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> > Allemagne : "il faut inverser la problématique"

ARTE Journal - 09/06/12

Vie privée, vie publique ?

Interview


Polémique en Allemagne. L'agence allemande d'évaluation des risques de crédit, la Schufa, a mis fin à sa collaboration avec l’Institut Hasso-Plattner. Ce dernier devait étudier dans quelle mesure les informations présentes sur internet pouvaient servir à vérifier la solvabilité des emprunteurs. La Schufa est un organisme privé qui collecte des données sur les 66 millions de consommateurs, et sert de référence aux banques, aux compagnies d'assurances maladies, et à bien d'autres organismes encore... pour les informer sur l'état des finances de chaque citoyen. Mais pour Norbert Pohlmann, de l’Institut pour la Sécurité sur Internet de Gelsenkirchen, les utilisateurs d’internet ne sont pas censés admettre comme un fait accompli que leurs données soient libres d’accès. Pour lui, il est à prévoir que les réseaux sociaux proposeront des versions payantes, respectant la confidentialité des données. Interview.

ARTE Journal, Alexander Wolkers : Est-il envisageable de ne pas donner d'accès à ses données personnelles sur le net, alors que les réseaux sociaux se multiplient ?


Norbert Pohlmann, Institut pour la Sécurité sur Internet : Il faut inverser la problématique : c’est aux réseaux sociaux de changer d’orientation. Pour l’instant, nous ne les payons pas avec de l’argent mais avec nos données personnelles. Ça peut être judicieux pour certaines choses, mais nous devons pouvoir décider librement. Je pense que Facebook ne tardera pas à proposer une version gratuite, qui lui permettra, si je m’en sers, d’utiliser mes données. Mais si je ne veux pas de ça, je paierai 5 ou 10 euros par an ou par mois, et ils ne pourront pas faire quoi que ce soit avec mes données personnelles.


Comment peut-on circuler en toute sécurité sur les réseaux sociaux?


Norbert Pohlmann: Quand on circule sur des réseaux sociaux, il faut se demander ce qu’on est réellement en train de faire. Admettons, par exemple, que je sois invité à la fête de fin d’année de mes enfants : je sais, dans ce cas, quelle attitude adopter, comment m’habiller, et je sais quels seront les sujets de discussion. Quand je suis invité chez mes voisins, je m’habille autrement et je parle d’autre chose. Nous avons appris à nous exprimer et à nous présenter différemment selon tel ou tel environnement social, et c’est ce que nous devons réapprendre à faire sur internet.
Avec Facebook, il faut se demander à quel genre de groupes on se lie, et ce qu’on veut leur transmettre. C’est une véritable gageure, parce qu’on n'a personne en face de soi, et ce vide nous oblige à anticiper. Nous devons développer une faculté de jugement sur ce que nous pouvons et ne pouvons pas faire sur internet.
Prenez l’exemple de la circulation routière : il y a 30 ans, on comptait 30.000 morts par an, aujourd’hui, on en compte moins de 3000. C’est exactement pareil pour internet : nous devons apprendre à nous y comporter de manière à causer le moins de dommages possibles.


Serait-on plus sensible à l’utilisation des données personnelles en Allemagne que dans d’autres pays ?


Norbert Pohlmann: De nombreuses études démontrent que les Allemands sont particulièrement attachés à la protection des données. Nous éprouvons le besoin de pouvoir supprimer les informations que Google ou Facebook collectent sur nous. En Allemagne, 70% des internautes souhaiteraient pouvoir le faire. Aux Etats-Unis, c’est exactement l’inverse : ils ne sont que 30%, et les autres s’en fichent éperdument. C’est pour ça d’ailleurs que les Américains commencent à s’intéresser à la manière dont on gère les données en Allemagne, parce qu’ils savent qu’ils n’auront aucun problème à imposer quelque chose au niveau mondial, si c’est accepté en Allemagne.

Ailleurs sur le web :



"En Allemagne, les utilisateurs de Facebook soumis à Big brother ?" (Euronews.fr)



Edité le : 08-06-12
Dernière mise à jour le : 09-06-12