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ARTE EDITIONS au Salon du Livre de Paris 2012

De la philosophie, de la géopolitique, de l’histoire, de la jeunesse … autant de thèmes abordés cette année par ARTE Editions au Salon du Livre à travers des (...)

ARTE EDITIONS au Salon du Livre de Paris 2012

16/11/07

« Die kleine Stechardin » – une Lolita du 18ème siècle ?

Par Janine Garbe


Le roman de Gert Hofmann intitulé « Die kleine Stechardin » (Munich, dtv 1999) évoque un couple inégal à deux égards : Georg Christoph Lichtenberg, philosophe et mathématicien de Göttingen, a 24 ans de plus que son grand amour, la fleuriste Maria Dorothea Stechard. Avec sa bosse et son aspect malingre, on peut le qualifier de laid, tandis que la Stechardin, âgée de douze ans, incarne par son corps d'enfant, son parfum de lavande, sa peau tiède et ses longs cheveux blonds, l'image même de la beauté et de la sensualité.

Le narrateur montre que « la jeune beauté et la bête vieillissante » peuvent néanmoins se retrouver. Ils ont besoin pour ce faire de la solitude hermétique de l’appartement du savant, de cet univers en marge de la réalité quotidienne, loin de toute morale sociale étriquée.
C’est au lecteur de décider s’il pense qu’un amour véritable peut voir le jour entre les deux membres de ce couple inégal. Il se demandera ce que la Stechardin trouve à cet homme laid, qui ne correspond en rien à l'idéal du prince charmant, auquel tout enfant aspire. Est-ce l’amour, la pitié, la fascination ou l'intellect de cet homme qui attirent la jeune fille ? Ou le simple fait qu’il lui offre un lieu pour dormir autant que pour s'instruire ?

Hofmann cultive l’ambivalence lorsqu’il évoque leur relation. La description relativement brutale et repoussante de la première nuit du couple est suivie par des épisodes narratifs qui témoignent d’un amour véritable de part et d’autre.
La particularité de la relation entre Lichtenberg et la Stechardin réside toutefois, contrairement à Humbert et Lolita, dans l’égalité des droits et de la condition de l’homme et de la jeune fille. Malgré leur différence d’âge, l’amour et la sexualité sont pour tous les deux une expérience entièrement nouvelle. Tous deux éprouvent les mêmes craintes et le même sentiment d’abandon. Lichtenberg n’est jamais vraiment sûr de lui, il n’a pas ce sentiment d'être supérieur comme l'est Humbert. D'autre part, alors que Lolita fait un distingo strict entre l’amour et les relations sexuelles qu’elle entretient avec Humbert, l’amour et le sexe ne font qu’un pour la Stechardin. C'est pourquoi Lolita rejette notamment les baisers qu’elle qualifie de « fatras romantique », tandis que la Stechardin exprime le désir d'être embrassée.

Lichtenberg et la Stechardin surmontent les conventions sociales qu’ils ont intériorisées et arrivent à établir une relation d’amour réciproque – qui peut-être finalement plus acceptable pour le lecteur que l’association de convenance entre Humbert et Lolita, dans la mesure où dans cette relation l’homme plus âgé ne fait que céder à des penchants pédophiles et qu'il doit en échange satisfaire constamment les caprices de la jeune fille.
narrateur montre que « la jeune beauté et la bête vieillissante » peuvent néanmoins se retrouver. Ils ont besoin pour ce faire de la solitude hermétique de l’appartement du savant, de cet univers en marge de la réalité quotidienne, loin de toute morale sociale étriquée.
C’est au lecteur de décider s’il pense qu’un amour véritable peut voir le jour entre les deux membres de ce couple inégal. Il se demandera ce que la Stechardin trouve à cet homme laid, qui ne correspond en rien à l'idéal du prince charmant, auquel tout enfant aspire. Est-ce l’amour, la pitié, la fascination ou l'intellect de cet homme qui attirent la jeune fille ? Ou le simple fait qu’il lui offre un lieu pour dormir autant que pour s'instruire ?

Hofmann cultive l’ambivalence lorsqu’il évoque leur relation. La description relativement brutale et repoussante de la première nuit du couple est suivie par des épisodes narratifs qui témoignent d’un amour véritable de part et d’autre.
La particularité de la relation entre Lichtenberg et la Stechardin réside toutefois, contrairement à Humbert et Lolita, dans l’égalité des droits et de la condition de l’homme et de la jeune fille. Malgré leur différence d’âge, l’amour et la sexualité sont pour tous les deux une expérience entièrement nouvelle. Tous deux éprouvent les mêmes craintes et le même sentiment d’abandon. Lichtenberg n’est jamais vraiment sûr de lui, il n’a pas ce sentiment d'être supérieur comme l'est Humbert. D'autre part, alors que Lolita fait un distingo strict entre l’amour et les relations sexuelles qu’elle entretient avec Humbert, l’amour et le sexe ne font qu’un pour la Stechardin. C'est pourquoi Lolita rejette notamment les baisers qu’elle qualifie de « fatras romantique », tandis que la Stechardin exprime le désir d'être embrassée.

