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ARTE Journal - 18/05/12

TPY : Mladic face à ses juges

L'ancien chef des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic comparait pour la première fois devant les juges du Tribunal Pénal International de La Haye mais ses avocats viennent d'obtenir l'ajournement du procès.

Dernière minute : Le procès de Ratko Mladic vient d'être ajourné sine die. Cette suspension fait suite à une requête des avocats de l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie.


"Mladic nous a arraché le cœur", les mots sont lâchés dans un flot de larmes. Des dizaines de femmes ont fait le déplacement depuis la Bosnie jusqu'à La Haye pour l'ouverture de ce procès que tout un peuple attend depuis plus de 20 ans, celui du général Ratko Mladic.

Le boucher des Balkans

A 70 ans l'ancien chef militaire des serbes de Bosnie a vieilli et maigri. Dans son costume gris, devant ses juges du Tribunal Pénal International, il comparait pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et génocide. On l'accuse notamment d'avoir personnellement dirigé le massacre de Srebrenica en juillet 1995. 8000 musulmans bosniaques avaient été tués cet été là, sous les yeux impuissants des casques bleus... C'est ce procès, celui d'un monstre, d'un fantôme légendaire et sanguinaire de la guerre en ex-Yougoslavie, que veulent suivre aujourd'hui des mères, des femmes et quelques enfants de victimes. Mais bien au delà de l'intolérable douleur de ces familles qui ont tout perdu, le procès Mladic c'est celui que tout le monde civilisé attendait. Le Tribunal pénal international pour l'Ex-Yougoslavie est en effet né ce 22 février 1993 de la volonté de juger cet homme. Depuis la tenue de sa toute première audience, la cour a mis en accusation 161 personnes. 9 ont été acquittées, 55 condamnées mais celui que tout le monde attendait c'est Ratko Mladic, le cerveau, le bourreau de la Bosnie.

Au delà des crimes, la politique

Ratko Mladic aura passé quinze années en cavale avant finalement d'être capturé le 26 mai 2011. Quinze longues années durant lesquelles son nom a parasité jusqu'à la vie politique de son pays. Si la Serbie aujourd'hui, jouit d'une si mauvaise réputation elle le doit pour grande partie à son ex-général. Si la Serbie a été mise au ban de l'Europe, c'est encore par sa faute. Longtemps l'Union européenne a maintenu à distance cet encombrant voisin serbe. Les captures de Ratko Mladic et de son acolyte Radovan Karadzic avaient officiellement été poséescomme des conditions indispensables à un rapprochement avec la Serbie. Ce n'est qu'après l'arrestation de Mladic et Karadzic et à force d'une immense ténacité que le pays a finalement obtenu en mars dernier le statut convoité de "candidat à l'adhésion" de l'Union Européenne.

Les serbes et l'Europe, "Je t'aime, moi non plus"

Depuis la fin de la guerre en ex-Yougoslavie, puis le conflit au Kosovo et les bombardements de l'OTAN sur Belgrade les Serbes ont endossé le statut de bourreaux. De cette époque, ils conservent une méfiance envers le reste de l'Europe, adoptant même volontairement un autre costume, celui de victimes. Cette défiance vis à vis du reste du vieux continent a été savamment entretenue par les nombreux leaders ultra nationalistes qu'a connu le pays.

Un procès joué d'avance

C'est l'opinion d'une immense majorité de Serbes. D'après un sondage récent, 70% de la population a une très mauvaise opinion du TPI. Ils ne sont que 18% à penser que ce tribunal est légitime pour juger l'ancien général. Pour autant l'affaire ne passionne pas les serbes d'aujourd'hui. Le procès ne fait pas la une des principaux quotidiens du pays, il faut plonger à l'intérieur des journaux pour trouver trace de quelques articles. Pour Djordje Naskovic, journaliste d'investigation de la chaîne indépendante B92 les raisons sont simples : "La Serbie est fatiguée des histoires de la guerre en Bosnie. Elle ne croit pas en l'impartialité du Tribunal Pénal de La Haye mais elle ne veut plus se mobiliser pour l'ancien chef de guerre. Les serbes aujourd'hui sont plus préoccupés par les problèmes sociaux que par ce procès."

La Serbie vit depuis trop longtemps isolée politiquement. Le président Boris Tadic, celui qui a su rapprocher son pays de l'Europe, se représente pour un troisième mandat et semble bien parti pour l'emporter. Embourbée dans la crise économique, avec un taux de chômage frisant les 25%, la Serbie voit aujourd'hui l'Union Européenne comme un moyen de mieux vivre. Le rêve de la grande Serbie est en voie d'être remisé au profit d'un autre, celui de rejoindre un jour l'Europe. Et les serbes semblent prêts pour cela à abandonner Ratko Mladic au TPI et à ses juges... 


David Muntaner pour ARTE Journal

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Edité le : 16-05-12
Dernière mise à jour le : 18-05-12