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Mang'Actu - 02/09/08

Avril 08

Qui a dit que les mangas n’intéressaient que la jeune génération ? On vient d’apprendre que le sémillant Stan Lee, octogénaire toujours vert, qui forgea tout un pan de la culture populaire américaine du dernier siècle en révolutionnant la BD de superhéros via des personnages aussi fameux que Spiderman, Les 4 Fantastiques, ou encore les X-Men planche actuellement sur Hero Man, un projet d’anime pour le studio japonais en vogue Bones, tout en concoctant le scénario d’un manga en compagnie du dessinateur Hiroyuki Takei, l’auteur du shônen à succès Shaman King !

En attendant la sortie un jour en France de ces projets alléchants qui, on l’espère, ne seront pas que des effets d’annonce, voilà de quoi sustenter les « mangavores » avec cette nouvelle sélection de mangas et manhwas pour l’homme et la femme moderne. Bonne lecture !

Le visiteur du Sud. Le journal de Monsieur Oh en Corée du Nord
Oh Yeong Jin
Flblb / 19 €


Employé d’une entreprise de travaux publics, le sud-coréen Oh Yeong Jin est envoyé superviser un chantier en Corée du Nord. Il nous fait le récit de son voyage et de son séjour dans le pays du « Cher Dirigeant » Kim Jong Il.

Oh Yeong Jin n’est certes pas un grand styliste, il n’empêche que l’air de rien avec son trait dénué de toute coquetterie mais tout en spontanéité il parvient à instiller une certaine malice à cet effarant témoignage sur ce qu’est la vie aujourd’hui dans le dernier pays stalinien de la planète. A la façon d’un Candide moderne, le visiteur du Sud précise d’emblée vouloir « dépasser les idéologies pour raconter les hommes ». Une tâche ardue tant l’idéologie irrigue les consciences et façonne les comportements mettant en lumière le gouffre gigantesque qui sépare encore les deux Corées malgré le réchauffement diplomatique opéré à l’orée des années 2000. L’auteur pour autant ne stigmatise pas l’attitude des Nord-coréens, il s’en étonne juste, parfois s’en désole et va jusqu’à s’en amuser. On apprendra ainsi pourquoi il est fortement déconseillé de donner un coup de klaxon intempestif à un piéton marchant au milieu de la route ou pourquoi les bières japonaises que l’on trouve dans les bars destinés aux Sud-coréens sont systématiquement périmées... De ces petites observations naturelles couchées nonchalamment sur le papier, Monsieur Oh en adoptant cette posture de Monsieur tout le monde en dit pourtant bien long sur le climat de suspicion généralisée du pays mais aussi sur l’état désuet des infrastructures et la sous-alimentation chronique des habitants qui n’entame en rien, du moins en apparence, le ciment patriotique de la population et l’aura de l’omniprésent Kim Jong Il. Un journal passionnant et tristement édifiant déniché par FLBLB, petit éditeur indépendant poitevin approuvé et recommandé par tous les orthophonistes.


Tueur !
Hiroshi Hirata
Delcourt-Akata / 11,50 €

Samouraï oeuvrant comme tueur pour le fief de Tosa, Izo Okada décide de devenir rônin, samouraï sans attache, lorsqu’il comprend qu’il n’est qu’un pantin manœuvré par ses supérieurs embringués dans des luttes politiques qui le dépassent. Mais en cette fin de l’ère Edo peut-on échapper à sa condition quitte à renier toute une part de sa vie et se retrouver jeté au ban de la société ?


