La France a profité de ces crises pour donner à l’UE une impulsion politique impensable en temps normal
Elvire Fabry
Le premier acte de cette renaissance s’est joué en août lors des combats entre troupes russes et géorgiennes. Surmontant ses profondes divisions sur les questions de défense, l’UE n’est pas restée inerte. « La France a réussi à réunir tous les États membres autour d’une table afin de parvenir à une position commune », demandant notamment le retrait de l’armée russe, commente Clémentine Forissier, du portail Euractiv. La crise financière a été un deuxième test majeur. Convocation d’un « G4 » à Paris, qui a été un fiasco, puis d'un « G8 » avec le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui a atteint ses objectifs et permis de préparer une réunion à vingt-sept, adoption d’un plan de sauvetage des banques, appels à un nouveau Bretton Woods, clé de voûte du système financier international mis en place après la Seconde Guerre mondiale… « La France a été le chef d’orchestre d’une réponse coordonnée », salue Philippe Moreau Defarges, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI), qui pointe toutefois des incertitudes sur les moyens de « combiner ralentissement économique et rigueur budgétaire ». Seuls quelques chantiers initiaux de la présidence ont survécu aux tumultes : le pacte de l’immigration a été adopté et la réforme de la PAC ébauchée. Mais le dossier de la défense est resté clos et les discussions sur le climat se sont enlisées…
L’activisme français a toutefois eu son revers : la tentation du cavalier seul. « Au plus fort de la crise financière, Paris lançait chaque jour une annonce de grande ampleur, sans toujours consulter ses partenaires », reconnaît Elvire Fabry. La France s’est notamment attiré les foudres allemandes en faisant part de son souhait de présider l’Eurogroupe jusqu’en 2010. « Paris a pris le risque de geler des avancées importantes sur la coopération économique en polarisant le débat sur sa personne », déplore Gaëtane Ricard-Nihoul, du groupe de réflexion Notre Europe. Arrogance inutile ou coup de force salutaire ? « Paris a contrevenu aux règles du compromis mais peut-être était-ce nécessaire pour faire avancer les choses. », tente Clémentine Forissier.
Une chose est sûre : ce semestre de crises a de nouveau mis en évidence la nécessité pour l’UE de se doter d’un leadership. Mais le processus s’annonce ardu. « Paris n’a pas réglé l’impasse du traité de Lisbonne » qui prévoit notamment la nomination d’un président de l’UE, regrette Philippe Moreau Defarges. Et, sur ce volet, il ne faudra pas attendre beaucoup de la République tchèque, qui succèdera à la France le 1er janvier 2009: Son président Vaclav Klaus est un eurosceptique convaincu et le pays n’a pas encore ratifié le traité de Lisbonne…
Jérémy Tordjman






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