Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Actualité DVD > Actualité DVD octobre-novembre 2004 > Violence des échanges en milieu tempéré (DVD)

Actualité DVD

Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

Actualité DVD

08/11/04

Violence des échanges en milieu tempéré (DVD)


De Jean-Marc Moutout
(France, 2003, 1h40)
Avec Jérémie Renier, Laurent Lucas et Cylia Malki
Une coproduction Arte France
Section : Compétition Internationale Locarno 2003

DVD : Les Films du Losange



  • Exclusif : Extraits de la conférence de presse de Jean-Marc Moutout, Jérémie Rénier, Cylia Malki (Locarno 2003)



Partie 1:
Bas débit haut débit
Partie 2:
Bas débit haut débit

Synopsis : Philippe Seigner (Jérémie Renier), jeune homme propre sur lui et d'un naturel serein, débarque de sa province natale pour travailler à Paris, où il a décroché un poste dans une boîte de consultants qui s'occupe notamment de restructurer les entreprises. Ce sera l'objet de sa première mission et il apprendra vite qu'elle suppose des licenciements massifs et une attitude déniaisée envers les employés concernés. Philippe commence à douter. Dans le même temps, il rencontre Eva, une jeune mère célibataire grâce à laquelle il pourrait sortir un peu de son milieu et de la mentalité affairiste qui s'y rapporte. Philippe, pas encore suffisamment dégrossi, se trouve sans le savoir à la croisée des chemins. En quelques jours d'un travail intense et d'une romance pas si futile qu'elle n'y paraît, c'est sa vie et sa condition d'homme qui se dessine.

Critique : Peu soucieux de cynisme, Jean-Marc Moutout a attribué à son premier long métrage un titre qui traduit fidèlement ses intentions : sous couvert d'une certaine candeur, il entend signifier une brutalité inhérente au milieu du travail aussi bien qu'à la hiérarchie sociale qui s'y rapporte. Mais, si l'intitulé peut sembler littéraire, sa mise en scène n'est jamais handicapée par des positions trop formelles qui l'affirmeraient peut-être en temps que cinéaste mais limiteraient ou conditionneraient indiscutablement la portée de son récit. En abordant ce dernier frontalement et avec une équité qui rappelle Ken Loach, c'est-à-dire sans un sens prononcé du tragique et avec une naïveté relative à celle de son juvénile protagoniste Philippe, Jean-Marc Moutout met de manière beaucoup plus efficace et surtout féconde le spectateur face au caractère équivoque des situations. La croisée des chemins à laquelle se trouve Philippe n'est pas qu'un postulat romantique pour le réalisateur (fin de l'adolescence et début, moins séduisant, de la condition adulte). Elle contribue aussi à ce que le spectateur puisse envisager sans déterminisme ce que peut supposer chaque confrontation entre, d'une part, Philippe et son amie Eva, issue d'un autre milieu ou, d'autre part, entre Philippe et les employés de l'entreprise qu'il s'apprête à dégraisser, avec plus ou moins d'état d'âme.
Que ferions-nous à sa place ? Aurait-il tort de nier sa condition de petit aspirant libéral ? Sans sarcasme, militantisme trop appuyé ou pudibonderie intellectuelle pour le moins déplacée et grâce à quelques pointes d'humour savamment discrètes, Moutout met limpidement en situation le spectateur. Il est important de ne pas snober une telle ouverture d'esprit.

Julien Welter

  • Les bonus du DVD

"Par ici la sortie"

Dans ce documentaire, Jean-Marc Moutout filme tour à tour la promotion de la sortie en salle de « Violence des échanges en milieu tempéré », les débats après projection du film dans diverses ville de France, Montpellier, Bordeaux, Strasbourg, l’équipe des « Films du Losange », les distributeur du film, l’attachée de presse, les journalistes qui viennent l’interviewer. Il prolonge ainsi le discours de son film principal au travers des réactions des spectateurs et profile en parallèle un point de vue qui relève des difficultés de la gestion économique de la sortie en salle d’un film tel que le sien, un film dit « d’auteur ». Avec intelligence et sensibilité, Jean-Marc Moutout réitère au final la question qui le taraude depuis qu’il tourne : jusqu’à quand et jusqu’où accepterons nous d’être complice d’un système que nous condamnons et qui vise la déshumanisation complète ou partielle du monde du travail, qu’il soit l’apanage des petites, moyennes et grandes entreprises, des milieux indépendants ou artistiques. Un questionnement particulièrement essentiel aujourd’hui.

Deux courts-métrages de Jean-Marc Moutout:

"Tout doit disparaître" (1996)

Ce premier court-métrage décrit l’univers de ceux qui attendent l’opportunité d’un job en intérim. En l’occurrence Jean-Marc Moutout accompagne des déménageurs dans le cadre de l’expulsion d’une famille d’immigrés…

"Electrons statiques" (1998)

Deuxième court-métrage de Jean-Marc Moutout dans lequel son personnage principal, Phil, au chômage est embauché dans d’une entreprise informatique. Dans ce cadre, Jean-Marc Moutout examine les attitudes des uns et des autres au travail, le salarié ambitieux, le cadre dynamique et sans âme... Plus tard, Phil est finalement licencié et retourne à la case départ au milieu des autres chômeurs, faisant face une fois encore, à l’incapacité de l’ANPE à lui trouver un emploi…
Sur un scénario très simple, Jean-Marc Moutout au détour d’un sujet très contemporain, relève une fois encore de questions primordiales.


O.Bombarda

Edité le : 08-11-04
Dernière mise à jour le : 08-11-04