Jeanne Desto, une urbaniste française qui travaille à Berlin, se rend ce soir à une fête très allemande. Elle nous propose de l'accompagner.

Aujourd'hui, je vous emmène à une fête allemande qui m'impressionne toujours parce que, à chaque fois, j'ai l'impression de plonger en plein milieu de rites païens ancestraux. Julia et Bernd vont se marier samedi, mais la fête qui nous intéresse a lieu la veille. C'est ce qu'on appelle le "Polterabend". Vous pouvez tous venir avec moi, car il n'y a pas d'invitations pour le Polterabend. Il suffit de se munir de sacs et de cartons bien remplis. Les hôtes, c'est-à-dire les futurs mariés, ont fait de la place dans leur salon. Et vous voyez ce qui est marqué là : "Ne pas jeter de verre, s'il vous plaît. Ça porte malheur !".

Et tout à coup, c'est parti ! Les gens ouvrent sacs et cartons pour en sortir des piles d'assiettes et de la vaisselle ébréchée, et comme s'il s'agissait d'une gigantesque scène de ménage, tout le monde jette la porcelaine par terre. Les assiettes volent en éclats les unes après les autres… Un boucan d'enfer ! Et on garde les plus gros pour la fin : la soupière et le saladier. L'origine du Polterabend remonte à d'anciennes coutumes germaniques païennes. Il paraît qu'à la veille du mariage, les esprits frappeurs et tapageurs cachés dans les maisons se manifestent pour avertir le couple de leur présence et réclamer de la considération. Le vacarme et les cris du Polterabend ont donc pour but d'éloigner les mauvais esprits.

Voilà probablement l'origine du proverbe allemand "vaisselle brisée apporte félicité". Mais il y a un autre proverbe allemand "Glück und Glas, wie leicht bricht das", "bonheur et verre se cassent vite", interdiction donc de casser du verre. Attention ! Seul les futurs époux doivent balayer les débris. Dans certaines régions, c'est même à l'homme seul que revient cet honneur. On notera que certains invités un peu sournois se gardent bien de casser toute leur vaisselle en début de soirée. Ils attendent que tout ait été bien balayé pour se débarrasser enfin de leur vieux sucrier. Bref, le Polterabend se transforme souvent en un vrai travail de Sisyphe. Tout comme le mariage, d'ailleurs !