ils se sont multipliés. On rend hommage à ceux qui ont utilisé le langage et nous ont donné le rythme et les rimes qui collent à notre état d'esprit.
Les Poets ont été les premiers à utiliser les mots niggers et bitch dans leur musique. Une façon de renvoyer la balle en détournant les expressions des blancs. Aujourd'hui dans les dérives du gansta rap, c'est devenu un fond de commerce vidé de sa dimension politique.
Abiodune
Il fallait qu'on se mette des baffes, genre "j'te mets une raclée parce que t'as tort". Si on s'unissait on pourrait former une vraie communauté. On pourrait avoir de la beauté et de l'amour. On a besoin d'être ensemble, unis. Faut se débarrasser des nègres, des gens de couleur, des négros. Faut qu'on soit noirs.Liens et discographie dans la navigation de gauche
Edité le : 27-05-04
Dernière mise à jour le : 26-08-03