Akata poursuit son travail de fond autour d’un des plus grands noms du gekiga, Hiroshi Hirata et nous propose ce formidable Tueur !, adaptation libre du film Hitokiri (disponible chez Wild Side video) accouchée dans la douleur si l’on en croit le responsable éditorial de l’époque Takuji Kurokawa qui s’exprime à la fin du volume. Au vu du résultat, il reste que ce manga ne se ressent pas de sa genèse laborieuse et se pose bel et bien comme une pierre angulaire dans sa carrière tant le sujet semble synthétiser tous les thèmes et problématiques qui lui sont chers. Car à travers la prise de conscience de Okada qui choisit de sacrifier tout ce en quoi il croyait pour vivre en homme libre, le mangaka porte une réflexion plus large sur l’oppression des systèmes sur les individus mais questionne aussi l’idée de justice dans un pays où prime par-dessus tout le sens de l’honneur et de devoir. Réalisée près d’un siècle après les évènements racontés dans le récit, cette histoire de rébellion devait on s’en doute prendre pour les lecteurs de l’époque un poids tout particulier dans le contexte de contestation sociale et politique de la fin des années 60 notamment pour son message final pessimiste qui dit que la révolte si elle est nécessaire incombe toujours une part de sacrifice et de renoncement. Redonnant vie au passé pour mieux faire parler le présent, Hirata colle pourtant bien au mode de pensée de l’époque et veille à se mettre toujours au niveau de son héros qui n’est pas un intellectuel et agit du coup comme tel. Grâce à cette approche naturaliste qui se retrouve jusque dans les petites scènes de la vie quotidienne, Hirata donne corps à cette époque trouble, sa dextérité graphique nourrie de son art de calligraphe faisant le reste, notamment dans des combats aussi concis que spectaculaires. Indispensable dans sa mangathèque.


La forêt de Miyori
Hideji Oda
Kankô / 11€

Après la séparation de ses parents, une ado quitte Tokyo pour s’installer chez ses grands-parents à la campagne. Cherchant à rompre avec tout ce qui lui rappelle son passé, elle aime à se perdre dans la forêt alentour et fait la connaissance des curieux esprits qu’elle seule perçoit. Quand elle apprend qu’un projet de barrage menace de détruire ce monde invisible, elle sort de sa coquille et organise la résistance aidée des créatures de la forêt et de ses camarades de classe.

On se souvient du diptyque Dispersion ou de Terrain Vague, parus il y a deux ans chez Casterman, deux histoires fortes et émouvantes qui se posaient comme deux allégories sur le mal de vivre adolescent. Si l’on pouvait regretter alors chez Oda une tendance à tomber dans le pathos et à « téléguider » les sentiments de ses lecteurs, on note ici une évolution de la part du mangaka qui sans renier les thématiques qui lui tiennent à coeur, mène son récit d’une manière plus subtile de façon à le rendre moins didactique et intentionnellement émotionnel. Placé sous le patronage avoué de Miyazaki décidément incontournable pour toute une génération et du jeune surdoué Daisuké Igarashi, La forêt de Miyori associe ainsi le conte rural écolo sur fond de fantasme citadin de retour à la nature avec un personnage typique de Oda, une jeune fille un peu paumée et en souffrance qui va faire l’effort de s’ouvrir aux autres pour préserver ce en quoi elle tient. Le récit y gagne en efficacité et touche cette fois pleinement son objectif, puisqu’on a une réelle empathie pour l’héroïne. En outre, il permet de découvrir une autre facette de cet auteur, dont le dessin noyé jusqu’alors sous un déluge de hachures, gagne en limpidité autant que le récit en fluidité. Un auteur à redécouvrir donc et à ne pas manquer surtout pour les fans de Totoro & co.


La vie des gosses
Kim Hong-mo
Kana (coll. Made In) / 12,50 €

Quelles pouvaient bien être les petites bêtises qu’un enfant pouvait faire en Corée du sud au début des années 80 ? Ce recueil de quatre histoires nous en livre un petit aperçu...

A lire ce bref recueil, on a parfois le sentiment que la vie quotidienne d’un écolier est bien la même par-delà les océans et les frontières. Kim Hong-mo nous présente ici des histoires anecdotiques sur les pérégrinations de gamins qui vivent le frisson de la grande aventure en traversant un fleuve partiellement gelé ou en piquant des châtaignes dans la propriété d’un grincheux voisin. Il nous montre aussi un gamin féru de BD prêt à tout pour récupérer un numéro de sa revue préférée quitte à voler sans complexe ses copains ou encore un autre sur le pied de guerre pour défendre vaillamment son pays du péril Rouge. Il flotte un parfum de nostalgie dans ce manhwa qui pourrait s’apparenter à un Petit Nicolas en Corée du Sud, tant Kim Hong-mo parvient à restituer toute la naïveté et l’insouciance de l’enfance dans ces petits récits magistralement illustrés. Formé à la peinture orientale traditionnelle, l’auteur manie avec une grâce élégante son pinceau charbonneux rehaussé ça et là d’un simple lavis basé sur une gamme chromatique réduite qui nimbe les personnages ; deux ou trois couleurs qui semblent être celles des effluves du passé.   


