Je ne compte pas utiliser mon droit de réponse pour lui faire un « procès », car il a déjà eu lieu pendant l’enregistrement de l’émission (90 min.), lors d’une confrontation houleuse entre lui et moi. Je déplore seulement que mes interventions aient considérablement fondues au montage final (58 min.), ce qui non seulement dénature le sens de ma participation à ce débat, mais surtout fait croire que personne n’a réellement déconstruit les énormités prononcées par M. Zemmour.
Si ma mémoire est bonne, j’ai largement fait ce travail sur le plateau. Relevant ses amalgames (distinguant par exemple le « phénotype » et la « race »), j’ai pointé son manque de probité intellectuelle, dénoncé ses provocations et ses affirmations péremptoires, soutenu en cela par Renan Demirkan et Rokhaya Diallo, mais aussi par un public proprement scandalisé, qui a d’ailleurs pris à parti M. Zemmour. Je déplore que l’on ait choisi de tronquer le cœur de la polémique pour mettre en scène le débat en le soumettant à des impératifs superflus (égalité des temps de parole, télégénie d’un duel Blanc/Noire, crédibilité du polémiste Éric Zemmour à maintenir à tous prix parce qu’il en va de la crédibilité du « casting » et du débat lui-même, etc.). Le montage final fausse la réalité du débat que nous avons eu.
Toutes les idées peuvent être exprimées, même les plus nauséabondes, à condition qu’elles soient analysées, débattues et critiquées avec autant de rigueur dans le fond que de vigueur dans la forme. Tel est le tout premier rôle d’un intellectuel – a fortiori d’un philosophe – lors d’un débat télévisé. Si ma mémoire est bonne, cela a été fait avec énergie et conviction tout au long de l’enregistrement. Ce qui me pose problème, ce qui me « choque », c’est qu’il n’en soit presque rien resté au final.
Toutefois, la mémoire étant sélective, subjective et faillible, le « buzz » autour de l’émission gagnant chaque jour de l’ampleur, je demande au diffuseur (Arte) et au producteur (2P2L) de bien vouloir mettre en ligne l’intégralité de l’enregistrement, ou, à défaut, une retranscription fidèle et exhaustive des échanges. Autrement dit : de faire fi du spectacle au profit du sens.
Paris, 20 novembre 2008








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