de Fabrice Blin

A l’heure où l’Europe découvre depuis quelques années les films du maître japonais Miyazaki, il est tout aussi bon de plonger à rebours dans l’univers du français René Laloux, réalisateur de trois longs métrages d’animation importants - « La Planète sauvage » (1973), « Les Maîtres du Temps » (1982) et « Gandahar » (1988)- par le biais du livre que lui consacre Fabrice Blin : « les Mondes fantastiques de René Laloux »Fabrice Blin reconnaît aisément que l’origine de ce livre remonte à la fascination qu’il éprouva enfant face à la découverte de « La Planète Sauvage » (sur des dessins de Topor), alors qu’à cette époque, comme bien d’autres de sa génération, il évoluait davantage entre Goldorak et Albator. Ainsi, comme certains s’éveillent à Miyazaki
avec délices aujourd’hui, le jeune Blin avait trouvé en René Laloux une alternative aux couleurs saturées et aux sentiments dégoulinants de Walt Disney face à l’horizon bien plus attrayant d’histoires étranges (et souvent philosophiques) de Science Fiction de Monsieur Laloux. René Laloux était davantage un peintre qu’un grand dessinateur, mais passionné et particulièrement sensible au graphisme, l’homme sût s’entourer des créateurs les plus doués, Topor, Caza jusqu’à Moebius qui, dans les années 70 et au début des années 80, n’espéraient plus rivaliser sur le terrain des américains et voir bouger un jour les personnages issus des leurs crayons. Laloux, lui, y croyait fermement. Fabrice Blin retrace ainsi film après film le trajet de ce poète « anar », entrepreneur fou, drôle et
simple à la fois. Si le bonhomme était d’obédience communiste, ce ne fut pas la raison première des diverses expatriations qui le portèrent tour à tour à choisir la Tchécoslovaquie pour réaliser « La Planète Sauvage », la Hongrie pour « Les Maîtres du temps » et la Corée du Nord pour « Gandahar ». Bien davantage et comme souvent dans l’entreprise de projets d’animation d’envergure, ce sont les manques de moyens financiers et le champs d’équipes expertes à coûts réduits que proposait l’Est qui eurent raison des aventures (parfois tumultueuses!) de Monsieur Laloux. Tenace, l’indétrônable conteur lutta d’arrache pied pour finaliser ses projets, contre vents et marées, subissant des traversées du désert seul (car sans famille) mais toujours convaincu d’arriver à bon port. Son premier grand film, « La Planète sauvage » connu d’ailleurs un succès encourageant en remportant les honneurs du Festival de
Cannes (Le Prix Spécial du Jury) mais aussi l’intérêt des américains et des japonais. Par la suite Laloux ne confirmera cependant jamais un tel succès, même si d’autres projet virent le jours.Fabrice Blin qui propose un ouvrage particulièrement riche en illustration, raconte sans aucun atermoiements le cheminement chaotique de Laloux, notamment (et ce n’est pas le moindre des mérites que d’y être parvenu) en réunissant la quasi totalité de témoignages de personnes ayant travaillé avec le réalisateur. Topor, Caza, Moebius précisent au travers de longues interviews, l’extraordinaire sympathie et le talent immense qui émanaient de Laloux, créant un sentiment de proximité inédit et d’une rare intensité. La fidélité de tous à la mémoire de Laloux et une grande de reconnaissance marquent ainsi le lecteur, et ce, à l’image de Fabrice Blin lui-même, qui rencontra son « idole » en 1995 pour imaginer ce livre avec lui, objet définitif seulement aujourd’hui, 9 ans plus tard après la disparition de Laloux, et qui résonne comme le gage d’une passion authentique et inaltérable pour un créateur hors du commun.
Olivier Bombarda
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Les Mondes Fantastiques de René Laloux
de Fabrice Blin
avec des témoignages de Topor, Mebius, Caza...
Editions Le Pythagore
ISBN # 2908456431
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