Une plongée en apnée dans le système totalitaire kafkaïen mis en place par le régime iranien. Un livre bouleversant.
Le résuméLe cauchemar de Mana Neyestani commence en 2006, le jour où il dessine une conversation entre un enfant et un cafard dans le supplément pour enfants d’un hebdomadaire iranien. Le problème étant que le cafard dessiné par Mana utilise un mot azéri ; et les azéris, peuple d’origine turc vivant au nord de l’Iran, sont depuis longtemps opprimés par le régime central. Pour certains d’entre eux, le dessin de Mana est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et un excellent prétexte pour déclencher une émeute. Le régime de Téhéran a besoin d’un bouc émissaire, ce sera Mana.
Lui et l’éditeur du magazine sont arrêtés et emmenés dans la prison 209, une section non-officielle de la prison d’Evin, sous l’administration du ministère des Renseignements et de la Sécurité nationale. Alors que les deux hommes subissent des semaines d’isolement et d’interrogatoires, les azéris organisent plusieurs manifestations anti-gouvernementales, sévèrement réprimées par les autorités.
Après deux mois de détention, Mana obtient un droit de sortie temporaire. Il décide alors de s’enfuir avec sa femme. Après un long périple qui les fait passer par les Émirats arabes unis, la Turquie et la Chine, ils s'installent en Malaisie en 2007 et rejoignent Paris en 2011.
L’auteurNé à Téhéran en 1973, Mana Neyestani a une formation d’architecte. En 1990, il commence sa carrière de dessinateur pour de nombreux magazines culturels, littéraires, économiques et politiques. Devenu illustrateur de presse à la faveur de la montée en puissance des journaux réformateurs iraniens en 1999, il publie son premier livre d’illustrations,
Kaaboos (Cauchemar) en 2000, dont le héros, M. Ka, est aussi le personnage principal de
Ghost House (2001) et
M. Ka’s Love Puzzle (2004).
Considéré comme dessinateur politique, Neyestani est ensuite contraint à faire des illustrations pour enfants. C’est suite à la parution de l’une de ces illustrations, en 2006, qu’il sera emprisonné et finira par fuir son pays. Il vit actuellement à Paris, invité pour deux ans à la Cité Internationale des arts dans le cadre du programme international ICORN de soutien à la liberté d’expression.
Neyestani a remporté de nombreux prix iraniens et internationaux, dont le Prix du Courage 2010 du CRNI (Cartoonists Rights Network International) aux Etats-Unis.
Le graphiste ayant réalisé la couverture,
Hassan Karimzadeh, est un artiste iranien qui vit toujours en Iran. Il a passé deux ans en prison au début des années 1990 pour avoir représenté Khomeini en joueur de foot (il a été torturé et condamné à mort mais sa peine a été commuée suite à la pression d’associations). Il fait partie de l’association Cartooning for Peace créée par Plantu.
"Une métamorphose iranienne", de Mana Neyestani (ARTE Edition, Çà et là, 196 pages, 20 €)