Le trailer du film (Real Vidéo)Critique : Premier long métrage d’un directeur de théâtre renommé, Mark Dornford May, Carmen transpose l’opéra de Bizet de Séville dans les années 1820 à Khayelitsha en Afrique du Sud de nos jours. Les chants et les dialogues sont traduits en Xhosa, Don José est devenu Jongikhaya et Escamillo, le toréador, s’est transformé en chanteur d’opéra : Lulamile Nkomo. Mark Dornford May a monté en 2001 une compagnie théâtrale à Cape Town qui tourne depuis quatre ans avec deux gigantesques succès : Yiimimangaliso-The Mysteries adapté librement de récits de la Bible et Carmen.
Le passage d’une œuvre des feux de la rampe au grand écran ne va pas de soi et les plus grands maîtres de ces deux arts se sont souvent fourvoyés en s’essayant à l’exercice : La Bohéme de Comencini et La Traviata de Zeffirelli l’ont douloureusement prouvé. Des les premières minutes de Carmen, le ton est donné : le cinéaste en fait des tonnes pour prouver qu’il peut éprouver ce nouveau mode d’expression artistique jusqu’à ses extrêmes. Le survol de la banlieue de Khayelitsha en ouverture par des caméras survoltées rappelle de mauvais rushs de Baz Lurhmann. Le mouvement accéléré de la caméra se ralentit brusquement puis s’accélère dans les rues du bidonville pour mettre en place l’ambiance, la société dans lequel le drame va prendre place, pour montrer le quotidien de ces habitants.
Le film dans son entier est marqué par cette outrance lassante dans la mise en scène. Exception faite des acteurs, notamment la magnifique Pauline Malefane, qui éclairent ce Carmen de leur présence charismatique. S’il restait une seule séquence à sauver de ce film-opéra emphatique, ce serait un beau flash-back : Lulamile Nkomo revient chez lui après une longue absence et conduisant sur l’autoroute devant ces paysages connus et presque oubliés sa mémoire ressurgit d’un coup et se matérialise dans l’écran de son rétroviseur. Une belle idée peut-elle sauver un film du naufrage ? U-Carmen eKhayelitsha fatigue à mourir sans qu’on sache vraiment si cet ennui vient d’une énième représentation de ce drame archiconnu de la jalousie ou de l’impossibilité à rendre magique la folie d’un magnifique opéra en vingt-quatre images/secondes sur celluloïd.
Delphine Valloire






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Adaptation de l’opéra de Georges Bizet « Carmen » parlé et chanté en Xhosa, transposant les amours de Carmen et de Don José dans un township d’Afrique du Sud aujourd’hui.
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