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12 tangos

Apparu il y a un peu plus d’un siècle dans les bars louches des ports du Río de la Plata, le tango est né d’un brassage musical entre l’Europe, l’Afrique et (...)

12 tangos

02/09/08

TangoCool !

Les danseurs de tango nuevo balancent allègrement les jambes, tournoient comme des toupies et se font perdre l’équilibre. Leur style bouscule complètement les traditions du tango. Honnis des traditionalistes, ils ne se laissent pas impressionner pour autant.

Le Club Villa Malcolm baigne dans une lumière vive et les jeunes qui dansent sur de la musique électronique semblent tout droit sortis d’une boîte pop ou électro, et en aucun cas d’un club guindé de tango. De tout jeunes hommes affublés de jeans taille basse et de baskets, portant bandana, dreadlocks ou bouc, dansent avec des jeunes filles en caleçons, minijupes et ballerines plates. Pas de costumes à rayures, de bas résille ni de manières affectées car, au Club Villa Malcolm dans le quartier Palermo de Buenos Aires, l’ambiance est au « TangoCool! » et les jeunes s’y retrouvent pour une séance de tango « freestyle ».

Tout est dit : les danseurs de tango nuevo (ou « néotango ») balancent allègrement les jambes, tournoient sur place comme des toupies, exécutent des figures larges et ouvertes et se font perdre l’équilibre. Bref, ils font tout ce qu’un milonguero (danseur) classique n’oserait jamais faire. Mais surtout, ils ont abandonné l’attitude du « tango de salon », qui consiste pour les danseurs à évoluer « buste contre buste », au profit d’une position ouverte dans laquelle chaque partenaire garde son propre axe et son propre équilibre. Ce nouveau style départit le tango de son côté macho, sérieux et mélancolique, et l’affranchit des règles strictes traditionnelles.

Ces danseurs de tango modernes évoluent sur des musiques électroniques aux rythmes puissants. Les groupes Otros Aires, Bajofondo, Narcotango et surtout Gotan Project produisent les sonorités idoines pour l’avant-garde de la jeune génération de danseurs de Buenos Aires. Cela dit, le tango freestyle peut se décliner sur de nombreuses autres musiques : pop, rock, jazz, variété ou techno.

Visiblement, elles inspirent profondément les jeunes car ces « nouveaux fauves » créent à tout moment de nouveaux éléments, mouvements, combinaisons et figures.


Les traditionalistes crient au scandale

Le tango nuevo fait bien sûr de nombreux jaloux et, surtout, des détracteurs ; en particulier les traditionalistes, qui préconisent le style classique argentin et pensent que leur conception rigide du tango est la seule valable. Tété, un professeur de tango aux cheveux blancs, compte parmi les plus virulents d’entre eux. Cet homme de petite taille, à la parfaite bedaine de milonguero que lui envient nombre de jeunes danseurs, il n’hésite pas à diffuser des pamphlets contre ce qu’il considère comme un dérapage inadmissible : « C’est un scandale ! Au travers de ce qu’ils appellent le ‘tango électro’, et qui n’a rien à voir avec le VRAI tango, certains jeunes tentent de détruire notre tango. [...] Vous pouvez utiliser la musique comme vous l’entendez, mais ne qualifiez pas de tango ce qui ne l’est pas ! ».

Il est un fait que depuis l’apparition du néo-tango, le monde du tango est divisé en deux camps. De plus, les adeptes de ce nouveau genre ont des mouvements plus ouverts et plus amples, de sorte qu’ils gênent parfois les milongueros sur la piste de danse. C’est pourquoi les jeunes attendent souvent que ces derniers s’éclipsent vers trois ou quatre heures du matin pour pouvoir évoluer en toute liberté.

Les milongas gay et le « queer tango » bouleversent les clichés

Par ailleurs, le tango gay et le queer tango heurtent très certainement la sensibilité des puristes. A Buenos Aires comme en Europe, on trouve aujourd’hui des milongas pour gays et lesbiennes. A Hambourg, un festival international de « Queer Tango Argentino » a même été créé en 2000 ; il accueille indifféremment des couples mixtes et de même sexe. Le tango gay réunit surtout des couples de même sexe et certains professeurs travaillent presque exclusivement avec des homosexuels. Mais souvent, l’ambiance décontractée de ces cours attire aussi des hétérosexuels.

Le fait que les homosexuels se soient imposés aussi rapidement sur la scène du tango en a surpris plus d’un. Cela dit, lorsqu’on se penche sur les origines de cette danse, on constate que de telles tendances étaient déjà présentes à l’époque : compte tenu du nombre très limité de femmes, les immigrants et dockers de Rio de la Plata dansaient souvent entre hommes.

En définitive, il est tout à fait normal que le tango évolue et ce n’est pas un phénomène nouveau. En effet, dans les milongas de Buenos Aires, on ne danse plus aujourd’hui comme dans les années 1980, 1950 ou 1930. Une faible consolation pour les traditionalistes : tous les jeunes n’ont pas adopté ce nouveau style. Ainsi, il reste à Buenos Aires de belles et talentueuses jeunes danseuses qui sont restées fidèles au tango classique et se frottent avec plaisir à la bedaine de milonguero de Tété.

Katja Dünnebacke



Photos
en haut et au milieu : Frauke Nees et Pablo Kliksberg
en bas : Queer Tango à Hambourg

Edité le : 10-11-06
Dernière mise à jour le : 02-09-08