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13/08/08

Le Cirque du Soleil

Interview de Serge Roy


Serge Roy est directeur artistique du « Saltimbanco », un des spectacles avec lesquels le Cirque du Soleil est actuellement en tournée en Europe. Il fait partie du cirque depuis ses débuts en 1984.

L'interview de Serge Roy à écouter



Monsieur Roy, comment est né le Cirque du soleil ? Qui a eu l’idée de créer ce cirque à la fois artistique et esthétique qui est très différent de toutes sortes de cirques qui existaient jusqu’alors ?

Je pense qu’il faut faire un petit retour en arrière, car avant la création du Cirque du Soleil en 1984, il y a d'abord eu la création d’une troupe. On était une bande de jeunes et on a monté une comédie musicale sur échasses. Nous nous retrouvions à l'époque dans ce merveilleux village de Baie Saint-Paul, au nord de la ville de Québec, dans la province de Québec au Canada. Gilles Saint-Croix, un des fondateurs du Cirque, travaillait à l'époque avec Peter Schumann et nous a invités à se joindre à lui. Nous sommes allés participer à cela. Par la suite, nous avons monté un spectacle, une comédie musicale, un spectacle qui se passait sur échasses. A cette époque, Guy Laliberté, qui allait devenir un peu plus tard le vrai fondateur du Cirque du Soleil, était avec nous. Mais entre les deux, il avait créé la fête foraine de Baie Saint Paul. Cela nous a donné l’occasion de rencontrer des gens qui, comme nous, ont été un peu des « drop-outs » de la société, qui avaient envie de faire des trucs artistiques un peu différents. Tout cela a été pour nous une espèce de grande découverte culturelle.

Il y a 20 ans, lors de sa fondation, est-ce que vous pensiez que le Cirque du Soleil aurait un jour un tel succès ?

Non, bien sûr que non. A l’époque, on a essayé de survivre. Premièrement, nous n'avons fait que tourner au Québec. Or, le Québec est un pays immense, mais habité par seulement 7 millions d’habitants ! En plus, il faut penser aux hivers qui sont très longs. Alors il est impossible de s'imaginer que l’on peut prendre un chapiteau, se promener et faire vivre 200 personnes qui pourraient avoir un travail pendant toute l’année. Donc il fallait trouver assez rapidement une façon de rentabiliser la productionsi on voulait survivre. Nous avons donc commencé à développer un peu d’autres marchés. Et la différence pour nous s'est faite avec Los Angeles, parce que ça nous a permis de pénétrer un marché qui allait justement nous permettre de pouvoir faire des tournées qui allaient être viables, qui pouvaient même faire du profit, donc qui pouvaient nous permettre de réinvestir, de nous améliorer, éventuellement même de créer nos spectacles. Ensuite, on pouvait espérer organiser une tournée aux Etats-Unis sur deux ans. Cela a été le début d’une organisation de tournées qui allait mettre sur pied la fondation, notre façon de faire, notre lancement.
Mais de là à s’imaginer qu’un jour les gens de Las Vegas viendraient cogner à notre porte, que les gens de Walt Disney allaient cogner à notre porte, les gens de Fuji Network au Japon viendraient cogner à notre porte...
Nous avons décidé d’aller tourner en Australie, en Nouvelle Zélande, en Europe et pour la première fois, au Brésil. On continue à explorer le monde. Et on le fait non seulement pour présenter notre spectacle, mais aussi pour aller découvrir des talents.


Est-ce que le cirque doit son succès finalement à la forte personnalité de Guy Laliberté ou est-ce plutôt le travail conséquent de toute une équipe ?

C’est sûrement le mariage des deux. Guy a toujours été un individu qui était joueur, mais quelqu’un aussi qui avait le sens des affaires. En plus, c’est quelqu’un qui est très fier et qui est un visionnaire. Si on fait un bon melting-pot des capacités créatrices de Franco, de la perspicacité et du sens des affaires de Guy Laliberté, ce courage aussi du travail des techniciens qui étaient là aux premières heures et qui sont toujours là aujourd’hui, de la disponibilité des artistes, je pense que tous ces éléments mis ensemble ont fait en sorte que ça a donné ce que c’est.

Aujourd’hui le Cirque du Soleil emploie en tout 3 000 employés, dont plus de 600 artistes. Vous travaillez avec plus de 40 nationalités différentes. Une telle entreprise ressemble à une grande structure complexe et difficile à mener. Est-ce que vous avez besoin d’un vrai management pour gérer tout ça ?

Malheureusement oui. Je m’excuse de répondre avec un peu de cynisme. Je pense aux gens qui ont dans leur vie participé à la naissance d’une entreprise et qui se retrouvent dans une structure immense ; il y a une difficulté d’adaptation. Ce n’est pas évident. Moi j’ai été directeur de tournée en 1990 et quand j’avais besoin de quelque chose je prenais le téléphone, j’appelais Montréal et je disais : « Bon j’ai besoin de ça », et c’était simple. Aujourd’hui, à cause de notre structure qui est devenu plus lourde, parce qu'il y a plus de gens, plus de systèmes à installer, tout cela est devenu un peu plus compliqué. Mais ce qui est intéressant, c’est de savoir qu’on le sait.

Le Cirque du Soleil mélange à la fois des éléments de cirque, de théâtre et de danse. Est-ce cette interdisciplinarité qui fait l’originalité et la particularité de votre cirque ?

C’est certainement l’amalgame de tout cela qui fait le succès du Cirque du Soleil. Je pense que ce qui nous a poussés encore plus loin à utiliser tout cela, c’est notre volonté que le spectacle soit sans coupures. On ne voulait pas utiliser un Monsieur Loyal qui viendrait dire « Maintenant mesdames et messieurs… ». Mais on voulait être capable de vous garder dans une espèce de monde qui serait le nôtre sans coupures. Il fallait être capable de faire bouger tout ce qu’on a sur la scène de façon à ce que l’on ne sente pas la coupure. Et pour rendre cela intéressant, bien sûr on utilise tout ce que l’on peut, c’est-à-dire que l’on va utiliser les talents d’un chorégraphe, on va utiliser les talents d’un éclairagiste, on va demander au compositeur de nous créer la musique appropriée. Et on va essayer de faire en sorte que ce tableau soit intéressant.

Une dernière question : Quelles sont vos perspectives et projets pour le futur ?

Guy Laliberté veut continuer à créer des spectacles pour la tournée. On continue à ouvrir des marchés. On part au Brésil pour la première fois. On veut continuer à créer un nouveau spectacle de tournée tous les deux ans. On a encore des projets de théâtre, de participation avec des partenaires pour construire des théâtres ou encore des projets pour construire des hôtels. On veut continuer à offrir le meilleur de nous. Je pense que l’âme du Cirque du Soleil est encore là. Guy Laliberté travaille très, très fort pour que l’on puisse maintenir cette âme, cette façon de faire, cette volonté de vouloir faire quelque chose de nouveau, quelque chose qui a de la qualité, de continuer à faire ce que l’on a toujours voulu faire dès le départ, d'offrir aux spectateurs le meilleur spectacle possible. Je pense que c’est cela notre perspective la plus précise.


C’était Serge Roy directeur artistique du spectacle « Saltimbanco ». Merci beaucoup pour l’entretien et bonne continuation avec le Cirque du Soleil.

Propos recueillis par Katja Dünnebacke, décembre 2004.

Edité le : 20-12-05
Dernière mise à jour le : 13-08-08