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Mises en perspective : France - 23/06/10

« Mission impossible 2 » : comment défendre un gros budget par temps de crise ?

Les choix de la France face à l’horizon budgétaire de 2013 se réduisent à deux alternatives:ou promouvoir une augmentation du budget communautaire qui permette à l’UE de mieux répondre aux défis identifiés par l’agenda UE 2020 ou bien se cantonner à une défense de ses intérêts nationaux, souvent identifiés avec la PAC. Le choix entre ces deux solutions risque de mettre la France face à des choix difficiles et contradictoires par rapport à ses traditions.


Une première option consisterait à accroître le budget communautaire jusqu’au plafond de 1,23 % du Produit intérieur brut de l’UE (aujourd’hui on en est autour de 1%). C’est l’option défendue par plusieurs laboratoires d’idées et d' experts de l’Europe français, comme la Fondation Robert Schuman ou l’eurodéputé Alain Lamassoure. Ceci devrait essentiellement permettre d’accroître les dépenses de cohésion et de recherche tout en garantissant l'avenir de la Politique agricole commune (PAC). Cette position va tout à fait dans le sens des intérêts hexagonaux. Du côté des recettes, cette stratégie demande un plus grand effort de la part des contributeurs nets, dont la France elle-même, et l’inévitable mise à contribution du Royaume-Uni en fonction de ses capacités économiques, c'est-à-dire, la fin du rabais. L’Espagne, l’Italie et la Roumanie attendent de la France qu'elle joue un rôle de catalyseur au sein d’une coalition pour le « gros budget » et la fin du chèque britannique.

Nicolas-Jean Brehon (voir ci-dessous) a probablement raison quand il dit que l’opinion publique sera, peut-être pour la première fois, un facteur décisif dans le déroulement des négociations budgétaires. Pourtant, nous avons du mal à partager son point de vue quand il écrit qu’il « existe une incontestable pression publique en faveur d’une augmentation du budget européen ». Une coalition de la France avec tous ces pays suspects de « laxisme budgétaire » risque de s’estomper devant le refus des opinions publiques britannique, néerlandaise ou allemande pour que l’UE arrête de se « sucrer » sur leurs pays. Le soutien de la Süddeutsche Zeitung à la fermeté d’Angela Merkel face à la crise grecque montre que nous n’exagérons point. D’autant plus que si nous ne connaissons pas encore le contexte politique de la France en 2013, nous pouvons aisément prévoir la conjoncture économique de l’Europe : une course à l’austérité entre ménages, entreprises et Etats occupés à se désendetter et une stagnation générale de la situation économique et de l’emploi. La PAC, mise à mal dans l’espace public, risque de devenir une des victimes propitiatoires de ces „Zahlmeister“ou comptables en chef de l’UE que sont ces pays bien sérieux du Nord…

La France va-t-elle pour autant abandonner sa position et laisser disparaître la PAC ? Ceci semble exclu alors que le président Sarkozy s’est déclaré « prêt à une crise en Europe » pour sauver la PAC (cf. http://www.lafranceagricole.fr). Dans un tel scénario, la renationalisation partielle de la PAC pourrait être une solution « rationnelle » dans la droite ligne des réactions européennes face à la crise des dernières années : il incombe à chaque État de faire face à ses propres difficultés. Ceci semble maintenant un casus belli pour la France, où cette hypothèse est un vrai tabou politique. Pourtant, elle pourrait se permettre de payer pour son modèle d’agriculture dans le cadre d’une UE qui se déconstruirait en glissant lentement vers le plus petit dénominateur commun.

Entre la défense risquée de l’intérêt national dans un cadre européen et la solution nationale, quel est le moindre mal ?

Luis Bouza García (Espagne)


POUR ALLER PLUS LOIN


  • Alain Lamassoure propose la création d’un impôt européen pour financer l’UE sur ses ressources propres sans dépendre des États membres. Le moment est-il venu pour imposer des obligations en contrepartie des droits offerts par la citoyenneté européenne ?
    Alain Lamassoure, « Vers un impôt européen ? L’Europe en quête d’un vrai budget. » in L’état de l’Union 2010. Rapport Schuman sur l’Europe, Fondation Robert Schuman : Paris 2010.

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Regards croisés n° 16
Les priorités du budget européen 2014-2020
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Edité le : 17-06-10
Dernière mise à jour le : 23-06-10


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