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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Émission du 06 mars 2011 > le portrait : Karl-Theodor von und zu Guttenberg

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Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

Un magazine de Claire Doutriaux

Emission du 06 mars 2011 - 06/03/11

le portrait : Karl-Theodor von und zu Guttenberg

Karl-Theodor von und zu Guttenberg


Au moment où le scandale autour du plagiat éclatait en Allemagne, Corinne Delvaux était en train de peaufiner un joli petit sujet pour présenter aux Français cette star de la politique allemande.
Voici donc le portrait d’un homme pressé, tel que nous voulions vous le présenter avant que ne soit révélé ce plagiat.

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Chers amis allemands, veuillez m’excuser ce soir : je vais vous barber un peu en vous parlant d’une personnalité qui fait la une des médias allemands depuis deux bonnes années. Mais imaginez, les Français ne connaissent pas encore votre star. Hâtons-nous donc de la leur présenter.

Voilà, c’est lui.
Il est jeune, il aura 40 ans cette année, il plait beaucoup aux Allemands, il est intelligent, il est riche, et de plus, il est noble.

Cet homme s’appelle Guttenberg. Enfin, pas tout à fait, il s’appelle en fait : Karl-Theodor Maria Nikolaus Johann Jacob Philipp Franz Joseph Sylvester Freiherr von und zu Guttenberg. Il est donc "Freiherr", baron.

Et ce baron est membre de la CSU, la variante bavaroise de la CDU, la Christlich Demokratische Union, le parti d’Angela Merkel.

Député depuis 2002, il est devenu en 2009, à 37 ans, le plus jeune Wirtschaftsminister, ministre de l’économie, que l’Allemagne ait jamais connu. On le voit ici lors de sa prestation de serment.
C’est la crise, Opel va mal. Guttenberg veut refuser à l’entreprise l’aide de l’État. Pour lui, si Opel va mal, c’est dû à son mauvais management. Finalement, le gouvernement allemand décidera de soutenir Opel, mais la position déterminée de Guttenberg a plu aux Allemands.

Quelques mois plus tard, il est nommé Verteidigungsminister, ministre de la Défense. Son prédécesseur Franz-Josef Jung a dû démissionner après le bombardement par l’armée allemande de Kunduz en Afghanistan, un bombardement qui a coûté la vie à 147 personnes dont de nombreux civils. Pour l’Allemagne, dont l’armée, rappelons-le, remplit depuis la seconde guerre mondiale un rôle essentiellement humanitaire, c’est un choc sans précédent.
Guttenberg n’aura pas la tâche facile quand il s’agira de démêler l’écheveau des responsabilités de l’armée mais en même temps, cette exposition devant les médias lui réussit. Et puis, dans la foulée, il réussit à faire avaler à son parti la restructuration de l’armée allemande et la fin du service militaire obligatoire.
Tout réussit à Guttenberg. Dans les sondages, sa cote de popularité monte en flèche.

Cet homme est donc un "Freiherr", un baron. Il vient d’une très vieille famille de la noblesse allemande, nous voyons ici le château Guttenberg, il est l’une des grandes fortunes de l’Allemagne, on parle de 400 millions d’euros.
N’oubliez pas que contrairement à ce qui se passe en France, l’élite politique allemande est issue de milieux très modestes ou de la petite bourgeoisie. Des politiciens durs à la tâche mais auxquels il manque parfois un peu de glamour.
Et voici un homme brillant, travailleur, excellent orateur, aux manières raffinées, élégant, bien habillé, avec peut-être juste un peu trop de gel dans les cheveux mais bon, vous l’aurez compris, Guttenberg fait rêver l’Allemagne.

Et ce n’est pas tout, loin de là : car il y a deux Guttenberg. Voici Stephanie, l’épouse. Cette comtesse n’est rien moins que l’arrière petite fille de Bismarck, le fondateur du Reich allemand.
Elle est blonde, elle est belle, elle a oublié d’être idiote, elle parle 5 langues, elle rayonne aux côtés de son mari.
Cette mère de famille qui a fait de la lutte contre la pédophilie son cheval de bataille est la chouchou des médias. Il faut dire qu’elle a quelque chose à dire et qu’elle sait le dire.

En décembre dernier, son mari lui a proposé comme cadeau de Noël un petit voyage en Afghanistan, histoire de chanter "mon beau sapin" avec les soldats allemands. Bien entendu, elle a payé son voyage sur ses propres deniers. On ne rigole pas avec ça en Allemagne. Mais tout à coup, bizarrement, toute la presse allemande était en Afghanistan. L’opposition hurle à la démagogie. Rien n’y fait, l’Allemagne adore Stephanie zu Guttenberg et l’ascension politique de son mari semble irrésistible si celui-ci parvient toutefois à maîtriser une ambition qui pourrait lui jouer de mauvais tours.

Quoi d’autre ? Et bien, il était urgent, chers amis français que vous fassiez connaissance avec le couple - comment dire – le couple royal de nos amis allemands qui pourrait bien devenir un jour le premier couple royal de la chancellerie allemande. Nicolas et Carla mais mieux encore Barack et Michelle n’ont qu’à bien se tenir. 

C’était donc le portrait de Guttenberg avant sa chute. Une chute d’autant plus brutale que cet homme, on vient de le voir, jouissait d’une popularité extraordinaire en Allemagne. En France, on dirait maintenant "sa démission l’honore, une petite traversée du désert s’impose mais il a la vie devant lui, il reviendra assurément sur le devant de la scène politique".
En Allemagne, pays dans lequel la morale joue dans la vie publique un rôle très, très important, rien n’est moins sûr et bien malin celui qui pourra dire si Karl-Theodor von und zu Guttenberg a encore un avenir politique devant lui.

Texte : Corinne Delvaux
Image : cd, Claude Delafosse

Edité le : 04-03-11
Dernière mise à jour le : 18-03-11


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