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Almodovar, Pedro

Un résumé et des commentaires sur les films d'un cinéaste inclassable.

Almodovar, Pedro

01/09/08

Tout sur ma mère

Une succession de portraits de femmes aussi drôles que désespérées, autour d’un thème bouleversant : la mort d’un adolescent. Un hymne à la vie, à la féminité et à la tolérance par l’auteur de Talons Aiguilles, Attache moi !, La Mancha

« C'est magistral et drôle, essentiel et léger, humble et ambitieux. C'est unique. C’est Almodovar. » Le Nouvel Observateur

Manuela vit seule avec son fils Esteban, passionné de littérature. Pour ses 17 ans, elle l'emmène au théâtre voir leur actrice favorite Huma Rojo, jouer dans Un tramway nommé désir. À la sortie, guettant l’apparition de l’actrice, Manuela raconte à son fils qu’elle a interprété cette pièce avec son père dans le rôle de Kowalsky. Esteban est bouleversé : c'est la première fois que sa mère parle de son père. Quelques instants plus tard, alors qu'il court après la voiture d'Huma Rojo pour obtenir un autographe, il est renversé par une voiture et meurt. Folle de douleur, incapable de surmonter cette épreuve, Manuela décide de retourner à Madrid sur les traces de son passé, à la recherche du père de l’enfant…Cela la conduit dans les eaux troubles de la nuit, des travestis, du théâtre, où l'amour et la tendresse ont un air de famille avec le blasphème et la mort.

Magistral et drôle
Maître de son art, Pedro Almodovar nous invite à rire et à pleurer avec ce formidable fait divers. Primé aux quatre coins du monde, Tout sur ma mère est un film sombre, à l’histoire particulièrement tourmentée. Le sujet déroutant, que certains trouveront choquant, traite avec une très grande sensibilité de la plus profonde blessure de la vie d’une mère : la mort de son enfant. On plonge dans l’univers déjanté d’une mère en deuil à la recherche du père transsexuel de son enfant, d’une actrice lesbienne en plein désarroi face à son amante accro à l’héro, d’une religieuse séropositive enceinte d’un transsexuel et de surcroît, fille d’un homme atteint d’Alzheimer… Elles sont fortes, actives et indépendantes, elles souffrent beaucoup et ont toutes en commun d’être seules, bien qu’elles soient complètement maîtresses de leur solitude. Telles sont les femmes de Tout sur ma mère. Tout en couleur, tout en finesse, tout en tendresse, Almodovar nous enseigne la tolérance, le pardon et la capacité surhumaine d’une femme à surmonter la douleur provoquée par la perte. C’est ce message qui nous permettra de supporter les souffrances de l'héroïne. Un film prodigieux, chargé en émotions et profondément féministe : les hommes y sont rares, insignifiants ou alors transsexuels. Un grand Almodovar.
Bouleversant, le film décrit le parcours de plusieurs femmes en mal d’amour et qui quelque part cherchent à compenser par le biais de la maternité le manque d’affection du aux hommes. Pedro Almodovar effectue une synthèse de son œuvre peuplée de femmes « au bord de la crise de nerfs » et de créatures de la nuit, ce qui vaut quelques envolées comiques.

Néanmoins le réalisateur opte alors pour une mise en scène sobre et parfois distanciée, débarrassée de tout pathos et sublimée lors de certaines scènes comme la mort du fils, une séquence tellement brutale et singulière qu’elle finit par émouvoir.
A lire le récit du film d’Almodóvar, on peut s’étonner d’une trame qui paraît à la fois dramatique, rocambolesque, haute en couleurs, provocatrice, sans doute sulfureuse et pour certains mêmes scandaleuse. Almodóvar ne nous parle-t-il pas d’une jeune religieuse, en rupture avec son milieu hautement bourgeois, qui veut se consacrer aux marginaux avant de partir dans l’une des missions les plus dangereuses du monde? Mais la pauvre a succombé aux charmes d’un travesti, et la voilà enceinte et porteuse du sida! Si l’univers d’Almodóvar est tout sauf conformiste, il ne manque ni de tendresse, ni de bonté. L’humanité qu’il nous montre est certes profondément blessée par la vie, mais au bout du compte elle est toujours capable d’amour vrai et garde, ce qui lui est essentiel, sa dignité. "Tout sur ma mère" est certes pour Almodóvar, un film de l’équilibre, une œuvre de maturité. Prix de la mise en scène à Cannes, il méritait la palme d’Or. Les applaudissements du public et de la critique le lui ont attribué. Le jury œcuménique lui a même donné son prix considérant que "Manuela nous aide à poser sur des personnages singuliers et complexes, un regard dénué de jugement, aimant et compréhensif. Elle déploie une énergie d’amour qui permet à chacun de trouver la force de vivre."

Film en hommage aux femmes, "Tout sur ma mère" nous offre une pléiade d’actrices merveilleuses, dont Cecilia Roth (Manuela) et Antonia San Juan, qui dans le rôle d’Agrado nous donne un monologue à l’humour sublime, qui mérite de figurer déjà dans les anthologies du cinéma. Le film hérissera sans doute quelques cheveux sur la tête des gens sensibles. Il est pourtant un hymne à la tolérance et une leçon de respect.
Film de Pedro Almodovar (Espagne/France, 1999, 1h37mn, VOSTF)
Scénario : Pedro Almodovar
Avec : Cecilia Roth (Manuela), Marisa Peredes (Huma Rojo), Penelope Cruz (sœur Rosa), Antonia San Juan (Agrado), Candela Peña (Nina), Rosa Maria Sarda (la mère de Rosa)
Image : Affonso Beato
Son : Miguel Rejas
Montage : José Salcedo
Musique : Alberto Iglesias
Production : El Deseo S.A., France 2 Cinéma, Renn Productions
ARTE FRANCE / ARD

Prix de la mise en scène, Cannes 1999
César du meilleur film étranger 2000
Oscar du meilleur film étranger 2000

Edité le : 29-08-07
Dernière mise à jour le : 01-09-08