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Le nouveau « Mémorial Charles de Gaulle » à Colombey-les-Deux-Églises

Quand des instituts de sondage actualisent la liste des personnages les plus importants de l’histoire de la France par ordre de popularité, le nom Charles de Gaulle vient invariablement en tête. Loin devant Napoléon, Charlemagne ou Jeanne d’Arc. Au village de Colombey-les Deux-Eglises, un nouveau musée consacré à l’homme d’Etat, le « Mémorial Charles de Gaulle », vient d’être inauguré.

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Le village de Colombey-les-Deux-Églises se situe dans le département de la Haute-Marne, dans les collines verdoyantes du « Pays chaumontais », en pleine « France profonde », loin des lignes de TGV ou de l’ICE, des autoroutes et des aéroports. C’est dans ce coin de la France éternelle que le général de Gaulle s’établit avec sa famille en 1934, qu’il écrivit par la suite ses mémoires et qu’il s’éteignit, le 9 novembre 1970.

Depuis plus de 30 ans, Colombey-les-Deux-Églises est dominé par une croix de Lorraine monumentale, édifiée en l’honneur du général de Gaulle et comme un symbole de la France Libre pendant la Seconde Guerre mondiale. Juste en contrebas, encastré dans la colline, un édifice rectangulaire de couleur ocre abrite le nouveau « Mémorial Charles de Gaulle ».

A son entrée dans le Mémorial, le visiteur se retrouve d’abord en pleine forêt. Aucun portrait du général, mais des photographies des alentours, des prés et des forêts sur d’énormes parois en plexiglas, le tout agrémenté de bruits de la nature. Ainsi s’ouvre l’exposition.
>> Document sonore : Bruits de la nature

Frédérique Dufour, historienne, commissaire de l’exposition : « On est dans la terrre, dans les paysages choisis par le Général de Gaulle, et on va partir dans ce paysage à la recherche du personnage privé, de son âme en quelque sorte, et par ce biais là, on va pénétrer dans la grande Histoire ».

Non dénuée de pathos, cette exposition verse presque dans le romantisme. Elle relate des faits historiques, mais vise aussi à créer l’émotion. Le décor est planté : une tranchée bordée de sacs de sable gris brun et le vacarme d’une bataille évoquent la Première Guerre mondiale telle que l’a vécue le général de Gaulle. Le comédien Robin Renucci lit des lettres envoyées par le général à sa mère.
>> Document sonore : Lettre à la mère

La mise en scène de la vie et de l’œuvre de Charles de Gaulle dans ce Mémorial tire franchement vers l’opérette – et parfois même vers le kitsch. Des installations monumentales transportent les visiteurs de la tranchée de la Première Guerre mondiale vers le désert libyen pendant la Seconde Guerre mondiale ou sur les Champs-Elysées lors de la libération de Paris.
>> Document sonore : La libération de Paris

Mais en même temps – et c’est là un paradoxe intéressant –, l’exposition attache une grande importance à la véracité historique. Ainsi, elle ne propose aucune reproduction sonore du légendaire appel du 18 juin 1940, mais seulement son texte. L’historienne Frédérique Dufour s’en explique : « Pourquoi ? Parce que tout simplement il n’a jamais été enregistré. Les enregistrements sont ultérieurs, donc j’ai refusé de mettre une version qui n’aurait pas été authentique de cet apell. La deuxième raison c’est que le rapport de forces c’est Pétain qui va bientôt avoir tous les pouvoirs, qui a tous les relais médiatiques alors que Charles de Gaulle n’ait rien, il n’a aucune légitimité et il est très peu entendu le 18 juin ».

Ce n’est donc pas le mythe national, mais la personnalité historique de Charles de Gaulle qui figure au premier plan. Sans sauter aucune des pages qui ont assombri et illuminé l’histoire de France – et celle d’autres pays encore – au XXe siècle, de la Résistance à Mai-68 en passant par la guerre d’Algérie, Alexandre Mora, le directeur du Mémorial, précise : « Charles de Gaulle a été un homme adulé et un homme honni de la même manière. Il y a des faits politiques qui n’ont pas été acceptés par une partie de Français, je pense en particulier à la guerre d’Algérie qui a beaucoup marquée les esprits. Comme toutes les passions, c’est un peu comme en amour : il y a effectivement du positif et du négatif, et donc le sentiment qui exprime le Mémorial c’est un sentiment, je le crois, aujourd’hui apaisé ».

Pour son inauguration, le Mémorial abrite également une exposition tournante consacrée à l’histoire des relations franco-allemandes et réalisée en coopération avec ARTE. Cette présentation est centrée sur l’origine historique de ces relations nouées lors de la rencontre du chancelier Konrad Adenauer et de Charles de Gaulle, le 14 septembre 1958 à Colombey-les-Deux-Églises.
>> Document sonore : Rencontre de De Gaulle et Adenauer


Cette inauguration conjointe du Mémorial, le samedi 11 octobre, par le président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, et la chancelière de la République fédérale d’Allemagne, Mme Angela Merkel, est un moment historique que l’on veut ancrer dans les mémoires. Car comme l’explique le directeur du Mémorial, Alexander Mora :
« Les relations franco-allemandes, das ist sehr wichtig für uns (an allemand). C’est vraiment très important, pour une simple et bonne raison, c’est que, vous le savez, ici, dans cette région, dans ce département Charle de Gaulle et Konrad Adenauer qui étaient deux hommes du 19ème siècle, deux hommes qui ont fait la Première Guerre mondiale, deux hommes qui ont connu la Seconde Guerre mondiale, qui se sont dits – un peu déjà avant Kohl et Mitterrand – : « Plus jamais ça ! » Samedi 11 octobre on aura effectivement encore une fois le couple franco-allemand qui présentera une unité. Une unité pour l’Europe, une unité, je le crois, dans l’action. Donc, très sincèrement et très honnêtement, oui, pour moi, ça me paraît presque naturel qu’à Colombey-les-Deux-Eglises, en hommage à Adenauer et à de Gaulle, on retrouve la chancelière Merkel et le président Sarkozy pour inaugurer ce très beau Mémorial, oui, ça me paraît essentiel ».

Pour la « petite » histoire : en septembre 1958, Konrad Adenauer arriva à Colombey-les-Deux-Églises avec deux heures de retard. Ayant pris la mauvaise route, il s’était retrouvé à Colombey-les-Belles, à 120 km de là, dans la « France profonde » !

Kathrin Hondl

Edité le : 13-10-08
Dernière mise à jour le : 27-10-08


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