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Chine: Société

Il y a trente ans disparaissait Mao. De la Longue Marche au culte posthume, Philip Short et Adrian Maben brossent le portrait de l'homme qui arracha la Chine à (...)

Chine: Société

Interview de Pierre-André Boutang, producteur - 02/09/09

« Mao, une histoire chinoise » : La production du film

Mao, une histoire chinoise n'aurait pas pu être réalisé sans la coopération des autorités de Pékin.
Mais cela n’a pas toujours été très simple, comme le racontait Pierre-André Boutang, producteur du film.


  • La production de Mao, une histoire chinoise a nécessité quatre ans. Comment avez-vous abordé ce travail de longue haleine ?

Le réalisateur Adrian Maben, avec qui j'avais déjà beaucoup travaillé, est venu me voir en me disant qu'il connaissait Philip Short, le biographe de Mao, et que ce serait peut-être possible d'obtenir le feu vert des autorités chinoises pour faire une série sur la révolution de Mao. Un documentaire qui s'appuierait non pas sur les dissidents à l'extérieur de la Chine, comme cela a souvent été fait, mais sur les témoins du premier cercle, qui accepteraient pour la première fois de parler. Ensuite, j'ai rencontré Philip Short, qui parcourt la Chine depuis bientôt trente ans et qui a tissé là-bas des réseaux précieux.

Après l'accord d'ARTE, nous avons réfléchi aux documents que nous pourrions rassembler. À Pékin, nous avons rencontré les gens de l'Institut de la Chine contemporaine, un organisme tout ce qu’il y a de plus officiel puisqu'il est sous la responsabilité du Comité central du PCC. Nous avons établi un contrat très clair avec eux : ils nous aidaient à trouver des archives et à prendre contact avec certaines personnes, en échange de quoi nous nous engagions à respecter "la vérité historique". Pour des raisons que j'ignore, l'affaire s’est compliquée et nous avons dû travailler avec une société de production dépendant du gouvernement. À notre grande surprise, elle nous a consenti une liberté d'action bien plus grande que ce à quoi nous nous attendions. Nous avons pu interviewer non seulement des proches de Mao et des proches de ses collègues de l'époque (par exemple de Zhou Enlai et de Liu Shaoqi), mais aussi des témoins dont les points de vue sur l’histoire récente de la Chine ne sont pas du tout dans la ligne des autorités.

 

  • Avez-vous dû faire face à une censure, à une volonté d’occulter certains aspects de l'histoire ?

Il n'y a pas eu de censure proprement dite, ce que je trouve tout à fait étonnant. Par contre, les documents que nous avions visionnés une première fois à Pékin nous sont parfois arrivés à Paris amputés de quelques plans. Pour une raison très simple : les documentalistes chinois n'ont pas voulu prendre la responsabilité de nous fournir des séquences dont la diffusion est interdite en Chine. Le gros tabou en ce moment concerne la Révolution culturelle, qui est totalement rayée de l'histoire. Cette année, donc quarante ans après cet événement gigantesque, la presse chinoise a tout simplement eu interdiction d'en parler.

 

  • Vous avez néanmoins trouvé des archives inédites pour évoquer cette période.

Les séquences les plus fortes viennent d'une source à l'extérieur de la Chine, assez proche des autorités de Pékin. Elle a conservé depuis des décennies des documents qu'elle nous a confiés dans l'espoir que le pays serait aujourd'hui suffisamment mûr pour se confronter à sa propre histoire. Et c'est justement ça qui pose problème. Même les cadres les plus hauts placés n'avaient jamais vu de telles images à l'écran. Selon l'une des personnes présentes au visionnage à Pékin en juillet dernier (auquel nous n'assistions pas), après avoir vu ces séquences, tout le monde était blême. En même temps, les Chinois savent aussi bien que nous que c'est la stricte vérité historique. Nous n’avons pas fait un docu-fiction, nous n’avons pas inventé les séquences où l’on voit un des plus célèbres maréchaux de la Longue Marche traîné dans la boue par des gardes rouges.

 

  • Quelle a été la réaction de vos partenaires chinois à votre travail ?

Je dois dire, et c'est à leur honneur, qu'ils n'ont pas essayé de nier la réalité des faits. Il y a quelque temps, ils ont tenté de nous demander des changements de texte sur des points ou il y a des incertitudes. Par exemple, y a-t-il eu vingt ou trente-huit millions de morts pendant la famine à la fin des années 50 ? Il semble qu'ils aient renoncé à ce genre d'exercice. Visiblement, ils auraient préféré que nous ne diffusions pas certaines images. Mais pour nous, bien sûr, cela n'est pas envisageable. Je pense par ailleurs que c'est un documentaire qui fera date. Si la Chine peut accepter un regard objectif sur son passé, ce sera un immense progrès. Je crois que nous donnons une vision équilibrée et sans complaisance d'un siècle d'histoire chinoise dont l'interprétation, même en Occident, reste extrêmement controversée.

 

Propos recueillis par Emmanuel Chicon pour ARTE Magazine, en 2006.


Pierre-André Boutang est décédé depuis.

Edité le : 09-07-08
Dernière mise à jour le : 02-09-09


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