Pékin années folles (série en deux tomes)
Natsuki Sumeragi
Delcourt / 7,50 €

Dans la Chine des années 20, un jeune homme passionné d’opéra choisit de rompre avec sa famille pour assouvir sa passion réveillant les blessures de son frère aîné qui lui n’en a jamais eu la possibilité, sinon le courage.

On vous a déjà parlé de cette mangaka Natsuki Sumeragi, dont l’œuvre de près ou de loin s’ancre dans cette Chine lointaine et exotique qu’elle se plaît à réinventer et à sublimer par la grâce de son trait hiératique et esthétisant, un peu à la manière d’un Aubrey Beardsley oriental. Sumeragi se penche cette fois sur une période plus proche et moins mythologique celle du Pékin des années 20 pré-communiste encore marquée par le sceau de la tradition confucianiste qu’incarne la figure du grand-père autoritaire. Le sujet des conflits des générations est classique, peut-être trop, mais même mené sans grande surprise, ce diptyque vaut quand même le détour pour son traitement graphique au cordeau qui nous fait dire que ces planches superbement travaillées mériteraient décidément mieux que cette simple édition standard.


Robot (numéro 2)
Collectif
Glénat / 22,99 €

 

Recueil d’histoires courtes complètes et à suivre accompagnées d’illustrations en couleur de 17 auteurs japonais.

Pas grand-chose à sauver de ce luxueux volume qui semblait pourtant alléchant au regard de la superbe couverture de Range Murata, par ailleurs coordinateur de ce projet basé sur l’idée de donner carte blanche à des auteurs souhaitant s’essayer à la couleur. Autant dire que dans le marché du manga où règne sans partage le noir et blanc, il pouvait être intéressant de voir certains mangakas ou graphistes délaisser leur jeu de trames grisées pour se frotter à la flamboyance de la quadrichromie. Or, est-ce le manque de temps pour réaliser ces planches, la difficulté de resserrer l’histoire en quelques pages ou simplement le manque d’inspiration ? Reste que l’ensemble est globalement médiocre, beaucoup s’étant laissés aller à vouloir faire un simili-dessin animé sur papier (Hirotaka Maeda), quand d’autres se sont contenter d’enchaîner de belles illustrations tournant souvent à vide (ImperialBoy, Shigeki Maeshima) quand elles ne pâtissent pas d’un dégoulis de dégradés de couleurs qui ne suffit pas à masquer l’inanité du scénario. A sauver cependant, un petit récit délicieusement kawaï (mignon) de Yug, mais à moins d’être un amateur extrémiste de « manga style », on pourra faire l’impasse sur ce Robot raboteux pas vraiment roboratif.  


Romance Killer t.1 (série en deux tomes)
Doha
Hanguk / 15,75 €

Un ancien tueur qui, sept ans auparavant, a tout laissé tomber pour l’amour d’une de ses victimes, voit sa tranquille vie d’homme au foyer chambouler quand il tombe sous le charme de l’amie de sa belle-fille, une lycéenne habituée à faire battre le cœur de salaryman quadragénaire…


Alors que son Catsby sondait les tourments sentimentaux des jeunes adultes coréens d’aujourd’hui (également publié chez Hanguk), Doha reprend à nouveau son sujet fétiche de l’émoi amoureux en l’abordant du point de vue d’un personnage d’âge mûr au mitan de sa vie, lequel s’apprête à basculer dans une liaison qu’il sait scandaleuse. Bien que le personnage soit exceptionnel du fait de son passif de tueur, Romance Killer offre un portrait attachant et crédible de ce héros touché par le syndrome lolita et tout prêt de perdre pied. Il est fort probable que Doha ait mis beaucoup de lui dans ce héros taciturne et déprimé confronté au trouble d’une quarantaine qui marque l’heure des premiers bilans, qu’il en soit pour preuve le long monologue qui traverse une grande part de ce premier volume beaucoup plus introspectif que spectaculaire. Le talent de mise en scène de Doha qui alterne le montage subtil de gros plans, de visages cadrés et décadrés combinés à des effets de flou et les cases d’ambiance nous embarque dans cette troublante histoire qui a su trouver le ton juste malgré un sujet a priori peu évident, terrain miné depuis le chef-d’œuvre définitif de Nabokov.

