Robert AlexisLa Véranda
Editions José Corti,janvier 07
168 pages / 15 €
De l’Autriche à la Turquie, un homme s’arrête, mû par un coup de foudre, dans une maison assoupie sur les bords d’un lac. Alicia, la propriétaire, une vieille dame mystérieuse lui offre la demeure et se joint à lui, pour déguster le temps qui passe sous les frondaisons du parc, et dans les reflets de lumière de la véranda.
La vie douce est bousculée par le désir du personnage d’éprouver l’existence, en reprenant ses voyages. En Roumanie, il retrouve une jeune femme qui pourrait lui apporter la chaleur d’un foyer familial sans aspérités, mais l’escapade est de courte durée et il s’embarque pour Istanbul, ville défigurée par le choléra.
Le vieil homme lors d’un voyage en train se souvient ainsi de l’étrangeté de cette rencontre gouvernée par le besoin de vivre, de se brûler les ailes dans des destinations lointaines, poursuivant une impression diffuse, un bonheur rêvé qui se matérialise en un lieu attirant, cette mystérieuse demeure délaissée.
Au contact de la vieille femme et de sa fille, Katerina, d’une beauté irréelle, il trouve un passé enfoui. Telle Calypso, Alicia retient l’homme dans le bonheur d’un havre de paix, délié du temps qui s’écoule.
« Un pressentiment dut sans doute s’immiscer dans les songes et commander mon éveil. La pendulette marquait deux heures après minuit. Le bruit du tonnerre roulait un peu plus loin vers le sud. Il restait dans la chambre le bruit de la pluie frappant les carreaux, et je ne sais quelle lumière soufrée, empâtant l’espace de sa poudre jaunâtre. Je me redressai sur l’oreiller comme une enfant agité par une frayeur nocturne. Au fond de la pièce, la porte entrebaîllée traçait une ligne noire. On était entré pendant que je dormais, ou du moins quelqu’un était venu m’observer. Je n’acceptais pas l’idée rassurante que ce fût là le geste naturel de mon amie, toujours soucieuse de ma santé. Il y avait autre chose qu’une intuition dictait de manière incontestable. »
La véranda est un rêve de littérature, un bijou précieux et raffiné. Les premières pages sont enivrantes, d’une beauté éblouissante. L’histoire est délivrée de toute limite et se complaît à s’aventurer mystérieusement dans les tourbillons de l’inconscience, laissant tout en suspens, tel un tableau flamand, recelant des détails fantastiques camouflés.
Il existe des livres qui dés les premières pages, semblent familiers. Porté par une écriture subtilement surannée et onirique, le roman du mystérieux Robert Alexis possède une force liée à son intemporalité. Une impression enchanteresse persiste après la lecture, tel un rêve troublant dispersé par la conscience du réveil. On ressent la même chose en observant un tableau hypnotique comme L’île des morts d’Arnold Böcklin.
« Le drame avait brisé la croyance en un monde unique. Plusieurs dimensions coexistaient dans un unique objet. On passait de l’une à l’autre en forçant les serrures, en se mettant en danger. »
Hymne poétique à la littérature et à la magie des lieux qui façonnent les existences, La Véranda est un roman simplement magnifique.
Alexandra Morardet
- Après La Robe, Robert Alexis publie son deuxième roman. Il vit à Lyon, et a été l’élève du philosophe François Dagognet.







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