Lichtenberg et la Stechardin surmontent les conventions sociales qu’ils ont intériorisées et arrivent à établir une relation d’amour réciproque – qui peut-être finalement plus acceptable pour le lecteur que l’association de convenance entre Humbert et Lolita, dans la mesure où dans cette relation l’homme plus âgé ne fait que céder à des penchants pédophiles et qu'il doit en échange satisfaire constamment les caprices de la jeune fille.


La véritable histoire de Lichtenberg et de la Stechardin
(la petite marchande de fleurs)


Par Janine Garbe


Lichtenberg, âgé de 35 ans et chercheur réputé pour ses travaux sur la triboélectricité, rencontre pour la première fois la Stechardin alors âgée de onze ans au printemps 1777, en se promenant avec ses hôtes. Lichtenberg achète à la petite marchande de fleurs un bouquet, et remarque comme ses compagnons l’extraordinaire beauté de la petite. Animé d’intentions philanthropiques des plus honorables, Lichtenberg décide de soustraire la jeune fille au commerce des fleurs pour la mettre à l’abri des mauvaises influences. Il lui propose une invitation chez lui qu'elle accepte en venant un après-midi accompagnée de sa mère. Suite à des visites régulières, elle finit par s’installer définitivement avec Lichtenberg.

Ce qui attire Lichtenberg vers la Stechardin n’est uniquement sa beauté, mais également son innocence et son ignorance. Il veut faire une expérience avec cette "materia pura et innocens" et éduquer la jeune fille en lui transmettant son expérience d’adulte. L’éducationintellectuelle de la jeune fille, toutefois, s’accompagne chez Lichtenberg d’une érotisation de la pédagogie. Les relations de Lichtenberg avec la petite Stechardin ont une charge érotique, et doivent nécessairement déboucher tôt ou tard sur un acte sexuel. Lichtenberg ne rêve pas d’une relation platonique mais d’un accomplissement charnel. L’érudit est un jouisseur qui n’a que mépris pour la sensibilité et l’exaltation qui règnent à son époque, influencée notamment par le Werther de Goethe. L’essai de Lichtenberg intitulé Über die Macht der Liebe montre nettement que pour lui, l’amour n’est pas seulement « l'affectation romantique » des jeunes gens, mais aussi un jeu de pouvoir, dans lequel il n’y a pas des gens heureux ou malheureux, mais uniquement des vainqueurs et des vaincus.

En l’occurrence, les femmes ne sont pas seulement des victimes aux yeux de Lichtenberg, mais également de véritables ogresses ou sorcières, qui exploitent le désir des hommes pour acquérir le pouvoir. La femme-enfant que Lichtenberg préfère ne participe cependant pas à ce jeu de pouvoir entre sexes, et est en quelque sorte hors compétition. Toutefois, Lichtenberg se rend compte rapidement qu’il ne faut pas sous-estimer les « petites femmes ». Dans une lettre datée du 7 juin 1777 et adressée à L. Dieterich, il écrit en plaisantant :
« Mille mercis pour la verge, la conduite de cette méchante chatte donne presque à croire qu’elle est une femme. Tout le monde se plaint d‘elle, et je vis un vrai calvaire, surtout l’après-midi. Le matin, nous rions l’un de l’autre et nous badinons, tandis que nous nous égratignons et que nous nous querellons l’après-midi. Nous vivons tout à fait comme un couple marié ».

Lichtenberg vit ainsi quelques années avec la petite Stechardin « dans un mariage illégitime », comme il l’indique dans ses carnets gribouillés. Ce bonheur partagé prend fin après cinq ans seulement avec la maladie et la mort de la petite Stechardin. Lichtenberg est durement frappé par cette perte. Après une longue période de deuil, il se lie pourtant avec une autre femme ; celle-ci est également nettement plus jeune que lui, bien qu’elle ne soit pas une femme-enfant comme l'était Maria Dorothea Stechard.


Bibliographie

Wetzel, Michael: Der pädagogische Eros. Lichtenbergs Liebe, in : Mignon. Die Kindsbraut als Phantasma der Goethezeit, Munich : Fink 1999, pages 79-89.

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Edité le : 15-11-07
Dernière mise à jour le : 16-11-07