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01/09/04

« La presse donne une image tronquée du marché de la formation en Allemagne »

Interview du chef du personnel du SWR

M. Gebhard, 63 ans, dirige les ressources humaines de la Radiotélévision SWR à Baden-Baden. Il est dans ce secteur d’activité depuis 30 ans, et depuis 26 ans à la SWR qui forme aussi des bacheliers ou des jeunes qui ont le brevet.

Edmond Platz, Marisa Spies et Vanessa Hirsch l’ont interrogé :

M. Gebhard, de nombreux jeunes vous envoient leur candidature pour suivre une formation chez vous. Mis à part les qualifications techniques, quelles sont les compétences qui comptent à vos yeux ?
Tout dépend du métier en question. Les diplômes sont un premier élément, c’est là-dessus que se fait la première sélection. Celui qui n’a que des notes médiocres sera écarté. Les bulletins ne sont pas tout, mais ils constituent un critère déterminant lors du premier tri.
Et puis il y a le dossier de candidature. En règle générale, il est accompagné d’une lettre de candidature qui permet d’en savoir plus sur la motivation du candidat.
Lorsque quelqu’un s’intéresse assez tôt aux ordinateurs par exemple, on peut se risquer à pronostiquer une filière. Si un élève qui vise une formation commerciale n’a aucune accointance avec l’informatique, c’est plutôt mal parti.
Voilà quels sont les premiers critères de sélection des candidats.

L’âge est-il important ?
Les jeunes qui postulent chez nous ont en gros tous le même âge, donc on ne peut pas dire que ce soit un critère. Il est rare qu’il y ait une différence d’âge notable. Les bacheliers et ceux qui ont le brevet sont tous dans la même tranche d’âge.

Donnez-vous la préférence aux femmes ou aux hommes ?
(rires) Aucune importance. Nous n’avons aucune idée préconçue.

Attachez-vous une importance particulière à certaines matières dans les bulletins ?
Pour les filières technico-commerciales, l’allemand compte beaucoup. Il vaut mieux avoir un peu plus que la moyenne, voire de bonnes notes. Nous sommes attentifs à la culture générale et à l’instruction civique. Et il est important d’avoir un niveau correct dans les matières principales.

Quels sont les points faibles des candidats ?
Le niveau d’allemand est parfois très médiocre. Beaucoup de jeunes ont des notes tout juste passables. Idem en mathématiques.

A quoi êtes-vous attentif dans les entretiens ?
Nous faisons d’abord une première sélection. Il faut savoir que pour les formations technico-commerciales, nous avons une centaine de candidatures. Nous convoquons entre dix et quinze jeunes, les autres restent sur la touche. Nous avons 4 à 5 places de formation à proposer par an. L’entretien se déroule en présence de plusieurs personnes de chez nous. Là, tout dépend de l’attitude du candidat. La présentation ne joue qu’un rôle secondaire. Aujourd’hui, il n’y a plus de consignes strictes, l’obligation de se présenter en costume ou pas. Chez nous, il y a une grande liberté à ce niveau. Ce qui est important, c’est de voir si le candidat parle de lui-même ou si l’on est sans cesse obligé de lui poser des questions. Les entretiens durent en tout environ une heure, soit un quart d’heure par personne, mais cela suffit pour se faire une idée. Les dossiers ont fourni déjà quantité d’informations. Ensuite, nous essayons de nous forger une opinion personnelle.

Les qualifications ont-elles évolué au fil du temps ?
On peut vraiment dire qu’elles ont régressé. Nous préférons limiter le nombre des jeunes en formation et avoir de bons éléments. Autrefois, ils étaient beaucoup plus nombreux. La presse rend compte de la situation du marché de la formation de manière trop orientée. Si beaucoup de jeunes ne trouvent pas de formation en alternance, ce n’est pas, le plus souvent, le fait des entreprises, c’est dû au niveau des candidats. On a trop tendance à accuser les entreprises. L’entreprise fait sa sélection en fonction d’une éventuelle embauche ultérieure. Si nous formons des jeunes, c’est bien sûr pour le marché de l’emploi, mais aussi pour nos propres besoins : nous voulons ensuite reprendre dans notre entreprise les jeunes que nous avons formés. C’est pourquoi nous sommes très attentifs à leur qualification.

Les candidats sont-ils aujourd’hui plus motivés qu’avant ?
Non, pas plus motivés. Beaucoup de jeunes se désintéressent de l’entreprise dans laquelle ils se présente, cela nous sidère dans les entretiens. Nous leur demandons souvent pourquoi ils ont choisi notre entreprise. La plupart du temps, la réponse est : « Bof, j’ai postulé comme ça… » Pour eux, la société dans laquelle ils seront formés n’a pas grande importance. Ce qui est regrettable. Il serait plus intelligent de s’informer au préalable, avant d’envoyer son dossier de candidature. Aujourd’hui, il existe de multiples moyens – prenez Internet - d’accéder à l’information. En tout cas, cela fait tout de suite bonne impression quand le jeune a déjà quelques notions sur notre maison. Ce candidat-là sera toujours préféré à un autre.

Si vous aviez à adresser un message aux écoles ?
Nous souhaiterions que l’école prépare davantage à la vie active. Nous constatons régulièrement qu’un fossé énorme sépare l’école du monde professionnel. Notre vœu serait de rapprocher ces deux mondes. Les stages pratiques sont une excellente méthode qui permet aux scolaires de découvrir une entreprise de l’intérieur. Une semaine, ce n’est pas long, et on a forcément une impression. Et après coup, ils sont nombreux à dire que c’était intéressant. Je pense qu’il faudrait faire davantage dans cette direction.


Propos recueillis par Edmond Platz, Marisa Spies et Vanessa Hirsch.

Edité le : 01-09-04
Dernière mise à jour le : 01-09-04