
Trois fermiers s'en vont au bal
Richard Powers
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par
Jean-Yves Pellegrin
Editions Le Cherche-Midi
Collection "Lot 49"
20 € / 515 pages
Trois jeunes fermiers anonymes sont en marche vers la guerre des tranchées. Ces trois destins résonnent soixante plus tard à travers la vie de deux hommes.
A Détroit, le narrateur, découvre la photo de trois fermiers prise par August Sander en 1914. Les jeunes hommes, appuyés sur leur canne, fiers de leur jeunesse, se tiennent, endimanchés sur un chemin boueux, devant une étendue de champs. Leur regard interpelle le narrateur. Une image qui n’attendait que lui pour trouver son sens et se prolonger. La fascination s’exerce et l’homme n’a de cesse de percer le mystère de cette photographie.
Peter Mays, journaliste pour une revue informatique aperçoit de son bureau lors du défilé de l’armistice, une rousse marchant à contre-courant. Obsédé par cette femme, il se met à la recherche de l’apparition, et se retrouve sur les traces de Sarah Bernhardt, d’Henry Ford et de la Grande Guerre. Les nombreux méandres de son enquête le ramènent vers un passé méconnu à travers le visage de l’un des trois fermiers auquel il ressemble étrangement.
L’auteur insuffle la vie à ces hommes du début du siècle. Hubert, le Belge, Adolphe, l’Allemand et Peter se rendent à un bal, insouciants, immortalisés dans la violence de leur jeunesse à l’aube du XXe siècle, liés vraisemblablement à deux hommes soixantes dix ans plus tard.
Ainsi à travers les petites histoires, c’est la grande histoire qui se raconte, précepte défendu par la Nouvelle Histoire, celle de Marc Bloch, Fernand Braudel et Georges Duby. C’est tout un siècle qui se déroule entre l’Europe du début du XXe siècle et l’Amérique des années 80.
Cette photographie fascinante, à la fois déclencheur et but, étend ses ramifications et change la vie de ceux qui l’observent.
Les chapitres intercalés, récits gigognes forment un puzzle d’une rare intelligence. Le passé résonne et les liens entre les protagonistes s’affirment entre la saga familiale, l’essai sur la photographie, le roman historique et les biographies de grands personnages, Henry Ford et Sarah Bernhard. L’érudition de l’auteur est un vrai régal, la liberté dans le récit dont il fait preuve font vraiment de ce roman une œuvre originale.
Il aura fallu attendre vingt ans pour que ce premier roman soit enfin traduit en français. Les autres suivront à raison d'un roman par an.
Richard Powers est considéré aux Etats-Unis comme l'un des auteurs les plus importants du XXe siècle et à la lecture de "Trois fermiers s'en vont au bal", ça ne fait aucun doute. Ce roman est inoubliable, tellement atypique et sublime qu'on ne comprend pas qu'il ait pû rester sans être traduit pendant toutes ces années. Les mots restent insuffisants pour décrire l'impression que laisse un tel chef-d'oeuvre.
Alexandra Morardet
- Richard Powers est né en 1957. Il a écrit neuf romans. "Trois fermiers s'en vont au bal" est son premier roman, publié en 1985.





Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter