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UE 2009

En marge du G20 de Londres, qui tente de trouver des remèdes à la crise, voici deux points de vue décalés sur les réalités économiques.

> De Séoul

UE 2009

En marge du G20 de Londres, qui tente de trouver des remèdes à la crise, voici deux points de vue décalés sur les réalités économiques.

UE 2009

Correspondance - 01/06/10

Une crise peut en cacher une autre

Pour la première fois, je me trouve dans un pays officiellement en guerre, à deux doigts de la confrontation militaire. Pourtant, sur les campus, les étudiants fêtent le printemps. Pendant ce temps-là, les analystes financiers s'inquiètent de l'impact de la crise européenne sur l'économie sud-coréenne.

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  • L'affaire du Cheonan, entre festival et campagne électorale
 
La nouvelle vient de tomber sur son iPod. Su Yeon n'en croit pas ses yeux. Le leader nord-coréen Kim Jong-il aurait mis son armée en état d'alerte. Livia, étudiante roumaine, se demande si elle ne ferait pas mieux de rentrer dans son pays. Les garçons sont plus confiants. « Si la situation chauffe vraiment, l'armée nous appelera ». Cette semaine, un jeune de 26 ans a piraté le numéro du ministère de la Défense et envoyé des textos à ses amis les appelant justement à se mobiliser. « Juste pour rire », lit-on dans la presse. La scène se passe dans l'une des nombreuses universités de Séoul, où l'on fête cette semaine l'arrivée du printemps. Au son de la pop coréenne se mélangent les appels à voter des militants installés devant la faculté. Le 2 juin se tiendront en effet les élections locales dans le pays.
 
C'est dans ce brouhaha que je découvre les dernières actualités et la tension qui monte au fil des communiqués de presse. Le Sud confirme qu'une torpille nord-coréenne est à l'origine du naufrage de sa corvette Cheonan. Son président Lee Myung-Bak promet de porter l'affaire devant le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU) et prend une série de mesures de représailles. Le Nord pourrait redevenir « l'ennemi principal ». De son côté, Kim Jong-il multiplie les menaces.
 
À quel point faut-il entrer dans le jeu de la Corée du Nord ? La gauche accuse le gouvernement d'être hâtif et trop menaçant. L'administration Lee répond qu'il est temps de se montrer ferme et de renforcer le dispositif de sécurité. « Ce qui m'énerve, c'est que les hommes politiques se servent de ces tensions à des fins électorales juste avant le scrutin local », se plaint Erang, 28 ans. Devant la mairie de Séoul, les vétérans de la Guerre de Corée se réunissent pour demander que l'on punisse enfin le régime communiste. Les jeunes, eux, continuent à faire la fête. Des épisodes comme celui-ci, il y en a déjà eu d'autres depuis qu'ils sont nés dans cette Corée divisée. Au sein de la population, la résignation et le pragmatisme semblent l'emporter sur la peur.

 

  • La Corée doit-elle avoir peur de la crise européenne?


Sur le marché financier, en revanche, les craintes se font bel et bien sentir. D'autant qu'une autre crise, loin de la péninsule coréenne, préoccupe les analystes économiques sud-coréens. Question récurrente dans les pages économiques des quotidiens nationaux : le pays va-t-il être contaminé par l'instabilité financière européenne ? Le Joongang, journal conservateur, n'hésite pas à envisager une « deuxième crise économique mondiale ».
 
Certes, la solidité financière de la Corée du Sud, son déficit public et sa dette faibles, les prévisions de croissance encourageantes sont autant d'éléments rassurants aux yeux des analystes. Mais l'économie sud-coréenne est en grande partie dépendante de facteurs externes. À cause du déclin de l'euro, le recul du won face au dollar s'est avéré plus important que prévu. « On peut craindre que la peur ne fasse fuir les investisseurs étrangers », commente un expert interviewé sur les ondes de KBS.
 
L'Union européenne, avec laquelle la Corée du Sud vient de signer un traité de libre-échange, représente 13% des exportations du pays. « L'Europe, un modèle d'intégration régionale pour l'Asie ? ». La question peut paraître ironique, en pleine crise européenne. C'est pourtant le titre d'une conférence qui se tiendra à Séoul au lendemain des élections locales. Je suis impatiente de connaître les conclusions d'Uwe Wissenbach, chef de la délégation de la Commission européenne en Corée.
Eva John


POUR ALLER PLUS LOIN

  • Yonhap, l'agence de presse coréenne (en français).

  • « Trait d'union », émission hebdomadaire sur les relations inter-coréennes sur KBS World Radio.

  • Éditoriaux du journal progressiste Hankyoreh (en anglais).

  • Le Korea Herald et le Korea Times, les deux quotidiens anglophones de référence en Corée du Sud.



Edité le : 17-03-10
Dernière mise à jour le : 01-06-10