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Un magazine de Claire Doutriaux

Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

> Emission du 15 novembre 2009 > le portrait : Olivier Besancenot

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Tous les dimanches à 20h00 Karambolage se penche sur les particularités de la culture quotidienne française et allemande.

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Emission du 15 novembre 2009 - 15/11/09

le portrait : Olivier Besancenot

Olivier Besancenot


Nos amis allemands ne connaissent pas notre postier national, Olivier Besancenot. Hajo Kruse remédie à cette lacune et nous en dresse le portrait...

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"Il est craquant, non ? Avec ses joues rebondies, ses fossettes et son côté juvénile, son petit air futé et son habileté ; en voilà un qui ose remettre les puissants à leur place tout en étant très à l’aise dans les médias, et puis modeste avec ça. Rendez-vous compte, il est toujours facteur !"

Voilà ce qu’on entendait partout en France l’année dernière après le passage d'Olivier Besancenot, le jeune leader du parti trotskiste, dans la populaire émission de variété "Vivement Dimanche", diffusée le dimanche après-midi et suivie pour l’occasion par 2,7 millions de téléspectateurs français.

Olivier Besancenot, tout juste âgé de 35 ans, est une star de la politique française et un chouchou des médias. Plus d’une mère de famille se dit sans doute : "Ce serait un gendre idéal, certes un peu radical sur le plan politique mais, après tout, un petit changement d’air ne nous ferait pas de mal." Et c’est carrément un chambardement que le jeune homme, qui préfère citer Rosa Luxembourg et Che Guevara plutôt que Léon Trotski, promet à la France.

Issu d’un milieu petit-bourgeois, le jeune Olivier s’engage dès 14 ans dans la lutte contre le racisme. Une fois étudiant, il travaille en parallèle dans un supermarché où il crée immédiatement une cellule syndicale. Après un bref intermède en tant qu’attaché parlementaire au parlement européen, il retourne… à la poste et auprès de son syndicat de gauche, SUD. Mais notre facteur a bien sûr d’autres ambitions : il entend tout simplement supprimer le capitalisme, sans violence ni terrorisme mais par une mobilisation sociale et politique. Cela passe bien sûr par des élections et des partis. Candidat de la Ligue Communiste Révolutionnaire, le jeune homme fait sa grande entrée sur la scène politique lors de l’élection présidentielle de 2002.

A 28 ans, il est certes le plus jeune candidat mais il intimide déjà les anciens de la gauche. Il réussit à obtenir 1,2 million de voix, soit un score de 4,25 %. Pas mal pour un début. En 2004, Olivier Besancenot s’oppose fermement au projet de constitution européenne : "ultra-libérale et antisociale" à ses yeux. C’est à lui, entre autres, que l’on doit la nette victoire française du NON au référendum. Bien évidemment, il se représente à l’élection présidentielle de 2007. Résultat : presque 1,5 million de voix. Les autres candidats d’extrême-gauche en sont pâles de jalousie. C’est maintenant officiel : le jeune homme a la cote. Et Besancenot ne laisse planer aucun doute : il veut rassembler le camp de la gauche au sein d’un Nouveau Parti Anticapitaliste, le NPA.

L’orientation est claire : pas de compromis avec les socialistes et autres réformistes… La société doit être radicalement transformée par le biais d’une révolution. Pas si facile : même si Arlette Laguiller, l’autre personnalité préférée des trotskistes et dirigeante du parti d’extrême gauche Lutte ouvrière, vient de prendre sa retraite, laissant ainsi le champ libre à Olivier Besancenot. Toujours est-il que la crise du capitalisme lui donne des ailes. Son charisme, sa fraîcheur et sa jeunesse donnent du fil à retordre aux socialistes notamment, qui perdent leur temps et leurs électeurs au fil des chamailleries et des luttes de pouvoir au sein de leur parti.

Et la bourgeoisie, l’ennemie de classe ? Ne devrait-elle pas trembler, elle aussi ? Pas d’inquiétude : le capitalisme vacille, certes, mais on est encore loin de voir des drapeaux rouges flotter sur les toits de l’Elysée et de l’Assemblée nationale. Au contraire : tant que le charmant révolutionnaire a le vent en poupe, l’opposition de gauche ne peut obtenir la majorité aux élections. Mais, après tout, la droite a eu le même problème quand le Front National de Jean-Marie Le Pen lui a volé des voix à l’extrême droite de l’échiquier politique.

Le président Sarkozy aurait ainsi confié à un socialiste, dans ce langage tout en finesse qui est le sien : " Vous nous avez emmerdés avec Le Pen pendant des années, maintenant on va vous niquer avec Besancenot." Tout un programme.
Texte : Hajo Kruse
Image : Claude Delafosse

Edité le : Fri Nov 13 16:21:09 CET 2009
Dernière mise à jour le : Wed Dec 02 17:24:17 CET 2009