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On connaissait Sommelier déjà édité chez Glénat, histoire d’un maître es dégustation de vin, voici sur le même principe Les Gouttes de Dieu de Tadashi Agi (scénariste connu ici pour Les enquêtes de Kindaichi et Psychometrer Eiji) manga goûtu illustré avec application par la dessinatrice Shu Okimoto. L’intrigue de départ beaucoup plus palpitante que ne l’était celle de Sommelier repose sur l’énigme testamentaire du père du héros, un sommelier mondialement reconnu qui dans ses dernières volontés met au défi son fils de retrouver le nom de 12 grands crus à travers 12 énigmes, auquel cas il pourra percevoir l’héritage, une cave contenant les plus grands vins de la planète ! Néophyte en la matière, le héros va donc devoir se muer en expert aguerri et le lecteur découvrira à mesure de son apprentissage les spécificités des différents crus, leur robe, leur fragrance, leur histoire… Instructif, ce premier tome est pourtant assez lent à démarrer, le héros faisant encore ses gammes pour sauver une amie coupable d’avoir cassé une bouteille de Cros Parantou de chez Henri Jayer. L’horreur ! (15 volumes en cours au Japon, Glénat, 8,99 €)


Nostalgie nostalgie… Panini réédite en version luxe Cat’s Eyes, mythique création de Tsukasa Hojo des années 80 centrée sur les aventures d’un trio de sœurs, serveuses le jour qui, la nuit venue, enfile des tenues outrageusement moulantes pour voler à de riches collectionneurs les œuvres d’art qui appartenaient à leur père décédé, et ce au nez et à la barbe du brave inspecteur Toshio Utsumi… Lequel s’avère être dans le civil le petit ami d’une d’entre-elles ! Action, comédie, sentiments et intrigues passablement stéréotypées puisque basées sur le sempiternel même principe ont assuré à cette série le succès que l’on sait. Gentiment distrayant et sympathique mais la génération Naruto aura-t-elle la même indulgence que la génération Goldorak? (Panini, 9,95€)


Heureuse initiative, Sakka a pour sa part décidé de reprendre deux séries laissées en friche depuis l’arrêt de la collection manga de J’ai lu en publiant les volumes inédits de la série de Kaiji Kawaguchi, Eagle tout en rééditant tous les premiers volumes épuisés. En ces temps de primaires américaines marquées par la lutte à couteaux tirés entre Obama et Clinton, le ressort de la série prend un relief tout particulier puisque l’on y suit l’histoire d’un candidat démocrate prêt à tout pour rafler l’investiture de son parti, passeport indispensable pour briguer le poste suprême de Président des Etats-Unis. Sur fond de secrets de famille et de rêve américain, ce récit de politique-fiction documenté mais parfois un brin naïf (voir le discours peu crédible du candidat sur l’avenir de la Défense américaine dans le tome 9, certes imaginé avant le 11 septembre par Kawaguchi), sait rendre sans jamais ennuyer la mécanique trouble des jeux de pouvoir et les tractations secrètes pour mettre dans son camp les leaders d’opinion et autres hommes d’influence. Un manga bien mené et finalement très pédagogique (Eagle, Sakka, 5,95€).


Autre reprise chez Sakka, celle de l’impayable Shinchan, bambin terrifiant dont la raison d’exister semble de vouloir nuire à son entourage en général, et de faire honte à ses parents en particulier. Malgré des histoires inégales, sinon foutraques et pas toujours bien construites, le mangaka parvient presque toujours à sortir le dessin ou la répartie qui fera mouche. Un exemple ? Quand la mère glisse un petit mot doux dans le déjeuner de son mari partant courageusement au travail, l’adorable Shinchan laisse à son vaillant père un pragmatique et bien senti : « Ramène le fric ! » (Sakka, 5,95€)


Enfin, on signale chez Ankama, la sortie du volume 8 de Dofus (6,40€), série parodique dérivée du jeu vidéo en ligne éponyme, racontant la quête d’un groupe de personnages qui cherche à mettre la main sur des œufs aux pouvoirs particuliers, à savoir les Dofus du titre. Chaînon manquant entre Dragon Ball, Star Wars, Super-Mario et même le Donjon de Sfar et Trondheim, ce manga à la française sympathique en diable a fait sa place dans le secteur très convoité et encombré du shônen pour ados au point que nous nous devions de rencontrer la fine équipe qui participe à ce succès. C’est ici que ça se passe !

C’est tout pour ce mois-ci,
Mata ne !

Nicolas Trespallé

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Edité le : 17-04-08
Dernière mise à jour le : 02-09-08