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Mise en perspective : Luxembourg - 31/03/10

„Mir wölle bleiwe wat mir sin“ ou le dilemme européen du Luxembourg

« Nous voulons demeurer ce que nous sommes », proclame une inscription dans la vieille ville de Luxembourg. Fier de sa langue, de sa culture, de son statut en tant que micro-État, le Grand Duché définit ainsi son identité nationale. Or c'est un paradoxe car le pays est devenu depuis la dernière guerre un des moteurs de l’intégration européenne.

La population - réticente au sortir d’un conflit au cours duquel elle s’était révoltée contre la germanisation forcée – hésita tout d’abord . Finalement, les autorités renoncèrent à accueillir les institutions de la Communauté économique européenne (CEE) dans la capitale, où siégeait déjà la Communauté économique du charbon et de l'acier (CECA), craignant une « invasion »de diplomates étrangers.

Invasion il y eut mais d’un tout autre type. L’économie luxembourgeoise, jusque-là une des plus pauvres d’Europe, se développa rapidement, ayant recours à la main d’oeuvre étrangère. Entre 1957 et 2009, des milliers d’Italiens, Portugais, Allemands, Français, Belges, Yougoslaves et autres immigrèrent au Grand-Duché, faisant passer la part des étrangers d’à peine 10 % en 1960 à 43.7 % en 2009. La population active compte désormais deux tiers de travailleurs étrangers, surtout frontaliers, venus de Lorraine, de Wallonie et d’Allemagne. Ce phénomène d’accroissement de la population non-luxembourgeoise, qui à l’horizon 2025 sera majoritaire au sein des frontières du Grand Duché, a certes provoqué des débats souvent animés mais le Luxembourg n’a pas connu la montée de partis d’extrême droite. L’Europe et ses conséquences – croissance économique et immigration massive – furent acceptées par la population qui reste très pro-européenne: 79 % des Luxembourgeois considèrent toujours que l’UE est une bonne chose (Eurobaromètre 2009) et 74% des résidents non-luxembourgeois se déclarent « très heureux » de vivre au Grand Duché.

Mais cette même Europe est aussi un bouc-émissaire face aux problèmes nouveaux tels que la globalisation, les délocalisations, le chômage, la pauvreté, les conflits sociaux qu'affronte la société. L’élargissement à l’Est, le référendum sur la Constitution, l’abandon du secret bancaire de même que les réactions en France et en Allemagne à ces questions ont également contribué à mettre fin au consensus sur l’Europe. Certes le slogan du « oui », lors du référendum de 2005,« Être européen, rester luxembourgeois » reste populaire au Grand Duché et seuls 7 % des citoyens craignent que l’UE soit synonyme de perte d’identité. Mais on assiste de plus en plus au phénomène du « petit village irréductible » : le repli sur soi-même n’est pas exclu au Luxembourg, surtout pour les couches sociales les plus défavorisées. Incapables de s’adapter aux exigences du tri-voire quadrilinguisme (luxembourgeois, français, allemand, anglais) elles rejettent les élites eurocrates venues d’ailleurs, ainsi que les frontaliers et immigrés, rivaux sur le marché de l’emploi.

Que ce soit la langue, la culture, la religion, le système politique ou l’économie (les banques, l’industrie, l’agriculture) tout l’héritage semble être remis en question. Le statut de l’UE dans ce débat est souvent peu clair; longtemps perçue comme l’ancre d’une identité luxembourgeoise indépendante, elle a perdu de son lustre. Même si aujourd’hui une majorité des citoyens a des racines étrangères, leur attitude par rapport à une Europe élargie où les petits comptent de moins en moins est désormais équivoque.

David A.L. WEIS


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Regards croisés n° 15
À qui profite l'Europe ?
Identités, classes sociales, représentations
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Edité le : 31-03-10
Dernière mise à jour le : 31-03-10


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