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05/08/08

Interview mit Piotr Anderszweski

Propos recueillis par Teresa Pieschacón Raphael


Pianiste d'origines polonaise et hongroise né en 1969, Piotr Anderszewski commença l'étude du piano à l'age de six ans et étudia par la suite aux Conservatoires de Lyon et de Strasbourg, à l'Université de Californie et à l'Académie Chopin de Varsovie.

En février 1991, ses interprétations des Variations Diabelli et des Bagatelles Opus 126 de Beethoven lors de son premier récital au Wigmore Hall furent accueillies avec enthousiasme tant par la presse que par le public, et le firent reconnaître à un niveau international.

Dès lors, on retrouve le pianiste à l'affiche de nombre séries majeures de récitals tels que le Ravinia Rising Stars Series, le BBC Pebble Mill Celebrity Recital Series et le International Piano Series au Queen Elizabeth Hall. Piotr Anderszewski joue également à l'occasion de festivals aussi exigeants que ceux de Cheltenham, Harrogate ou Edinburgh. Cette année, il donnera des récitals à Paris (Radio France) et New-York (Frick Collection) et jouera à l'occasion des festivals de Bergen, Bath et Cheltenham.

Piotr Anderszewski a joué avec les Orchestres Philharmoniques de Londres, Munich et Varsovie, avec le Symphony Orchestra de Londres et de North Holland, avec le Philharmonia, et avec l'orchestre Symphonique de Birmingham , sous la direction de chefs tels que Rafael Frühbeck de Burgos, En Shao, Gerd Albrecht, Markus Stenz ou encore Stanislaw Skrowaczewski.

Sont prévues des collaborations avec le Rotterdam Philharmonic (sous la direction de Claus Peter Flor), le Lahti Symphony (Markus Stenz), le Bamberg Symphony, et le New Zealand Symphony (Casadesus).

Edité en 1996, son premier disque-récital dans des oeuvres de Bach, Beethoven et Webern obtint le Prix de la Critique polonais. En 1998 Piotr Anderszewski a enregistré pour Harmonia Mundi des oeuvres de Bach.

Depuis 1992 le pianiste joue avec la violoniste Viktoria Mullova. Ensemble ils ont donné des récitals à Londres, Paris, Vienne, Salzbourg, Munich, Prague, Rome, Hong-Kong et au Japon.

Durant 1999, il entreprend un tour du monde qui l'a mené d'Europe aux USA en passant par la Nouvelle Zélande.


- Un Polonais à Paris, ça vous fait penser à....

... Chopin. Mais je n’ai rien à voir avec lui (il rit). Je suis né en 1969 à Varsovie, d’une mère Hongroise d’origine juive, alors je suis souvent allé en Hongrie quand j’étais petit. Mon père est Polonais. Plus tard, ma famille est allée s’installer à Paris. J’ai donc grandi avec trois langues.

- Où sont vos racines ?

N ulle part et cela ne me rend pas toujours heureux. Musicalement, la Hongrie est plus intéressante que la Pologne, elle a une langue et une mentalité très particulières, très originales, mais aussi très rudes. Les Polonais sont plus doux. J’ai grandi en Pologne, où ma grand-mère me racontait des histoires pleines de héros et de pathos sur la Seconde Guerre mondiale. Les Polonais vivent dans un paradoxe. Leur âme est slave, mais leur culture est occidentale, ce qui peut être problématique. Moi aussi, je ressens ce paradoxe.

- Comment êtes-vous arrivé en France ?

Quand j’avais sept ans, mon père, qui était dans le commerce, a trouvé du travail en France. A Paris, tout est anonyme, j’adore. Les gens sont froids, mais ils causent beaucoup. J’aime bien les Parisiens. Les Américains ne font les choses que pour l’argent alors qu’à Paris, les gens font les choses pour le plaisir.

- Au concours de piano à Leeds en 1990, vous avez fait sensation quand vous avez interrompu votre concert et avait quitté la salle…

Ç a a été mon premier et mon dernier concours, j’avais 21 ans. J’ai arrêté au milieu de l’opus 27 de Webern, parce que je n’étais pas content de moi. J’avais honte.

- Comment le jury a-t-il réagi ?

L a plupart des membres n’ont même pas remarqué que je m’étais arrêté au milieu (il rit). D’autres étaient tristes, car cela voulait dire que je n’irais pas en finale. Dans ma tête, tout était fini, pour toujours.

- Que pensez-vous des concours ?

On apprend à gérer le stress, à se mesurer aux autres et on rencontre des gens intéressants, mais je doute de leur valeur artistique. Comme un juge peut-il être objectif ? Comment peut-on attribuer une note à une interprétation ?

