Taille du texte: + -
Accueil > Culture > Cultures Electroniques > Slick, Fiac, Show off et autre Diva

Cultures Electroniques

elektra exit 2010 trabsmediale Sk-interfaces Orlan Shift Nancy Happy Cube Day Ars Stelarc Stimuline 3Dkids varusschlacht Elektra dorkbot paris douglas repetto (...)

Cultures Electroniques

Compte-rendu - 07/11/08

Slick, Fiac, Show off et autre Diva

Par Véronique Godé


Le grand raout parisien des foires d’art contemporain, battait son plein du mardi 21 au lundi 27 octobre invitant sur ses territoires, chasseurs amateurs et collectionneurs patentés.

Notre galerie photos
A voir ou à revoir une trentaine d'oeuvres présentées au Slick, à la Fiac ou à ShowOff

Previous imageNext image

Chacun dans son pré et l’art sera bien gardé !


Dès l’ouverture de la chasse pardon de la Fiac, démarre la traque à l’œuvre d’art : les dinosaures et autres espèces rares au Grand Palais, les spécimens plus jeunes à la Cour Carrée du Louvre. L’espace Cardin avec quelques beaux poissons en "Show off" près de l’Elysée alors que le Centquatre, tout juste inauguré rue d’Aubervilliers, prêtait ses terres au Slick, un marché convivial d’à peine trois ans, foisonnant de petit gibier diversifié. Et pour les oiseaux de nuit et autres aventuriers arty, rendez-vous pour une vidéo "screening party" au bar verglassé du Kube Hôtel, dans le 18ème, où une dizaine de galeries les attendent, dans l’intimité d’une chambre numérotée, Pierre Cornette de Saint Cyr en maître de cérémonie, pour clôturer la fête par une vente aux enchères. Quelques 300 galeries essentiellement occidentales étaient représentées au total dont 190 à la Fiac, qui pour sa 35e édition enregistrait à elle seule, en cinq jours, 65 000 visiteurs sur ses deux sites - une fréquentation proportionnelle aux chiffres obtenus en 2007 sur six jours - de quoi se rassurer de " la vivacité du marché, malgré l’inquiétude économique", précisent les organisateurs.

Une odeur de soufre

Signe prémonitoire, métaphore du réel, ironie du sort, mise en garde ou menace ? De la grande allée des tuileries, aux différents prés carrés, deux grandes thématiques se sont vues déclinées : la bagnole custom en version « lowrider et street credibility » au Cenquatre, ou en grand « crash », explosée à la Fiac ; la tête de mort pour trophée à tous les étages ! En plexi, au stylo bille, en crochet en momie, cristallisée, en argent, en alu, incrustée, polie, brossée, injectée, peinturlurée... Sourires morbides, ironiques, ou simples témoins de toutes les vanités de ce nouveau siècle, ces pièces uniques (?) ou répliques enviant celle d’un Damien Hirst - son crâne de platine aux 8601 diamants, vendu au prix record de 99 millions de dollars quelques mois plus tôt- se sont répandues sur les stands comme une traînée de poudre. Pour vous faire une idée rendez-vous dans notre galerie photos.
Julie Miguirditchian de la Galerie Numeriscausa à Paris, confirme : à un prix plus modeste (3 200 euros) la Vanité rouge en plexi 3D de Christophe Luxereau, rutilante comme la carrosserie neuve d’une Ferrari, a contenté plus d’un acquéreur ! Avouons qu’elle réunit à elle seule deux thèmes de prédilection !


Real Reality

Traquer la signature numérique dans un tel dédale de peintures, de collages et assemblages d’objets de toute nature n’était pas une mince affaire. Force fut de constater que si la proie se faisait rare, je n’étais pas seule sur ses traces.
Festival Reality
du 30 au 2 novembre
au Palais de Tokyo
>> Le site d'Eleganz
Me voici nez à nez, au détour de la première allée, avec la petite équipe d’Elegangz, qui de conseil en événementiel et soirées festives se voit programmer au Palais de Tokyo, le festival Reality dédié aux arts en réseau et esthétiques du virtuel, convoquant plus d’une vingtaine d’artistes, parmi lesquels on retrouvera Eva et Franco Mattes, Miltos Manetas, Agnès de Cayeux, ou les architectes d’Archilab aux côtés de musiciens et VJ.
Mis à part quelques collages et montages photographiques impressionnants présentés par la B.A.N.K galerie, une drôle de bibliothèque sous verre où les livres sont reliés les uns aux autres par toute une connectique symbolique, pas une installation faisant interagir, ni même apparaître son et image, pas une seule pièce ou presque, vibrant sous un courant continu... Il était temps de changer de secteur.


