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« Ils m’ont fichu en l’air mon affaire. » Danika Miocic, la patronne du restaurant croate Dalmacija, situé au 63, Brunnenstrasse, une longue artère commerciale qui traverse le quartier populaire de Wedding, est furieuse. « Depuis qu’ils ont viré tous les commerçants de la rue pour y installer leur ‘Künstlerquatsch’ [bordel artistique], il n’y a plus personne ici, » fulmine t-elle.
Supermarchés à prix cassés, vieux télé-cafés nichés dans des „Plattenbau“ [barres HLM] défraîchis et jeunes désoeuvrés qui traînent autour de la station d'U-bahn Voltastrasse, l’ambiance à Wedding semble curieusement en suspens, comme figée depuis la chute du Mur. Longtemps symbole de l’Ouest prospère, le quartier est devenu emblématique de la pauvreté endémique qui ronge Berlin. Les problèmes de drogue sont légion, la majorité des habitants n’y survivent que grâce à Hartz IV –l’allocation chômage –, quand ils ne travaillent pas au noir, loin de la légalité. Et 70 % de la population est étrangère, à dominante turque.

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Désireux de redynamiser le quartier et de le rendre « propre et sûr », la société, financée par l’État, décide de proposer ces espaces vides à de jeunes designers. « Les locaux sont vastes et la desserte par les transports en commun est excellente », juge Kröber, qui se pique d’avoir une « vision » pour l’endroit. « Wedding est un peu le nouveau Brooklyn. Cela va être "the place to be" ces prochaines années. » Degewo engage une agence de communication, ouvre son carnet d’adresses et s’improvise dénicheur de tendances. L’idée : proposer un loyer à 0 euros à des créateurs prometteurs de mode ou de design. Le "Wedding Dress Project" est né.
Les anciens petits commerçants sont aussitôt priés d’aller s’installer ailleurs, tandis que les boutiques de couturiers, les galeries d’art ou les bureaux d’architectes poussent comme des champignons le long de la Brunnenstrasse. Ils s’appellent Rosinenburg, Modepioniere ou Kulturgymnastik : de véritables noms de code pour des boutiques qui tranchent avec l’environnement. Intérieurs minimalistes et présentoirs garnis d’étoffes soyeuses, à travers les larges vitrines, on peut apercevoir des jeunes gens bien habillés, lunettes à grosse montures sur le nez en train de tapoter sur leur MacBook ou de plancher derrière des machines à coudre.
Pour autant, les habitants semblent davantage portés sur le survêtement que sur la robe vintage. « Ce n’est pas un endroit pour les jeunes designers, je n’ai encore jamais vu entrer quiconque dans l’une de ces boutiques, » lance Helga Bauer, qui vit « depuis 1986 » quelques encablures plus loin. Y entrer ? « Pour quoi faire ? Tout est trop cher de toute façon. »
Dans les locaux de Modepioniere, un grand atelier de confection installé dans une ancienne banque, Sabina Kelle, créatrice du label de mode sportswear Widda, se montre dubitative. « Avec trois autres designers, nous nous sommes installées depuis le début du projet. Je me sens encore comme un corps étranger ici. Les gens pensent que c’est de notre faute si les autres commerçants ont été expulsés alors que nous n’avons rien à voir avec cela. » « De toute façon, ajoute t-elle, c’est difficile de vendre ici. »
Travailler d’accord mais y vivre, pas question. La majorité de ces stylistes en herbe réside à Mitte ou Prenzlauer Berg, deux quartiers de l’ex-Berlin Est situés à deux pas de Wedding. Longtemps emblématiques de la faillite de l’État communiste, les deux arrondissements voisins sont devenus l’eldorado des „schicki micki“, ces néo-bobos argentés qui ont investi les lieux en masse, rénové les façades décrépies et ouvert des bars branchés sur les pavés défoncés ou dans les arrière-cours fleuries.
Gentryfication oblige, les deux quartiers se sont ainsi formidablement embourgeoisés ces dix dernières années, voyant leurs loyers augmenter jusqu’à 25 %. Dans ces conditions, disposer de sa boutique et de son atelier à moindre coût reste une chance, un luxe même. Car les tarifs des loyers pratiqués par Degewo dans la Brunnenstrasse restent symboliques : 3 euros le m2. « C’est un bon départ, j’aime beaucoup l’atelier, on peut très bien y travailler », veut croire Kelle. Prolonger le bail ? On verra.

Iñaki Azukuna-Urreta et Klaus Wowereit
Klaus Wowereit présente sa politique culturelle par rapport à celle du maire de Bilbao.

Un signe palpable que vingt ans après 1989, la fracture Est-Ouest continue de s’illustrer sur une centaine de mètres. Une frontière intangible entre deux univers : celui de la bohême chic, du latte machiatto et de la branchitude sous les tilleuls. De l’autre, l’enfer des chômeurs, de la précarité et du Döner Kebab.
Prune Antoine
CARNET D'ADRESSES
Restaurant Dalmacija
Brunnenstrasse, 63
+4930 4 63 60 69
Modepioniere
Brunnenstraße 67
T +49 30 96514022
Deco Loco
Brunnenstraße 65
T : +49 176-27074837
PENKOV & LENZ GBR
Invalidenstr. 155
10115 Berlin
PHONE +49 (0)30. 46 30 90 47
Degewo
Wedding Dress Festival (3)






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