- Avant de quitter la scène à Leeds, vous aviez joué les variations Diabelli de Beethoven.

Oui, mais je me trouvais médiocre. Ironie du sort, mon interprétation de l’œuvre a été un grand succès par la suite. J’ai même reçu des récompenses, je ne comprends pas.

- Le réalisateur Bruno Monsaingeon vous a même consacré un documentaire et le Daily Telegraph vous a trouvé « astonishingly mature »…


Moi, « mature » ? Immature m’aurait mieux convenu à mon avis. Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais je n’y vois pas forcément un compliment. C’est un peu comme le vin : vous pouvez avoir un vin médiocre, qui sera bon le jour où le buvez, uniquement parce que ce jour-là, il est arrivé à maturité, mais dès le lendemain, il sera imbuvable. Et puis, d’autres très grands vins doivent attendre dix ans pour arriver à maturité.

- Pour être un bon interprète, faut-il avoir atteint la maturité ?

Non, certainement pas ! Je suis totalement immature, et pourtant j’ai 35 ans.

- Certains critiques disent avoir capté une certaine « rage » dans vos interprétations.

Vous voulez savoir si je peux me mettre en colère? (il rit). Un critique est forcément subjectif, la question est de savoir s’il doit être aussi subjectif dans les jugements qu’il porte. Je ne dis pas que rien ne doit transparaître de la personnalité de l’artiste, mais c’est secondaire. Cela va beaucoup plus loin. Ce qui compte, c’est le son spécifique à un artiste. S’il n’y a pas ce son, son jeu sera intelligent, mais c’est tout et c’est insuffisant.

- On raconte que vous aimez les tempos lents. Est-ce une question d’âge ?

A huit ans, j’aimais la rapidité ! On dirait que j’ai un peu vieilli… sans pour autant avoir mûri (il rit).

- Un pianiste doit pouvoir supporter la solitude. C’est votre cas ?

J’aime la solitude, même si elle me pèse parfois. J’aime bien vivre seul. Pour moi, un concert est une forme de communication formidable. C’est comme un monologue…

- Vous ne me donniez pas l’impression d’aimer les monologues jusqu’à présent…

Je ne les aime pas. Je sais être très avare de paroles. Ce que j’aime, c’est la responsabilité d’une soirée entière, c’est un défi énorme.

- C’est aussi une révélation, un acte intime. Pouvez-vous comprendre Glenn Gould qui a décidé un jour de ne plus se produire en concert ?

Je le comprends parfaitement. Il n’aimait pas voyager, pas plus qu’il n’aimait la confrontation avec le public, les programmes de concerts, toujours les mêmes. J’ai décidé, un peu comme Gould, de faire ce que je veux vraiment, sans me plier à ce que les autres veulent. Il n’existe pas de situation parfaite. C’est souvent ennuyeux d’être dans un hôtel et d’attendre l’heure du concert.

- L’isolement total a rendu Gould malade.

Oui, un tel isolement n’est pas sain. Je trouve amusant parfois de rencontrer des gens, mais la plupart du temps, je préfère être seul et anonyme.

- Beaucoup pensent que vous avez le charisme d’un acteur.

C’est ce qu’on raconte, mais je n’y crois pas. Je pourrais tout aussi bien ressembler à un clochard. Quand j’ai vu Diabelli, le film de Monsaingeon, j’ai été très étonné. Je me trouvais bizarre, je ne m’aimais pas particulièrement.

- Vous avez rencontré Sviatoslav Richter quand vous étiez jeune.

Il était comme un dieu pour moi. Je l’ai rencontré en 1991 à Varsovie. Comme je voulais l’observer pendant les répétitions, je me suis littéralement couché sur le sol, derrière la scène. Quand il est arrivé, il n’a même pas effleuré le piano. Le lendemain, on m’a appelé, ils avaient besoin de quelqu’un pour tourner les pages de la partition. En fait, une jeune fille avait été choisie pour le faire, mais quand Richter l’a su, il a dit qu’il ne pouvait pas jouer avec une femme à ses côtés, qu’il était trop tenté de regarder ses seins (il rit). Plus tard, j’ai appris qu’il ne testait jamais un piano avant un concert. Il avait coutume de dire qu’un concert, c’est comme le destin. Ça m’a fortement impressionné, et je fais comme lui.

- Pourquoi êtes-vous assis au piano alors ?

Parce que je n’ai pas le choix !?


Propos recueillis par Teresa Pieschacón Raphael

Edité le : 09-06-04
Dernière mise à jour le : 05-08-08