Affaires digitales

Ironie du sort, j’étais invitée le soir même, Place de la Bourse, au palais Brongniart : une fête organisée par le leader de l’électronique mobile Samsung, pour le lancement du Player, un nouveau type de téléphones tactiles dans la lignée de l’IPhone. Il est amusant de constater comment certaines œuvres, sans passer ni par la Fiac ni par une galerie – certes parfois épurées de leur substance, ou détournées au profit d’un logo ou d’une interaction massive - trouvent leur public et leur marché, dans les soirées de prestige de l’industrie.
"Liquid Views" de Monika Fleischmann et Wolfgang Strauss
était présenté à "Voyages Virtuels" - Paris en 1993
et lors de louverture du ZKM - Karlsruhe en 1997

"Reactable" du Music Technology Group
expérimentée lors d’Exit (Festival international d’art électronique de Créteil)
et présentée à Ars Electronica 2008

Un ruisseau de lumière virtuelle en guise de tapis rouge dont l’eau se trouble sous les pas des invités, un bar qui s’illumine au touché d’une main ou d’un verre, une table lumineuse multi-touch pour manipuler à plusieurs, les photos numériques de la fête prises en temps réel... Telles étaient les stars de la soirée, non sans rappeler en mémoire le mythique "Liquid Views" de Monika Fleischmann et Wolgang Strauss, rivière électronique ou miroir d’Apollon présenté lors de l’exposition "Voyages Virtuels" à Paris en 1993 ou bien la "Reactable" du Music Technology Group de Barcelone, une table musicale dont le public enjoué activait et combinait les rythmes et séquences sonores, par le déplacement de galets fluorescents.


Question de lecture

Arts Numériques
Tendances, artistes, lieux et festivals
publié par MCD et M21

Upgrade! #19
«DotRed » - David Guez / Annick Rivoire
Le 28 novembre 2008
Maison Populaire - Montreuil
Et si comme le dénonce sous forme de question Marika Dermineur (fondatrice d’Upgrade ! et membre d’incident.net) dans le récent ouvrage "Arts Numériques", "les festivals d’arts électroniques sont-ils nocifs ? », édulcorant la lecture des installations, au profit d’une déambulation festive, les conditions d’exposition des œuvres dans les foires d’art contemporain ou vernissages n’ont rien à leur envier... à la différence près que l’ambiance y est moins festive et plus affairée.

La question de la vidéo par exemple n’est toujours pas réglée : outre l’idée d’unicité ou d’authenticité désormais certifiée par le support sur lequel elle est livrée (sur mini disque dur plombé ou pc sur socle intégré) sa visibilité en foire ou galerie pose problème. Mais en dehors du débat organisé à juste titre par nos confrères de Beaux arts magazine et lacritique.org, une simple liste, un programme, s’il vous plaît, à l’entrée du Show off, une meilleure signalitique au Slick, auraient été pour le moins judicieux !

Avec courage, patience et longueur de temps, comme il sied à tout bon chasseur (sachant chasser sans son chien) il n’était pas impossible de découvrir quelques volatiles de choix dans la bande proposée par l’école du Fresnoy, ou parmi les Talents du CUBE. Au pied du mur séparant Israël de la Palestine, "Ligne verte" de Laurent Mareschal, montre par exemple, qu’on peut, sous la forme d’un tract poétique de 4 minutes associant techniques d’animation à la prise de vue réelle, signifier autrement qu'à la manière documentaire, une affaire politique ; ici, les humiliations et souffrances subies par les Palestiniens à l’issue du conflit.
Le best of vidéo des galeries n’a en revanche guère fait d’adeptes : le caractère systématiquement morbide, l’errance si ce n’est l’absence cruelle du sujet couronné par une affligeante qualité d’image –à deux ou trois exceptions près – m’ont laissée entièrement seule dans l’amphithéâtre samedi après midi, alors que dans une file d’attente de plus d’une heure d’autres chasseurs amateurs d’art faisait la queue devant la Fiac!

Virtual art real money !

Retour à la réalité du marché : sous la verrière du Grand Palais, c’est auprès de la galerie Hans Mayer de Düsseldorf que je m’enquiers du prix d’une installation lumineuse de Bertrand Lavier : 200 000 dollars me dit-on. Je renchéris aussitôt sur un Franck Stella aux rayures de peinture verte et orange alternées, d’une incroyable luminosité : 2 millions !

Je n’ose renouveler la question chez Denise Renée, reine incontestée de l’optical art qui a su en son temps réunir tous les précurseurs ou presque de l’art cinétique : un Vasarely à l’entrée, Delaunay, Herbin, Soto, Tinguely... Le stand est plein à craquer, les petites œuvres protégées dans une sorte de Merzbau ou une seule personne peut se glisser. C’est trop, je sors et croise un peu plus loin, un Bridget Riley dans le couloir, regrettant d’avoir manqué cet été sa belle rétrospective au musée d’art moderne de la ville de Paris...

