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ARTE Journal - 17 janvier 2011 - 17/10/11

Tunisie : plus de liberté pour les journalistes ?

En Tunisie, la "révolution du jasmin" qui a sonné le glas du régime est toujours en marche. Le mouvement s'est évidemment étendu aux médias. La liberté totale de l'information fait partie des premières mesures annoncées, lundi 17 janvier, par le Premier ministre Mohammed Ghannouchi, désormais à la tête d'un gouvernement d'union nationale. Mais pour les journalistes habitués à la censure, cette nouvelle liberté ne va pas de soi. Un reportage de Frédéric Toussaint et Mathieu Pansard, envoyés spéciaux d'ARTE Journal en Tunisie.



Bonus Web: Être journaliste sous Ben Ali

Entretien avec Azizi Med Habib, historien, enseignant à l'Université de Tunis et journaliste du quotidien "Réalité", un journal indépendant surveillé de près par le régime. Interview réalisée par Frédéric Toussaint pour ARTE Journal.



Transcription de l'interview

Frédéric Toussaint pour ARTE Journal : à quoi ressemblait le travail de journaliste au quotidien, sous l'ère Ben Ali ?
Azizi Med Habib, historien, journaliste quotidien ''Réalité '' :« C'était extrêmement difficile parce que tout était verrouillé. On essayait de faire notre travail mais on n'a pas pu vraiment eu la chance de tout écrire, de tout dire. C'était complètement verrouillé et contrôlé. Même à l'intérieur d'un journal qui se disait indépendant. Tous les journaux et toutes les revues sont plus moins contrôlés, plus ou moins noyautés. Nous étions sous une dictature véritable, pas la dictature allemande ou italienne mais celle d'un pays sous développé qui utilise à la fois les finances de la Banque Mondiale et les méthodes sous-développées du pays. C'est la basse police qui gouvernait, qui gérait le pays et ce, bien sûr pour couvrir une mafia financière et d'affaires. C'était le phénomène de la privatisation. La privatisation des institutions économiques du pays était l'occasion pour une mafia (celle du pouvoir) de s'emparer des banques, les domaines fonciers et des affaires de toutes sortes.

Ce n'était pas possible de faire son métier de journaliste. Parler de "journalistes tunisiens" c'est très très relatif. Et il a fallu beaucoup de courage aux journalistes tunisiens pour qu'ils exercent leur métier, avec le peu qui leur était octroyé. L'ère Ben Ali était très limitée. Le journaliste tunisien n'avait le droit que de faire l'apologie du régime ou il devait quitter le pays. Nous étions sous une véritable dictature de presse. Nous étions sous le joug d'un parti comme le parti communiste dans l'ex-Europe de l'Est, avec la Stasi et le contrôle total de la société et de l'économie. C'était une économie de prédation, de vol. Et vous avez vu la lâcheté avec laquelle le chef de cette junte a quitté le pays. Cela exprime tout »

ARTE Journal : quel est votre sentiment aujourd'hui ?
Azizi Med Habib : « Aujourd'hui, nous sentons que c'est la société qui arrive malgré tout à se rattraper et à se construire, par ses propres moyens.

ARTE journal : on vous voit sourire...
Azizi Med Habib : « Nous sommes dans un pays qui, maintenant en 2011, fête son centenaire et c'est le centenaire de la révolte. Nous sommes un pays qui a la culture de la révolte depuis 1911. La première c'était contre l'occupation de l'Italie et de la Libye. Et depuis, la rue a pris peu à peu sa part dans la décision de l'avenir et de l'histoire du pays. Nous sommes aujourd'hui très fiers que le pays retrouve ses réflexes de santé sociale et politique ».

Edité le : 11-01-11
Dernière mise à jour le : 17-10-11