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Fétichisme - 16/05/12

Une tribu qui a du souffle

Un reportage de Julie Terrasson

Les "looners" s'envoient en l'air en ballon !

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Les talons aiguilles et le fouet ? Ringard ! Ils laissent ces clichés du SM à l'ancienne aux costards cravates. Les accros de la baudruche, eux, craquent sur les ballons, les bouées et les doudous gonflables !

"Tu deviens comme une image, un objet. J’aime l’aspect. Et j’aime que les gens me regardent quand je sors dehors comme ça. C’est marrant. C’est très amusant : c’est comme au Carnaval. Et puis j’aime la pression sur ma peau. Ça fait du bien." Blow-up Girl (Bianca)

En Europe, la culture "looner" rayonne depuis Dresde, la capitale de Saxe, sur les berges de l'Elbe.

On y trouve un des grands gourous de cette secte étrange : David, 33 ans, photographe et réalisateur de films cent pour cent gonflés.

Ancien étudiant en droit et en commerce, David a découvert l'existence des "ballooners" il y a six ans, après avoir posté sur son site une photo destinée aux fétichistes des pieds, où figurait par hasard un ballon de baudruche.

Face à l'avalanche de mails qu'il provoque, David se consacre alors exclusivement à ce fétichisme que la plupart pratiquent dans le plus grand secret. David réalise ses vidéos qui ne manquent pas d’air dans l'appartement qu’il partage avec deux colocataires.

"Ce qui me plait le plus, au point de jouer moi-même dans mes films, c'est quand il y a de la domination féminine. Quand il y a une femme à la fois attirante et difficile d'accès, une maîtresse dominatrice par exemple. Je veux que quand elle me domine, elle m'envoie des ballons au visage ou les éclate sur ma tête… Ah, la domination. Une belle femme qui me domine. C’est… Intéressant !"David Crane





David passe aux travaux pratiques avec Justyne, une maîtresse de Dresde.

"Beaucoup de looners essaient d'une façon ou d'une autre de revivre leur enfance. C'est un fétichisme très joyeux, qui rappelle un souvenir d'enfance, quand la vie était gaie et sans douleur."

Au début était la baudruche. Au Moyen-Âge, on prélevait sur des moutons ou des vaches cette partie du gros intestin pour confectionner des plats réputés, comme la panse de brebis farcie, mais aussi des ballons pour les petits enfants !

Avec l'invention du caoutchouc synthétique, au début du vingtième siècle, les ballons prennent des couleurs, et deviennent l'un des accessoires favoris  de Marilyn Monroe et des pin-ups, dont ils rappellent les formes rebondies. Depuis, c'est la fête à la baudruche !

Il y a une dizaine d'années, grâce aux communautés du net, les pervers s'en mêlent. Les innocents jeux de plage de notre enfance se transforment en objets de tous les désirs.

"Souffler dans un ballon ? Oui, j'adorais les ballons, comme tous les enfants ! J'avais toujours peur de l'explosion, de trop gonfler le ballon, et que le moment arrive. Ces tournages, ça a été comme une nouvelle expérience pour moi. J'ai dû réapprendre à souffler dans les ballons !"

Comme Jessy, 28 ans, les "looners" avaient souvent la frousse des explosions de ballons dans leur enfance. Devenus adultes, ils se séparent en deux familles distinctes : les "poppers", les "éclateurs" excités par le "bang", et les "non-poppers", de grands tendres qui ne supportent pas l’idée de faire du mal à leur petit bout de latex adoré !





David et Jessy ont choisi leur camp. Ce jeudi après-midi, ils s'offrent un classique du "popping", "le massacre de ballons". Pour cette ancienne stripteaseuse devenue maîtresse dominatrice, c’est l’occasion d’expérimenter diverses techniques et chorégraphies pour faire péter les ballons en beauté ! Élégant !

La toile est le terrain de jeu favori des "looners". C'est là que David jette ses vidéos en pâture, et c'est aussi sur le web qu'il déniche des ballons de gros calibre, quasiment introuvables dans les magasins de farces et attrapes.

Sans le web, jamais les "looners" n'auraient eu l'occasion de se rencontrer et surtout d'échanger leurs bonnes adresses. Alors qu'hier ils s'adonnaient à leur passion, tous seuls dans leur chambre, un peu honteux, les fétichistes du ballon seraient aujourd'hui plus de cent mille dans le monde, avec de fortes concentrations en Amérique, en Europe et au Japon.

Et sur les sites communautaires, les amoureux du gonflage, du dégonflage, du surgonflage, de la détonation ou de tout autre moyen de s’éclater y vont… à fond les ballons !





À force de tant aimer les ballons, certains rêvent de se glisser dedans. Chez les fétichistes des combinaisons en latex gonflables, le ballon n’est autre que le fétichiste lui-même !

À Brême, en Allemagne, le photographe amateur Alexander Horn, 43 ans, fils d'un juge et d'une avocate, collectionne les costumes en latex.

Sa meilleure amie, Bianca, une mère au foyer de 35 ans, partage son fétichisme avec Alex dans le dos de son conjoint !

À l'occasion d’une séance photo fortement déconseillée aux claustrophobes, Bianca joue la statue humaine. Amoureux du moindre détail, Alex fait reluire sa poupée gonflée avec un produit destiné aux automobiles !

Pour les amoureux des bibendum humains, dont la plupart sont de sexe masculin, l’emprisonnement dans le vêtement et la privation des sens est l'assurance de monter au septième ciel.
 
Une passion qui peut coûter cher : deux fois par an, un festival est même organisé dans les Caraïbes pour rassembler cette tribu autour d'une piscine.
 
Et chacun de ces vêtements coûte au minimum 800 euros, jusqu'aux costumes sur mesure pour lesquels les plus accros sont prêts à sacrifier plusieurs milliers d’euros ! Pour ces derniers, adieu les chats et les épingles  !





Ce mercredi après-midi, dans le quartier bobo de Brême, Alex a sorti son costume favori : celui du pingouin pervers, "Mister Pingu". Bianca est ravie : le héro de "Happy Feet" est son animal préféré !


Liens



Caméraman : Zoltan Hauville
Ingénieur du son : Maya Rosa

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vendredi, 25 mai 2012 à 01:30
Pas de rediffusion
(France, 2012, 52mn)
ARTE F

Edité le : 16-05-12
Dernière mise à jour le : 16-05-12