(France-2005- 1h45)
Synopsis : Au début des années 80 à Haïti, l’hôtel de la Petite Anse installé sur la plage accueille de nombreuses touristes venu se dépayser. L’un des attraits principaux demeure la bande de jeunes garçons qui échange contre quelques dollars ou un repas, charmes et tendresse. Ellen (Charlotte Rampling), Brenda (Karen Young) et Sue (Louise Portal) en profite allègrement…

Le trailer du film
L'interview avec Charlotte Rampling
L'interview avec Laurent Cantet
L'interview avec Louise PortalInterview Olivier Bombarda (Real Video)
Critique : Après « Ressources Humaines » et « L’emploi du temps », Laurent Cantet change de cap : loin de la grisaille de Paris ou celle de Genève, le réalisateur français s’est décidé en effet pour les décors lumineux de Haïti, le cadre principal de son nouveau film « Vers le Sud ». Inspiré par plusieurs nouvelles de l’écrivain Dany Laferrière, il propose le portrait de trois femmes différentes toutes attirées par l’attrait sexuel que propose une bande de jeunes haïtiens. Ellen (Charlotte Rampling) est une britannique de 55 ans qui inspire le respect par sa beauté, son exigence et sa liberté d’esprit. Sue « la grosse » (Louise Portal) est canadienne, la plus tendre et la plus à l’écoute des autres. Enfin, Brenda est américaine, enclin à la dépression et aussi la plus jeune des trois. Concentré sur le désir de ces trois femmes, Cantet en dresse le portrait au sein du groupe original qu’elles constituent et, en guise d’introduction, les isole dans trois scènes où elles exposent les raisons premières de leur présence dans cet Hôtel perdu au bout du monde.
Le point convergent apparaît d’emblée comme celui d’une misère sexuelle qu’elles ressentent vivement dans leur quotidien, trouvant à Haïti une forme de résolution à cette carence dans les bras d’hommes sculpturaux à la peau noire. L’un d’entre eux attise particulièrement les convoitise d’Ellen et Brenda: il s’agit de Legda, un jeune garçon qui possède une beauté fascinante. Les deux femmes vont progressivement se disputer ses faveurs. Ellen, véritable habituée des lieux avec Legda depuis de nombreuses années, prend progressivement ombrage des insistances de Brenda à l’égard de son chevalier servant.
Au fur et à mesure, Cantet examine avec rigueur le désarroi de cette cinquantenaire qui perd son calme tout britannique, pointant du doigt la faille qui la caractérise bien au-delà du discours libertin et de la pose qu’elle affiche. En ce sens, Cantet met à jour l’idée qu’il n’existe jamais de scissions entre sexualité et amour chez les femmes. Rien n’est jamais clair d’autant que l’instinct maternel est souvent de la partie.
Face à elles, le réalisateur fait état dans le même temps d’une prétendue désinvolture chez ces jeunes haïtiens visiblement épanouis et décomplexés aux bras de riches touristes. En réalité ces derniers n’oublient jamais leur origine : au travers d’une scène entre Legda et sa mère, la dimension misérable du quotidien à Haïti est évoquée avec émotion. Par le biais des confessions d’Albert, le directeur de l’hôtel, le spectateur prend conscience du degré de honte et de rébellion muselée d’un pays tout entier prisonnier de conditions économiques accablantes. « Vers le sud » opère ainsi d’un contraste très obsédant dans l’entrechoc de la beauté paradisiaque des hommes, des décors qui circonscrivent l’action et une réalité plus sourde, violente et profondément malheureuse.
Olivier Bombarda
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Vers le Sud
Un film de Laurent Cantet
Avec Charlotte Rampling, Karen Young, Louise Portal, Menothy Cesar
(France-2005- 1h45)
Compétition Officielle






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