Génération Show off

Ce sont les énigmatiques "Urban fiction" de la Chinoise Xing Danwen (galerie Sollertis,Toulouse) qui avait d'abord attiré mon regard au Show off : magnifiques cibachromes où l’artiste se met en scène dans des clichés d’urbanisme jouant sur la notion d’échelle, le réalisme de la simulation in situ et l’irréalité ludique des maquettes dans lesquelles elle s’est incrustée. Quelques encoignures plus loin, Steven et ses jeunes collègues de la galerie strasbourgeoise Riff Art Projects, se félicite d’avoir vendu à un collectionneur londonien (18 000 euros), un Donato Piccolo, de cire à la tête décapitée, remplacée par un tourniqué de LED nous offrant par rémanence visuelle, la réflexion de Dante, « Si la mort n’existait pas, le rôti se mangerait vivant ! » Encore une vanité ! Dieu(x) merci, Piccolo a plusieurs sujets d’inspiration - y compris les robots - dans sa besace. Mais d’autres collages et dessins fractals exposés par la même galerie détournent mon attention.


Slick Digit !

C’est au Slick incontestablement, au sein de l’ultime salle 400 du Centquatre que l’on retrouve la scène electro-contemporaine : l’équipe belge de Lab[au] qui présentait là une nouvelle pièce électronique, "Pix Flow", plus modeste que l’installation "Flux Binary waves", sublime sculpture monumentale récemment produite par Synesthésie à Saint-Denis - pour la biennale Art Grandeur Nature et dont les panneaux lumineux envoûtaient les berges du canal, de signaux lumineux fluctuant au rythme des mobilités urbaines passantes.


Les pixels de Miguel

Grand frère de tous ayant travaillé avec beaucoup, Miguel Chevalier était représenté par la galerie Barnoud à Dijon et jouissait d’une belle exposition sur le stand Numeriscausa, qui nous offrait là, une opportunité assez rare, de voir et/ou acheter, ses pièces plus anciennes, telles que ses "Fenêtre mémoire infinie" , ou autres caissons lumineux, et glaces sans teint, peuplées de pixels ou de suites hexadécimales, vendus entre 10 et 50 000 euros selon leur taille.

Miguel Chevalier 2000/2008
aux éditions Monografik
En signature le 27 novembre 2008
à la librairie du centre Pompidou

Inspiré depuis le tout début des années 80, par l’esthétique du code, la répétition du motif, et la fractalisation de l’espace avant d’ouvrir plus récemment son travail sur les arborescences florales, et l’image générative, l’artiste présentait à cette occasion, une monographie de 368 pages tout juste révélée par cinq auteurs aux Editions Monografik.


Le réseau connecté

Les affaires semblaient aller bon train, malgré la crise ! France Cadet a du se séparer d’un de ses "Trophée", pour 4 000 euros, laissant la galerie négocier d’autres placements animaliers à l’étranger alors qu’à coté, la maison Duplex de Toulouse, sensible à la photographie, la vidéo et l’art en réseau diffusait à notre insu via bluetooth, un petit blop rose fuchsia émis par un téléphone mobile posé sur un trépied, que l’artiste Etienne Cliquet avait baptisé "Cyclope". Accrochées aux parois de la galerie simulée, les installations visuelles et sonores de Julie Morel - du collectif Incident - et l’artiste compositeur Vincent Epplay laissaient défiler leur flux de pixels quand un acheteur se décida pour un dessin vectoriel reproduit à la peinture de Patrick Tschudi (4 000 euros).


Superhéros

Mais c’est King Kong qui gagne, avec son portrait cynique des contradictions de la société contemporaine et sa quête absolue du pouvoir : 7 000 euros pour "King Kong and the end of the world", une vidéo de 4mn28 ; huit exemplaires sur dix vendus. L’auteur (italo new-yorkais) Frederico Solmi est "un observateur infatigable de la frénésie des grandes métropoles, qu’il retranscrit dans ses dessins, vidéo et installations, et dans lesquels le monde de l’art côtoie les icônes de la culture populaire", m’explique Pascal Vanhoecke (directeur de la galerie parisienne du même nom). A partir d’un story-board, qu’il confie à un son ami Russel Lowe, Solmi se fait faire un animatic 3D, puis sur cette base animée qu’il imprime, il reprend son stylo bille et réalise plus d’un millier de dessins qu’il numérise et monte à la suite...

"Fake Holidays" de Reiner Riedler
jusqu'au 29 novembre 2008
Mois de la Photo à la Heartgalerie - Paris
A chacun ses super héros et sa technique ! Reiner Riedler lui a choisi Superman en photomontage dans une station balnéaire. Attention par n’importe laquelle - "Superman over Red Square"! En double page dans le Beaux arts magazine de ce mois ci, la photo s’est vendue 2 800 euros à la foire, me confirme Jean-Philippe Aka, en charge de la Heartgalerie. Mais il était tout juste l’heure pour le commissaire vidéo d’un festival d’images environnementales (produit à Cannes cette année) de fermer la boutique et retrouver ses marques, au Kube Hotel, chambre 202.

Edité le : 03-11-08
Dernière mise à jour le : 07-11-08