20/03/02
Voyages avec Turner
Envie de voyages
Pour Turner, tout comme pour beaucoup de ses compatriotes, il était vital de voyager. Cette appétit de voyage atteignit un premier sommet au XVIIème siècle, à une époque où les déplacements en voiture à chevaux restaient encore épuisants et dépendaient fortement des événements politiques. C’est en 1802, après la paix d’Amiens, qui réglait les conflits coloniaux entre la France et la Grande-Bretagne, que Turner put organiser son premier grand voyage sur le continent européen : il se rendit à Paris et en Suisse. Mais les guerres napoléoniennes l’obligèrent à attendre 1815 pour entreprendre de nouveaux déplacements sur le continent. En revanche, il explora sa patrie anglaise, retenant de nombreuses vues topographiques de la côte méridionale de l’Angleterre, du Yorkshire et du Lancashire dans le nord de l’Angleterre, ainsi que dans la vallée de la Tamise.
Dès la fin de l’époque napoléonienne, Turner refit ses bagages, puisqu’il était à nouveau possible de se déplacer librement en Europe et que de nouveaux moyens de transport et de nouvelles voies de transport donnaient une beaucoup plus grande mobilité. Ces évolutions trouvaient leurs racines en Angleterre, mais Napoléon lui-même, au fil de ses campagnes, avait contribué à la mise en place de lignes de diligences régulières, notamment pour la traversée des Alpes. Des navires à vapeur étaient venus remplacer les bateaux halés par des chevaux, ce qui facilitait et accélérait les voyages. On vit bientôt apparaître une première forme de tourisme de masse, tandis que s’envolait une demande de guides de voyage, dont Turner lui-même se servait volontiers pour préparer ses expéditions. On appréciait également les recueils illustrés à caractère topographique, appelés « suites de gravures », qui permettaient de se faire une idée de la destination et par ailleurs rappelaient les événements vécus en route. Nombre de dessins et d’aquarelles de Turner ont ultérieurement servi de modèles pour les gravures qui illustrèrent les premiers guides touristiques du XIXème siècle.
De 1817 à 1845, Turner traverse la Manche pratiquement tous les étés. C’est à cette époque qu’il développe son projet, appelé « The Rivers in Europe », un guide topographique des principaux cours d’eau européens. Il parcourt la Seine, la Loire, le Rhin, la Meuse, le Rhône. Il peint des aquarelles de campagnes, de villes, d’artisans, des premières installations industrielles. Il procède avec esprit systématique, voulant produire un rapport visuel sur l’état du monde. Il parle des fleuves comme des « lignes de vie et des itinéraires » de l’humanité. Ils ont toujours exercé sur lui une grande fascination. Turner peint ses impressions dans ses aquarelles avec une précision quasi-photographique. A cette époque, l’aquarelle était la technique la plus courante pour noter ses impressions, et il avait développé cette démarche jusqu’à la perfection. Il dessinait et traçait ses esquisses sur du carton bleu au format d’une double carte postale, puis colorait ces dessins. Par ailleurs, il tenait des journaux. Turner était un travailleur acharné. Chacun de ses voyages donnait un grand nombre d’œuvres charmantes, par exemple plus de 300 aquarelles pour ses remontées de la Seine entre 1830 et 1832.
Turner ne peignait pas seulement des paysages, le voyage devenait pour lui un sujet en soi. Il représentait les conditions de voyage jusqu'au plus inconfortables et plaçait les moyens de transport au centre de ses images : petits bateaux de pêcheurs ou lourdes gabares sous voiles sur la Loire, bateaux halés par des chevaux, navires à vapeur, sans oublier le principal moyen de déplacement, la diligence et le plus moderne, le chemin de fer.
Ce projet sur les rivières et fleuves d’Europe n’a pas finalement atteint l’ampleur initialement envisagée : seuls trois volumes sont parus sur la Seine et sur la Loire. Par contre, Turner a réalisé de nombreuses autres séries topographiques, comme les « Vues pittoresques de la côte sud de l’Angleterre », 1811-26, « Les Fleuves d’Angleterre », 1822-27, « Les Ports d’Angleterre », 1826-28 et les « Vues pittoresques de l’Angleterre et du Pays de Galles », 1825-39.
Pour obtenir plus d’informations sur cette thématique :
Turner en voyage (Turner auf Reisen) , par Inge Herold, Prestel Verlag, Munich New York 1997

Paris: Pont Neuf et Ile de la Cité, 1832
Edité le : 10-06-05
Dernière mise à jour le : 20-03-02