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ARTE Journal - 13/02/12

Un an après le départ de Moubarak, les militaires dans la cible des Egyptiens

La dictature est tombée voilà un an, aujourd'hui, c'est l'armée qui est la cible des Egyptiens.

Ali a la rage. Ce père de famille a perdu Mohib, son fils, le 28 janvier 2011, au plus fort de la révolution. Disparu sous un tonnerre de tirs à deux pas de chez lui, dans le quartier populaire de Shoubra. Un drame dont Ali, 50 ans, a tenté de se consoler en se répétant que Mohib est un martyr et que, grâce à lui, son pays allait changer. Enfin.

"Les militaires, dégagez !"


Mais un an après la chute de Moubarak, le constat est désastreux : "Un conseil militaire a pris la place de Moubarak, ils ne veulent pas démissionner car ils ont commis des crimes et seront jugés". Les alentours de la place Tahrir font penser à un pays en guerre. Des militaires veillent sur les ministère, mitraillettes à bout de bras. Autour d’eux, tout est cassé, brûlé, saccagé. Sept murs ont même été érigés pour éviter aux protestataires d’approcher ces lieux clés, dont la “dakhalya”, le ministère de l’Intérieur qui cristallise les haines des révolutionnaires. Et partout le même message couché sur les murs "Les militaires, dégagez !"

Mi-janvier, la première session du Parlement avait procuré une bouffée d’espoir aux Egyptiens, hypnotisés par leur poste de télévision qui retransmettait la séance. Désormais, les militaires auraient un contre-poids. Les députés allaient pouvoir les pousser dehors. "Mais ce n’est pas si facile... Notre marge de manoeuvre est très étroite. Moi aussi je pensais qu’ensemble, on allait être forts. Mais on ne pourra pas faire de miracle", confie un élu des Frères musulmans (du parti Liberté et Justice) qui règnent en maître sous l’hémicycle avec près de la moitié des sièges.

L’armée a promis de quitter le pouvoir après les présidentielles, en juin prochain. Soit assez de temps pour échafauder une stratégie de sortie qui lui permettra de continuer à diriger le pays en sous main. D’où la colère des activistes politiques qui demandent à ce que le calendrier soit avancé. Le dépôt des candidatures pour la présidentielles pourrait ainsi débuter le 23 février prochain au lieu du 15 avril.

"Il ne faut pas qu’on se rendorme sinon notre révolution va mourir"


Cette victoire est le résultat des affrontements de début février en Egypte. A l’origine, les manifestants protestaient après la mort des 74 supporters après le match Port-Saïd-Le Caire. Mais très rapidement, les slogans se sont de nouveaux focalisés sur les militaires.

Aujourd’hui, Le Caire a retrouvé un calme tout relatif. "Il ne faut pas qu’on se rendorme sinon notre révolution va mourir", lance Nora, 20 ans, poids plume mais volonté de fer en remballant bandages et couvertures de l’hôpital de campagne installé à proximité du ministère de l’Intérieur. Le lendemain, le samedi 11 février, Nora et les autres ont appelé à une journée de grève générale et de désobéissance civile pour demander le transfert du pouvoir aux civils. De nouveaux événements auxquels Hosni Moubarak assistera depuis sa chambre d’hôpital cinq étoiles. Un an jour pour jour après son départ, il n’a toujours pas été jugé.

Marion Touboul au Caire pour ARTE Journal






Edité le : 10-02-12
Dernière mise à jour le : 13-02-12